Les derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour bien des riverains. Après les inondations dévastatrices du printemps, les discussions soulevées par la nouvelle cartographie du gouvernement québécois ont semé l’émoi dans bien des municipalités du sud de la province. Peut-on encore acheter une propriété au bord de l’eau sans vivre un cauchemar ?

Charles-Édouard Carrier
collaboration spéciale

Les inondations des dernières années ont-elles eu des impacts sur la perception de la population et du gouvernement face aux risques d’habiter au bord de l’eau ? Certaines municipalités ont été durement touchées par ces inondations. Ces événements, très médiatisés, ont aussi eu des répercussions sur les perceptions, croit Stéphanie Leduc Joseph, conseillère aux communications à Beauharnois. « Tous les bords de l’eau ne sont pas à risque et plusieurs municipalités riveraines n’ont pas été touchées par ces inondations », rappelle-t-elle.

En effet, nombre de berges font le bonheur des acheteurs qui cherchent à la fois la douce brise d’un plan d’eau et la tranquillité d’esprit. La mairesse de Saint-Stanislas-de-Kostka, Caroline Huot, croit au potentiel attractif de sa région pour les gens qui veulent habiter au bord de l’eau, malgré les événements des derniers mois. « Les données historiques, tout comme les documents que possède le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ainsi que la Convention de 1976 intervenue entre le Canada et le Québec, sont des éléments fort suffisants pour rassurer les futurs acheteurs, mais également nos résidants actuels : notre région n’est pas à risque d’inondation. »

Un choix éclairé

Les résidants de la municipalité que représente Mme Huot sont privilégiés. Ils ont accès aux accueillantes berges du lac Saint-François, sur le fleuve Saint-Laurent, au sud de Valleyfield. Eau limpide, pente douce, fond sablonneux, « c’est comme si on était à la mer », résume Manon Lussier, qui a acheté en 2013 le chalet de son enfance construit en 1951 pour le transformer en une résidence principale. La maison n’a jamais été inondée, même si elle est directement au bord de l’eau. La propriétaire attribue cette tranquillité d’esprit à deux caractéristiques propres au secteur.

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Manon Lussier, résidante de Saint-Stanislas-de-Kostka

« Le plan d’eau est géré à la fois par la Voie maritime et le barrage d’Hydro-Québec. En tout temps, l’eau doit être au même niveau pour permettre aux bateaux de passer sous les ponts, sans toucher le fond. »

Elle ne tournerait le dos au calme de l’eau et à la beauté des couchers de soleil pour rien au monde. Cependant, la riveraine est catégorique : si elle avait à déménager, elle ne serait pas prête à faire le pari d’acheter une propriété dans une zone classée à risque. « Aujourd’hui à la retraite, on cherche la paix et les valeurs sûres ! »

Aller à la rencontre des riverains

Non loin de là, Carole Quenneville, retraitée et conjointe de Gino Moretti, maire de Saint-Anicet, demeure au bord de l’eau depuis toujours : « Je suis la neuvième génération à habiter la maison familiale construite en 1817 sur les berges du lac Saint-François », calcule-t-elle.

La riveraine assure qu’il est possible d’habiter au bord de l’eau sans craindre les inondations.

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Carole Quenneville habite au bord du lac Saint-François dans la maison familiale construite en 1817.

« J’invite les gens à faire leurs propres recherches et à aller rencontrer les résidants des berges pour en discuter avec eux. »

Non inondable, mais…

Il importe de préciser qu’une zone non inondable ne constitue pas une police d’assurance contre le stress. C’est ce qu’a réalisé Cynthia Desruisseaux, qui ne cherchait pas nécessairement une maison au bord de l’eau. Mais en rachetant la maison des beaux-parents qui est située près de la rivière des Mille Îles, la jeune famille doit maintenant composer avec le cycle des crues saisonnières, sans pourtant être en zone inondable.

« La montée des eaux nous inquiète de plus en plus. D’année en année, ça monte un peu plus. »

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Cynthia Desruisseaux et sa fille, Maélie Lachapelle, au bord de la rivière des Mille Îles, à Terrebonne

Jusqu’à maintenant, la famille n’a pas eu à prendre de mesures préventives, et ce, même si la Ville de Terrebonne vient, chaque printemps, porter un grand nombre de palettes de poches de sable pour les résidences de la rue, au besoin.

Au cas par cas

Geneviève Moreau, courtière qui travaille avec l’équipe de Royal LePage sur la Rive-Sud, ne sent pas que les récents événements ont un impact sur le marché des propriétés au bord de l’eau : « Même si la propriété est dans une zone inondable, ça n’empêche pas un vendeur ou un acheteur d’aller de l’avant. Et les statistiques le démontrent : en Montérégie, le nombre de ce type de propriétés est relativement stable de 2016 à aujourd’hui. »

Néanmoins, Mme Moreau, qui travaille sur les deux rives de la rivière Richelieu et au sud du fleuve Saint-Laurent, insiste sur l’importance de préconiser une approche au cas par cas lorsque l’on planifie l’achat à proximité d’un plan d’eau : « Ce type de transaction demande de faire appel aux bons experts. »

Acheter en zone inondable

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Inondations à Rigaud, en mai dernier

Aussitôt déposé, le décret du gouvernement sur les zones inondables a été contesté. La cartographie qui désigne les zones d’intervention spéciales (ZIS) a d’ailleurs fait l’objet de modifications cette semaine. C’est pourquoi il y a des précautions à prendre avant de conclure une transaction qui concerne une propriété ou un terrain au bord de l’eau. 

Non seulement il peut être difficile d’obtenir un prêt hypothécaire, mais il faut également savoir qu’à l’intérieur des ZIS, il sera interdit de construire de nouveaux bâtiments ou de reconstruire des bâtiments détruits par une inondation. 

De plus, les assureurs pourraient limiter les couvertures offertes. « Selon les données actuarielles des assureurs, si votre cas représente une quasi-certitude d’inondation dans le futur, vous n’aurez pas accès à l’assurance contre les débordements des plans d’eau. Le code postal de la résidence est le point de départ de leur analyse. Fait particulier, il y a des assureurs qui ne consentent pas à ajouter la protection d’assurance contre les inondations en cours de contrat même si vous y êtes admissible. Vous aurez probablement à attendre que leur analyse des risques à la suite des événements d’inondation du printemps dernier soit terminée », explique Nathalie Lemieux, courtière en assurance de dommages et présidente de JA Lemieux. 

Dans tous les cas, il est impératif de vérifier diligemment auprès de la MRC ou de la municipalité si la propriété que l’on souhaite acheter est considérée comme étant dans une zone à risque ou non pour ainsi mieux comprendre la réglementation en vigueur.

Faire ses recherches

En complément aux recherches sur le terrain, la carte interactive diffusée sur le site web du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) mérite d’être consultée avant l’achat d’une propriété riveraine, pour connaître les risques d’inondation.

Consultez le site du MELCC : https://www.cehq.gouv.qc.ca/zones-inond/carte-esri/index.html