On connaît déjà les bâtiments verts, conçus pour être moins énergivores et plus sains, mais un peu partout dans le monde, des municipalités commencent aussi à faire reconnaître leurs pratiques et politiques de développement durable. Dans le but, notamment, d’inciter leurs voisines à reproduire leurs bons coups.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

Qu’ont en commun les villes de Washington, Chicago, Denver, Burlington, Las Vegas et West Palm Beach ? Elles figurent parmi les 97 municipalités qui ont obtenu une certification écologique LEED pour les villes et les communautés, situées surtout aux États-Unis, mais aussi en Italie, en Inde, en Chine et aux Émirats arabes unis. À l’heure actuelle, 161 projets sont en cours dans le monde. Quelle sera la première municipalité au Canada à viser une telle homologation ?

« Des rencontres ont lieu à travers le pays et on aimerait beaucoup que la première soit au Québec, indique Julie-Anne Chayer, présidente du Conseil du bâtiment durable du Canada — Québec. On est des chefs de file. »

Le programme LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) pour les villes et les communautés vise plusieurs buts. 

Il a été créé entre autres pour aider les municipalités à se fixer des objectifs, à définir des politiques, des plans d’action, des stratégies et des projets pour améliorer leur rendement. C’est un soutien pour mieux connaître et comprendre les meilleures pratiques de développement durable pour les villes.

Julie-Anne Chayer, présidente du Conseil du bâtiment durable du Canada — Québec

Les actions sont concentrées dans six champs d’action : écosystèmes ; transport et utilisation des terres ; gestion efficace de l’eau ; énergie et changements climatiques ; matériaux et ressources ; qualité de vie. « Le système favorise l’atteinte des objectifs spécifiques de la ville, tels que la réduction des émissions de CO2, et les objectifs d’action climatique », précise Mme Chayer.

Ce faisant, les villes indiquent ce qu’elles font et permettent aux autres de profiter de leur savoir-faire.

ILLUSTRATION FOURNIE PAR LE CONSEIL DU BÂTIMENT DURABLE DU CANADA — QUÉBEC

Washington, Chicago, Denver, Burlington, Las Vegas et West Palm Beach figurent parmi les 97 municipalités qui ont obtenu une certification LEED pour les villes 
et les communautés, situées surtout aux États-Unis, mais aussi en Italie, en Inde,
 en Chine et aux Émirats arabes unis. À l’heure actuelle, 161 projets sont en cours dans le monde.

Journée nette positive

Le désir de faire avancer la réflexion sur de nombreux enjeux comme la santé, le bien-être, la protection de l’environnement et la réduction des émissions de carbone était au cœur de la première journée nette positive organisée récemment par l’agence d’architecture Lemay, dans le cadre de la Semaine mondiale du bâtiment durable (World Green Building Week). Une table ronde sur le thème « La ville durable : une utopie ? », où Julie-Anne Chayer jouait le rôle de modératrice, a attiré un public attentif.

« Il faut changer le monde ensemble et échanger des idées, a indiqué Hugo Lafrance, directeur, stratégies durables chez Lemay et l’un des organisateurs. Les solutions existent. On doit changer les comportements. Pour y arriver, on doit partager nos bons coups pour faire de meilleurs projets. »

Isabelle Bérubé, conseillère municipale et responsable de l’environnement à Saint-Bruno-de Montarville, a justement expliqué comment la municipalité s’était dotée de la politique Ville nourricière, en 2017, pour assurer à tous ses citoyens l’accès à des aliments frais et sains. 

Trente pour cent de notre territoire se trouve en zone agricole, mais les produits locaux étaient difficiles d’accès. Un système alimentaire de proximité a des retombées sociales, économiques et environnementales positives. Des projets sont nés dans la collectivité qu’on n’avait pas anticipés.

Isabelle Bérubé conseillère municipale et responsable de l’environnement à Saint-Bruno-de Montarville

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

En aménageant Le Phénix, l’agence Lermay a voulu tester de nouveaux concepts 
et concevoir un environnement de travail stimulant, qui parviendrait par divers moyens à améliorer la productivité et la santé de ses employés. Le Phénix vise 
une certification LEED Platine et a obtenu la cote parfaite de trois étoiles Fitwel.

Selon Daniel Pearl, architecte et professeur à la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, un changement de comportement est inévitable. « Ce changement exige une mise en question de notre style de vie et de notre processus de conception pour que les parties prenantes soient autour de la table dès le début », a-t-il indiqué.

Il y a deux grands enjeux, a avancé Serge Cormier, directeur, construction au Fonds immobilier de solidarité FTQ. « Il faut un changement de comportement et un changement d’analyse financière des investissements immobiliers pour se permettre d’investir davantage dans des pratiques environnementales, a-t-il dit. Il faut mesurer différemment le rendement. »

La réglementation est peu contraignante, a fait remarquer M. Lafrance. « C’est difficile de demander à quelqu’un de changer parce que les autres ne le font pas, a-t-il précisé. On sent un plafonnement de ce qui peut être fait volontairement. Il faut que les règles changent si on veut en faire beaucoup plus. »

La table ronde, à laquelle ont aussi participé Raphaël Fischler, doyen de la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, et Frédéric Morin-Bordeleau, cofondateur du Complexe MR-63, se tenait dans les bureaux de Lemay. C’était l’occasion de visiter l’ancien entrepôt, baptisé Le Phénix, que l’agence a métamorphosé au moyen de pratiques durables exemplaires, en testant de nouvelles approches. Le Phénix vise une certification LEED Platine. Il a aussi obtenu la cote parfaite de trois étoiles Fitwel, un programme qui tente d’évaluer comment un bâtiment peut améliorer la santé et la productivité de ses occupants. Une première au Québec.