Les rudbeckies m'ont toujours ébloui. À l'époque, bien avant que je jardine, on les appelait marguerites jaunes par opposition aux blanches plus hâtives. Mais elles m'ont toujours paru plus spectaculaires, d'autant que leur floraison se produit vers la fin juillet ou en août, le long des routes de campagne, à un moment où leurs petits disques solaires contrastent vivement avec la verdure environnante.

Mis à jour le 24 août 2010
Pierre Gingras LA PRESSE

Vraisemblablement importée sous forme de graines de l'ouest du continent, inconnue au Québec avant les années 1930, nous dit Marie-Victorin, la rudbeckie hérissée, Rudbeckia hirta, de son nom scientifique, présente des lignées bisannuelles, annuelles et même vivaces mais de courte durée. Les hybrideurs l'ont utilisée à maintes occasions pour développer une foule de variétés populaires, la plupart du temps annuelles.

Le mois d'août est aussi la période de floraison de nombreuses autres espèces et de variétés de rudbeckies fort jolies, originales et très rustiques. Elles peuvent vivre plusieurs années et leur floraison s'étale habituellement sur plusieurs semaines, souvent jusqu'à la mi-septembre. Toutes préfèrent le plein soleil mais vont donner néanmoins une bonne floraison à la mi-ombre. Bon nombre sont encore disponibles à ce temps-ci dans les centres de jardinage où vous aurez d'ailleurs l'occasion de les voir en fleurs.

Je vous présente aujourd'hui certaines de mes rudbeckies préférées.

Rudbeckia laciniata



La première plante à vocation horticole découverte sur mon terrain a été la rudbeckie laciniée qui avait été plantée il y a probablement plus de 80 ans par les propriétaires de l'époque. Et elle est toujours là. Il s'agit plus précisément du cultivar «Hortensia», un hybride datant d'au moins un siècle et qui produit une fleur double aux pétales innombrables, au diamètre de 6 à 7 cm. Sa taille est toutefois considérable, autour de 2 m. On doit parfois la tuteurer car elle s'incline par fortes pluies. Un sol ordinaire lui convient mais chez moi elle s'accommode sans peine d'une terre très argileuse.

La rudbeckie laciniée fait partie de la flore québécoise mais la plante d'origine donne une fleur simple, toujours dans des tons de jaune. Elle a produit aussi un autre cultivar presque identique à «Hortensia» mais de taille plus réduite, soit autour d'un mètre. Il s'agit de «Goldquelle» et c'est celui que vous découvrirez probablement si vous visitez une pépinière ces temps-ci. Curieusement les tiges des rudbeckies laciniées sont parfois recouvertes de pucerons rougeâtres qui ne semblent jamais nuire à la plante.

Photo: Pierre Gingras, La Presse

Rudbeckia laciniata «Hortensia» est cultivée depuis plus de 100 ans au Québec.

Rudbeckia fulgida «Goldsturm»

La rudbeckie «Goldsturm» est la plus populaire de la famille dans nos jardins. Extrêmement prolifique, rustique en zone 3, elle pousse évidemment dans un sol bien drainé mais si le terreau est riche elle prendra de la hauteur, facilement un bon mètre. Sa floraison s'étale sur plusieurs semaines parfois jusqu'à la fin septembre ou jusqu'aux premiers gels. Les fleurs d'environ 7 cm de diamètre sont d'un jaune très foncé, avec un coeur noir. Les graines produites par ces rudbeckies ne manquent pas d'attirer les chardonnerets jaunes s'il y en a dans les alentours. La plante se ressème facilement et tôt ou tard, vous retrouverez des plants un peu partout dans vos platebandes.

Originaire de l'Amérique du Nord comme toutes les rudbeckies, «Goldsturm» est un mutant d'une variété de Rudbeckia fulgida, mutant découvert en 1937 dans une pépinière de Tchécoslovaquie. Elle fut multipliée par le pépiniériste allemand Karl Foerster et mise sur le marché en 1949. Sa popularité ne s'est jamais démentie depuis. Incidemment «Goldsturm» porte bien son nom, le terme se traduisant en français par «tempête d'or».

Photo: David Boily, La Presse

La rudbeckie fulgida «Goldsturm» est probablement une des vivaces les plus populaires dans nos jardins.

Rudbeckia maxima

Comme son nom l'indique Rudbeckia maxima est grande, très grande. Elle dépasse souvent les 2 m, mais c'est surtout son feuillage et ses fleurs qui la distinguent vraiment de ses congénères. Ses feuilles très grandes, de forme elliptique, d'environ 30 cm de longueur, sont de couleur vert tendre et rappellent la texture du chou. Jolies et inusitées. Les fleurs ne dépassent guère les 8 cm de diamètre mais le capitule (le coeur de la fleur) est énorme. Une fois sec d'ailleurs, il est très apprécié des chardonnerets jaunes.

Rudbeckia maxima se trouve en pépinière mais on peut facilement en obtenir à partir de semis. Si je me fie à mon expérience, un plant met beaucoup de temps à former une touffe si bien qu'il vaut mieux en acheter quelques-uns afin de les regrouper. Elle est rustique en zone 4.

Rudbeckia triloba

Rudbeckia triloba est parfois difficile à trouver. Dommage. Chaque plant forme à lui seul un petit buisson de 100 à 120 cm qui compte des dizaines de fleurs. Elles sont petites, de couleur orangée ou jaune rappelant un peu les hélénies d'automne. Leur coeur est noirâtre ou pourpre. La plante est rustique en zone 4, possiblement en zone 3, mais chez moi, elle a parfois la fâcheuse habitude de mourir au cours de l'hiver même si les conditions de culture semblent adéquates. Considérée d'ailleurs comme une vivace de courte durée, elle se ressème volontiers.

Photo: Pierre Gingras, La Presse

Chaque plant de Rudbeckia triloba, produit des dizaines de petites fleurs.

Linné, Rudbeck et Nobel

Les rudbeckies doivent leur nom au célèbre naturaliste suédois Carl Von Linné qui voulait ainsi honorer Olof Rudbeck père, et Olof Rudbeck fils qui enseignaient à l'Université d'Uppsala en Suède. Botaniste et ornithologue, Rudbeck fils a enseigné au jeune Linné dans les années 1730 et en fit aussi le tuteur de ses fils.

La soeur de Rudbeck fils, Wendela, est l'arrière-grand-mère d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, homme d'affaires prospère dont le legs, selon sa volonté, servit et sert encore à financer les prix Nobel.

Comme son fils plus tard, Olof Rudbeck père fut l'un des scientifiques les plus réputés de Suède. Professeur de médecine (on lui doit la découverte du système lymphatique), il oeuvra aussi dans diverses disciplines et fut le fondateur du premier jardin botanique en Suède, à Uppsala. Quelle famille!