«Si vous avez un problème de fourmis, dit Chris Buddle, entomologiste et professeur à l'Université McGill, asseyez-vous tranquillement avec une bière ou un café et observez attentivement leurs allées et venues.»

Publié le 26 avr. 2006
Léa Méthé Myrand LE SOLEIL

«Si vous avez un problème de fourmis, dit Chris Buddle, entomologiste et professeur à l'Université McGill, asseyez-vous tranquillement avec une bière ou un café et observez attentivement leurs allées et venues.»

Benoit Moisan et sa conjointe, résidants du quartier Saint-Jean-Baptiste, ont suivi pendant des années la piste des fourmis gâte-bois qui circulaient par milliers dans leur cour et commençaient à entrer dans la maison. Après avoir scruté le terrain et le garage sans résultats, ils ont conclu que la colonie se trouvait dans l'entre-toit du deuxième étage. «J'ai désassemblé la terrasse et là, sous la membrane de toit et les panneaux de contreplaqué, j'ai vu un milliard de fourmis, des petites, des grosses, des oeufs et des larves», explique Benoit Moisan avec une mine dégoûtée. Le nid principal faisait 75 cm de diamètre, affirme-t-il.

Sans atteindre le milliard, une colonie mature peut compter jusqu'à 14 000 individus.

Valérie Gagnon de Maheu & Maheu présente un morceau de bois retiré chez un client aux prises avec des fourmis gâte-bois.

La fourmi gâte-bois est l'espèce de fourmi la plus dérangeante au Québec car elle est susceptible de bâtir une colonie à l'intérieur de la maison. Dans la nature comme dans les bâtiments, les fourmis gâte-bois creusent leurs galeries dans le bois en décomposition. Il y a donc fort à parier que leur présence à l'intérieur cache en plus un problème d'infiltration d'eau.

Les insectes peuvent commencer à s'attaquer au bois sain et à la styromousse d'isolation lorsqu'ils ont réduit tout le bois moisi en fins copeaux. Le milieu humide qu'ils entretiennent pour élever les oeufs et les larves peut aussi détériorer le gypse et les autres matériaux de construction.

Toutes les fourmis ne sont pas aussi envahissantes et destructrices. Ce sont généralement des animaux sains et inoffensifs qui contribuent à contrôler la présence d'autres insectes plus nuisibles comme les mites, les puces et les poissons d'argent.

Les plus communes, les fourmis noires dites «des trottoirs», bâtissent leur nid à l'extérieur de la maison. Si elles se glissent à l'intérieur, c'est qu'elles sont en quête de nourriture. Donner régulièrement un coup de balai et garder la nourriture dans des pots étanches pour les priver de miettes alléchantes suffiront parfois à les désintéresser.

Pour les empêcher de pénétrer dans la maison, vous pouvez aussi installer des plates bandes de plantes répulsives autour des fondations comme de l'herbe à chat, la menthe poivrée, la sauge et la thanasie. Au contraire, les pivoines et autres plantes à la sève sucrée les attireront.

Plusieurs produits appliqués ou vaporisés autour de la maison empêcheront également les indésirables d'entrer. La terre diatomée, une poudre à base de dépôts fossiles, est recommandée comme solution autant par les écolos que par les experts en gestion de parasites. Elle agit sur les fourmis et autres insectes rampants comme de menus éclats de verre. Au contact de cette substance, ils se déshydratent et meurent au bout de quelques jours.

Si on découvre le nid, la terre diatomée distribuée généreusement fera périr la colonie et si celle-ci se trouve à l'intérieur, on recommande d'utiliser immédiatement un aspirateur pour aspirer les insectes qui tenteront de se disperser. Il va de soi qu'on doit se débarrasser du sac le plus tôt possible...

Brouiller les pistes

On pense leur barrer la route avec des poudres, des pièges et en colmatant les brèches mais elles font fi des obstacles ? Par où diable passent-elles ? Le long des conduits et des fils électriques, par des tunnels souterrains et des trous de clous, elles font leur chemin loin des regards.

