On rêve d’une cuisine qui bourdonne d’activité, avec petits et grands qui préparent le souper, lavent les boîtes à lunch et font leurs devoirs dans la bonne humeur, au milieu d’amis et de grands-parents. « D’habitude, au Québec, le lieu de rassemblement général, c’est la cuisine », rappelle Luc Plante, de Luc Plante architecture + design.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

En réalité, dans bien des cuisines, on se marche vite sur les pieds — ce qui n’est jamais top avec un couteau de chef en main. « Les gens vivent beaucoup de frustration et je les comprends, dit Lucie Pitt, présidente de Versa Style Design. J’ai un condo que j’adore, mais la cuisine n’est pas grande. Je m’accroche tout le temps avec mon époux, parce qu’on manque de comptoirs. »

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La popote se fait à un bout de l’îlot, où il y a un lavabo (en plus d’un second à proximité !), une plaque de cuisson et beaucoup de rangement.

Jadis, les familles étaient plus grosses, mais seule une personne s’activait aux fourneaux. Aujourd’hui, alors que les deux parents travaillent souvent à l’extérieur, tous doivent mettre la main à la pâte.

C’est un défi, surtout pour les 201 000 familles comptant trois enfants ou plus et les 132 000 familles recomposées du Québec (Institut de la statistique du Québec, 2016). D’autant que même devenus grands, un tiers des enfants restent au nid — 33 % des adultes de 20 à 34 ans vivaient avec leurs parents dans le Grand Montréal en 2016, selon Statistique Canada.

Comptoirs, comptoirs, comptoirs

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Un dégagement de 94 cm (37 po) entre l’îlot et le comptoir permet de circuler aisément.

Comment conçoit-on une cuisine fonctionnelle pour une tribu ? Tout dépend des besoins, qui diffèrent selon l’âge des enfants, les habitudes de consommation, la présence éventuelle des grands-parents, etc. En règle générale, « j’aurais tendance à prévoir beaucoup de surfaces de travail, organisées de façon stratégique, pour pouvoir cuisiner à plusieurs », conseille Marika Nelson, vice-présidente et conceptrice chez Cuisines Multiplex.

« Ce qui est important, c’est que la deuxième ou la troisième personne en cuisine soit hors du triangle d’activité, qui est formé par la cuisinière, l’évier et le frigo », explique Lucie Pitt, présidente de Versa Style Design.

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Le garde-manger est peu profond, pour tout voir en un coup d’œil.

« À moins qu’il y ait beaucoup, beaucoup de comptoirs, le mieux est d’avoir un îlot, poursuit Mme Pitt. Ce qui est encore mieux, c’est quand les assistants peuvent travailler de l’autre côté de l’îlot. »

Autre astuce : prévoir beaucoup d’espace pour circuler entre les appareils ménagers, les comptoirs et l’îlot. « Il faut un bon 40 po [100 cm] de dégagement et c’est encore mieux s’il y a 44 ou 45 po [112 ou 114 cm], suggère Lucie Pitt. Deux personnes peuvent alors passer à l’aise. »

Immense îlot à Saint-Lambert

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La cuisine a été bien conçue, avec l’apport de la propriétaire. Vider le lave-vaisselle est rapide quand son contenu se range dans un tiroir tout près, au joli fini charbon.

Une famille recomposée de Saint-Lambert a fait appel à Luc Plante architecture + design et à l’ébénisterie Pixel & Scie pour créer une cuisine accueillante pour sept personnes — dont cinq enfants, qui avaient au départ de 11 à 17 ans. « Sans faire une cuisine de restaurant, on voulait permettre la participation active de l’ensemble de la famille lors de la préparation des repas », résume Luc Plante. La solution ? Un immense îlot de 7,3 m (24 pi) de longueur. « C’est devenu un lieu de rassemblement, à la fois très fonctionnel et convivial », note Luc Plante.

La popote se fait à un bout de l’îlot, où il y a un lavabo, une plaque de cuisson et beaucoup de rangement. À l’autre extrémité, l’îlot devient table à manger. Le lieu est si agréable que les propriétaires ont éliminé leur salle à manger formelle (et inutilisée), pour en faire un salon.

Rez-de-chaussée agrandi dans Villeray

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Le rez-de-chaussée de ce duplex de la rue Boyer, dans le quartier Villeray à Montréal, a été agrandi vers l’arrière. Cela a permis d’aménager une cuisine avec un grand îlot, où cinq personnes peuvent s’asseoir.

« Dans nos vies contemporaines, l’îlot avec des places assises est devenu un bonheur du quotidien, estime Marika Nelson. Le matin, on se lève, on prépare les lunchs, tout le monde déjeune en même temps à l’îlot. On peut se parler. Le soir, à l’autre bout de la journée, on prépare le repas pendant que les enfants font leurs devoirs, passent prendre des collations ou aident à cuisiner. Ça fait une belle grande surface de travail. »

À Montréal, dans le quartier Villeray, Marika Nelson a aménagé un grand îlot dans un rez-de-chaussée de duplex qui a été agrandi vers l’arrière. « Ce n’est pas une grosse famille, mais ils reçoivent beaucoup », note la conceptrice. La table à manger, qui jouxte l’îlot, peut servir de surface de travail supplémentaire.

« Une cuisine fonctionnelle à plusieurs, je trouve que c’est un sujet d’actualité, observe Marika Nelson. J’ai l’impression que beaucoup de gens vont se tourner vers la cohabitation dans les années qui viennent. C’est une réponse à certains problèmes sociaux comme la solitude des aînés et la difficulté de se loger en ville. Des logements pouvant accueillir plus de gens, qui partagent des espaces communs plus grands, ça pourrait être une solution qu’on verra surgir. »

En chiffres

201 000 : Nombre de familles comptant trois enfants ou plus au Québec en 2016, selon l’Institut de la statistique du Québec. On comptait aussi 132 000 familles recomposées.

8 % : Proportion des grands-parents qui vivaient avec leurs petits-enfants au Canada en 2011, selon Statistique Canada. Ce taux est toutefois moins élevé au Québec.

34,7 % : Proportion des jeunes adultes âgés de 20 à 34 ans qui vivait avec au moins un de ses parents au Canada, en 2016. Dans le Grand Montréal, ce taux est de 33 %.