Économique, écologique et durable, la construction de murs à partir de ballots de paille gagne lentement en popularité. Assez pour faire l'objet d'une rencontre internationale, l'International Straw Bale Building Conference, qui se tiendra du 24 septembre au 1er octobre au Camp Kawartha en Ontario.

Paul Journet
Paul Journet COLLABORATION SPéCIALE, LA PRESSE

Économique, écologique et durable, la construction de murs à partir de ballots de paille gagne lentement en popularité. Assez pour faire l'objet d'une rencontre internationale, l'International Straw Bale Building Conference, qui se tiendra du 24 septembre au 1er octobre au Camp Kawartha en Ontario.

«L'événement réunit chaque deux ans des propriétaires, ingénieurs, architectes et constructeurs d'une douzaine de pays. Les techniques de construction varient selon les régions, alors chacun partage son expertise. Par exemple, les maisons californiennes doivent se protéger contre les risques sismiques, un problème quasi-inexistant chez nous», explique Hank Carr, vice-président de la rencontre, qui en est à sa cinquième présentation.

Malgré tout, il déplore que son association souffre encore de préjugés. «Plusieurs nous perçoivent comme des écolos cinglés. Les constructeurs réguliers sont aussi très protectionnistes. L'an dernier, certains ont même exercé des pressions pour que la Ville de Gatineau interdise les maisons en ballots de paille. Heureusement, le règlement n'a pas passé.»

Une question d'isolation

Pourtant, les murs en ballots de paille semblent prometteurs. Côté durabilité, ils ont déjà fait leurs preuves, assure Catherine Wanek, auteure du livre The New Straw Bale Home et responsable de l'ONG américaine de construction verte Builders Without Borders.

«Les premières maisons du genre datent des années 1890 au Nebraska. Et comme n'importe quelle maison bien construite, elles restent aujourd'hui en bonne condition.»

Mais à l'époque, elles étaient peu nombreuses. Il faut attendre un siècle pour que la méthode de construction se popularise dans le sud-ouest américain. Depuis 1990, l'intérêt augmente continuellement, même si elle reste marginale dans l'industrie.

Hank Carr estime qu'entre 100 et 200 maisons aux murs en ballots de paille ont été construites l'an dernier au Canada. Selon lui, c'est l'excellente isolation qui convainc ces nouveaux propriétaires.

«Les ballots de paille isolent très bien. L'hiver dernier, j'ai payé seulement 300 pour chauffer ma maison, située près d'Ottawa. Je sauve de l'argent et je diminue ma consommation d'énergie, ce qui aide l'environnement.»

Des fermiers flairent aussi la bonne affaire. Au lieu de brûler la paille, ils la vendent. Ce qui augmente leurs revenus sans augmenter leurs dépenses.

Alors pourquoi ne construit-on pas davantage de ces maisons? D'abord, les quelques entrepreneurs spécialisés sont débordés par la demande. Il faut parfois attendre longtemps avant de débuter les travaux. Et la construction reste longue et minutieuse, souligne Hank Carr.

Assistant-charpentier pour la coopérative Habitations Apex, Michel Lampron y voit aussi l'effet d'un certain conservatisme.

«La paille effraie ceux qui ne la connaissent pas. Ils évitent ce qu'ils jugent être un risque et optent pour des méthodes plus conventionnelles.»