«On fait appel à des professionnels de la gestion parasitaire lorsqu'on ne tolère plus la présence des fourmis dans la maison et qu'on n'a pas l'expérience nécessaire pour trouver soi-même le nid», explique Martin Saint-Pierre, directeur technique chez Maheu & Maheu. Si elles commencent à circuler à l'intérieur de la maison dès la fin février, prévient-il, c'est que la colonie est sûrement à l'intérieur.

Outre les fourmis gâte-bois, aussi appelées fourmis charpentières, les fourmis pharaon sont les seules qui élisent domicile dans les bâtiments. Originaire des tropiques, ces bêtes minuscules ne survivent sous nos latitudes que dans les immeubles chauffés. Au Québec, pour l'instant, seule la ville de Montréal est aux prises avec l'espèce, mais elle est si prolifique que Québec pourrait la voir arriver sous peu.

De doux... à choc

Le Service d'information sur la nature en milieu urbain de l'Université McGill (www.agrenv.mcgill.ca/urban-nature/) propose des solutions avec appâts pour s'attaquer à la source du problème sans nécessairement avoir localisé le nid.

Les insectes qui s'aventurent hors des galeries - autour de 2 % des individus - réservent une partie de la nourriture ingérée pour la régurgiter aux larves et aux travailleuses du nid.

Dommages causés par les fourmis gâte-bois.

Plutôt que de foudroyer les nourricières avec une solution hautement toxique, on empoisonne le reste de la colonie en laissant à ces dernières le soin de ramener aux autres une nourriture empoisonnée. Trempez une miche de pain dans une solution de 3/4 de tasse d'eau, 1/4 de tasse de sucre et 1 cuillère à thé d'acide borique, garnissez de beurre d'arachide.

Cette solution est toute désignée contre les fourmis pharaons et les fourmis dites «de trottoir» qui raffolent particulièrement des aliments sucrés et gras.

Enfin, les esprits vengeurs se réjouiront de l'option suivante, digne des plus grands tacticiens militaires. Si vous localisez deux nids, prenez une pelletée grouillante dans l'un pour la répandre sur l'autre et inversement, installez-vous avec une bière ou un café et regardez les deux colonies s'entretuer.

«Les fourmis sont très agressives, alors ça peut bien fonctionner, dit Chris Buddle en riant. Je ne l'essaierais pas dans la maison mais c'est une solution envisageable pour l'extérieur.»

Observation, mélanges dignes des apothicaires du Moyen-Âge et stratégies guerrières, le contrôle des fourmis prend des allures de croisades. «Elles commandent le respect car elles sont rusées, ajoute l'entomologiste. On doit faire preuve de beaucoup de persévérance pour en venir à bout.»

Fourmi gâte-bois (ou charpentière)

FOURMI GÂTE-BOIS (OU CHARPENTIÈRE)

- ORIGINE : On en trouve cinq espèces différentes au Québec, toutes indigènes.

- DESCRIPTION : Beaucoup plus grosse que les autres espèces communes 6 à 13 mm ; brun rougeâtre foncé à noire selon l'espèce ; forts mandibules.

- CE QUI L'ATTIRE : Bois pourri, vieilles souches, bois de charpente exposé aux infiltrations d'eau.

- CONTRÔLE : Barrières avec terre diatomée, destruction du nid avec agents pesticides plus ou moins puissants.

FOURMI PHARAON

- ORIGINE : Probablement originaire d'Afrique tropicale, elle ne survit sous nos latitudes que dans les bâtiments chauffés.

- DESCRIPTION : Très petite, 1,5 à 2,5 mm de long ; jaune pâle à brun rougeâtre ; taille fine à deux segments.

- CE QUI L'ATTIRE : Résidus de nourriture, aliments sucrés. Endroits chauds et humides pour bâtir les nids.

- CONTRÔLE : Appâts avec agents toxiques à action lente (acide borique) Attention : les pesticides chimiques les activent et les dispersent.

FOURMI DE TROTTOIR

- ORIGINE : Native d'Europe, elle a été introduite en Amérique vers 1700.

- DESCRIPTION : Environ 3,5 mm ; corps brun foncé avec pattes plus pâles.

- CE QUI L'ATTIRE : Résidus de nourriture, aliments gras et sucrés.

- CONTRÔLE : Balayages fréquents des miettes de nourriture, contenants scellés pour les aliments.