(Beaujolais, France) Le compte Instagram « Une idée en tête » pourrait être celui d’une professionnelle de la décoration qui carbure aux gros budgets pour transformer une maison délaissée du Beaujolais en demeure de rêve. C’est plutôt celui d’une mère de famille inventive et intuitive. Visite et conseils.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

Lysiane Paya n’a pas 35 ans qu’elle en est déjà à sa cinquième maison. « Et je me retiens d’aller sur les sites d’immobilier, au cas où j’aurais un coup de cœur », lance la jeune mère de trois enfants. Elle est assise à la table de cuisine de son immense maison du XVIIIe siècle, décorée de façon impeccable. La fenêtre laisse entrevoir un formidable jardin. Une piscine. Un paysage magnifique. Déménager ?

Il faut dire que Lysiane et son mari, Laurent, ont la bougeotte. Originaires de Lyon, ils ont acheté coup sur coup trois appartements en mauvais état qu’ils ont remis à neuf et, surtout, redécorés avant de passer au suivant. En même temps qu’ils achetaient et retapaient aussi une maison à la campagne « à peu près en ruine », revendue elle aussi à profit pour leur permettre d’atterrir ici, dans un petit village du Beaujolais, de ceux qui font rêver dans les films, des vignes à perte de vue et des maisons de pierres dorées au soleil d’après-midi.

On le comprend facilement : ils ont eu le coup de cœur pour la maison, posée entre les ceps, au bout d’une impasse. « Elle cochait toutes nos cases », dit Lysiane. Sauf une, la taille. Trois étages, 12 chambres à coucher, une chapelle dans un placard (!), un jardin en friche, alouette. Elle avait aussi bien besoin d’amour : la maison était inhabitée depuis plusieurs années, à l’exception d’un week-end par année par les propriétaires : chaque pièce devrait être refaite. Mais le cœur a parlé plus fort que la raison. Ils sont passés chez le notaire et ont emménagé un mois plus tard.

« Le chantier ne nous a pas effrayés : on en a l’habitude, dit Lysiane Paya. On a commencé par une toilette au rez-de-chaussée. J’étais alitée, enceinte de huit mois, quand on a déménagé. »

Puis, les propriétaires se sont attaqués à la cuisine, mise sens dessus dessous. Ils ont déplacé toute la zone de travail — évier, électroménagers, comptoirs — vers l’arrière, ajouté une immense fenêtre et créé un espace des plus agréables et pratiques pour cuisiner, sans perdre de vue les enfants. De l’autre côté du foyer central en pierre de taille, ils ont mis une table en bois assez grande pour accueillir toute la marmaille et leurs copains sans trop se serrer. De la vaisselle pastel est simplement posée sur une étagère à portée de main des plus petits. « On me dit souvent : “Oh, moi, je n’aimerais pas voir ma vaisselle comme ça.” Moi, au contraire, je trouve ça joli et je trouve ça bien que les enfants puissent se servir, mettre la table. »

Puis, du rez-de-chaussée au grenier, il a aussi fallu tout, tout, tout repeindre. « C’est beaucoup plus long qu’on le pense, pour les vieilles maisons, avec les boiseries, les découpes, etc. » Quatre paires de bras ont eu besoin de trois semaines pour faire le salon double : à peine un dixième de la résidence !

Une décoration éclectique

La maison est exceptionnellement lumineuse. Dans le salon, deux murs, blancs, sont parés de grands miroirs dorés, au-dessus de divans écrus et de fauteuils en jute. La décoration est ton sur ton, simple. Dans un coin, il y a un tourniquet à cartes postales, rempli des photos de famille en tout genre, trouvé dans une boutique de meubles d’occasion en ligne. « C’est mieux que les albums, les gens regardent librement les photos ». Le mur du fond tranche, tout noir, recouvert de quelques cadres soigneusement choisis. De l’autre côté, un ancien bureau de tri postal, en métal gris-vert, fait office de secrétaire. Une autre trouvaille dégotée sur l’internet : la maison est remplie de perles du genre.

« Je m’inspire de la maison pour créer l’ambiance. C’est elle qui me dicte le style général, lance Lysiane Paya. Mais je fonctionne beaucoup par coups de cœur. Quand j’en ai un, je ne peux pas résister. Et après, le meuble me suit, d’un logement à l’autre. »

La cage d’escalier qui mène aux chambres des enfants est émaillée d’une cinquantaine de cadres dorés, noirs, blancs : des photos de famille, des icônes religieuses, des broderies au point de croix. Un coin bibliothèque comble un petit espace sur le palier, peint en marine. Le corridor, vert foncé, est décoré d’étoiles dorées et d’une lune.

« Nous avons toujours eu de petits appartements à Lyon, assez sombres, alors je peignais tout en blanc. Maintenant que je peux mettre des couleurs sombres, j’en profite ! Il ne faut pas hésiter si le lieu s’y prête. »

Chaque enfant a une grande chambre. Avec un style qui lui est propre, que Lysiane a respecté. Même la demande de Léonce d’avoir des murs vert pâle, couleur qu’elle déteste pourtant. Chacun a un lit de camp — à la fois débarras, lit pour les peluches et cachette secrète, très pratique. Quelques décorations ludiques dans la salle de bains rappellent que c’est bien celle des enfants : un gilet de sauvetage orange au-dessus de la toilette, une affiche et des peluches de baleine.

L’étage des amis

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM « UNE IDÉE EN TÊTE »

Lysiane Paya marie allègrement le neuf et l’ancien, comme ici, où elle a récupéré de vieux tapis d’un ancien appartement et une banquette trouvée aux puces, avec quelques décorations choisies : des étoiles et une lune dorée devant la chambre des enfants.

L’étage du dessus est accaparé par cinq chambres d’amis, où il reste plus de travail à faire, mais Lysiane a déjà commencé à mettre son grain de sel : un cadre, des coussins originaux ou une chaise de couleur qui égaient rapidement une pièce, tout en gardant l’ensemble épuré. « On peut loger… au moins 30 personnes ici ! blague-t-elle. On aime bien faire des fêtes, on reçoit très souvent les amis, et c’est vrai que la maison s’y prête très bien. »

Souvent, ces week-ends festifs sont l’occasion de refaire la décoration : on tasse les meubles pour danser, installer un lit de plus, et puis hop ! on réalise qu’en fait, le mobilier serait peut-être mieux comme ci, comme ça.

« La maison change sans cesse », dit-elle. Un projet qui n’est pas encore achevé et ne le sera sans doute jamais, toujours en mouvement. « Les enfants aiment bien, aussi, quand je change la décoration. Mon mari, lui, me ramène à la réalité. J’ai des tas d’idées, mais il doit parfois me dire : “Chérie, là, non, ça n’ira pas.” On se complète très bien ! »

N’empêche qu’ici, le rêve de l’une et la réalité de l’autre sont souvent très proches. La cour reste à être aménagée : une piscine y a été construite l’été dernier, avec une terrasse en bois. Lysiane veut ajouter cet été un pavillon pour se changer, prendre une douche, préparer les apéros. Puis, pour les enfants, elle a une autre idée en tête : un trampoline au ras du sol, à demi enfoui sous la terre. Son mari n’a pas dit non… à condition qu’ils n’aient pas encore déménagé d’ici là.

S’inspirer d’« Une idée en tête »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM « UNE IDÉE EN TÊTE »

« Je m’inspire de la maison pour créer l’ambiance. C’est elle qui me dicte le style général, lance Lysiane Paya. Mais je fonctionne beaucoup par coups de cœur. Quand j’en ai un, je ne peux pas résister. Et après, le meuble me suit, d’un logement à l’autre. »

Favoriser les mariages mixtes

Lysiane Paya n’hésite jamais à marier, dans la même pièce, les articles neufs avec les vieux, ceux qui sont signés par des designers avec ceux qui ont été dégotés chez IKEA. Tout n’est pas parfait : des meubles sont usés, racornis, le tissu est parfois élimé, mais l’effet d’ensemble est réussi, et on s’en tire mieux côté budget.

Faire aller ses 10 doigts

Lysiane Paya a bricolé, dans la chambre de chacun de ses enfants, des cerceaux décorés de pompons aux couleurs de la pièce. C’est simple, peu cher, cela crée une certaine unité entre les trois pièces et permet d’avoir des éléments de décoration parfaitement adaptés au décor, qu’il aurait été difficile de trouver autrement. Idem pour le lustre de la chambre de Bertille, calqué sur une lampe griffée aperçue dans une revue de décoration, assemblé avec du fil de fer, des plantes et des papillons de tissu achetés pour trois fois rien.

Laisser vivre la maison

Au rythme où elle déménage, on imagine Lysiane Paya en train de refaire toute la décoration à l’instant même du déménagement. Que non ! « Il faut vivre un peu dans la maison, s’en inspirer, comprendre les besoins qu’on a en y vivant avant de faire les grands changements. »