L'arbre est coupé. Huit mètres d'érable dans la cour arrière et le propriétaire se demande quoi faire avec tout ce bois. C'est habituellement l'émondeur qui se charge de ramasser les morceaux que le vieil arbre malade a laissés. Peu intéressant pour les ébénistes, rarement utile pour les propriétaires, le bois mort peut-il vraiment avoir une deuxième vie?

Publié le 28 oct. 2013
Charles-Édouard Carrier LA PRESSE

«Avant de couper un arbre, on doit aller chercher l'opinion d'un entrepreneur ou on fait appel à un bureau de consultation en foresterie urbaine», insiste Luc Nadeau, président de la firme Nadeau foresterie urbaine et ingénieur forestier. Plus l'arbre est gros, plus il a de la valeur. Il faut s'assurer d'avoir un avis objectif et neutre sur la nécessité de la coupe.

Bois de chauffage ou paillis

«La plupart de nos clients ne gardent pas le bois, sauf si c'est du chêne ou de l'érable. On le coupe en rondins de 40 cm et ils en font des bûches pour le foyer», explique Patrice Bellemare de P. Bellemare Émondage. Dans ce cas, c'est la responsabilité du client de fendre son bois pour l'utiliser ensuite comme bois de chauffage.

On peut aussi transformer le bois en paillis que l'on réutilisera dans les plates-bandes. «Par opposition au bois franc, le bois mou ne se brûle pas bien. Normalement, on le broie et on en dispose. Peu de clients s'embarrassent avec ça, mais d'autres gardent le bois et les copeaux. Ils économisent les frais de transport», ajoute Marc Droguet, propriétaire de Cordiste Montréal, une entreprise qui se spécialise dans les travaux d'émondage en hauteur en utilisant des techniques d'alpinisme, sans avoir recours à une nacelle.

Donc, si le client ne garde pas les résidus, ils sont envoyés dans les centres de tri municipaux ou revendus en bois pour le foyer.

Quant à la souche et aux racines apparentes, elles sont broyées par meulage avec un essoucheur. On retire les copeaux, puis on remplit de terre. Les racines restantes se décomposent graduellement.

Le broyat peut être utilisé comme paillis. Les entreprises de location d'outils possèdent ce type d'appareil et plusieurs propriétaires choisissent d'accomplir eux-mêmes cette tâche. Dans le cas d'un arbre malade, il faut s'informer auprès d'un spécialiste avant de récupérer les résidus pour éviter une contamination.

Une ville qui donne l'exemple

Les municipalités disposent annuellement de plusieurs tonnes de bois mort, récupérées un peu partout sur leur territoire par leurs équipes d'émondeurs. «La Ville de Blainville est la plus avant-gardiste que je connaisse», partage M. Nadeau.

«Après les travaux d'abattage, on fait des planches avec un moulin portatif et celles-ci sont utilisées pour l'entretien de nos équipements: bancs de parc, clôtures ou tables à pique-nique», décrit Éric de la Sablonnière, directeur associé au service des communications et relations avec le milieu pour la Ville de Blainville.

Y trouver son compte

«Je suis un des rares émondeurs qui possèdent une ébénisterie. C'est mon passe-temps. À partir de ce que j'abats, je fais des comptoirs, des tables, etc. Mon îlot de cuisine provient de deux larges planches de pin blanc», raconte fièrement M. Bellemare. Pour y arriver, l'entrepreneur doit garder un maximum de longueur dans les morceaux de bois qu'il découpe. «C'est plus compliqué puisqu'on utilise une machinerie spéciale pour charger des morceaux allant jusqu'à trois mètres», explique-t-il.

Ce ne sont pas toutes les coupes qui sont bonnes pour ce genre de recyclage. Valoriser en planche ou en meuble le bois provenant d'un arbre urbain est difficile. «Pour du bois d'oeuvre de qualité, on souhaite peu de noeuds et pas de branches sur les quatre ou cinq premiers mètres. Qui dit «branches» dit «noeuds». L'arbre urbain se ramifie souvent en deçà de trois mètres. Le tronc se sépare rapidement en plusieurs branches. Ce n'est pas attrayant pour les ébénistes», explique M. Nadeau.

Autrement, certains garderont les rondins pour de l'artisanat ou de la décoration. Une fois vernies, les bûches circulaires peuvent facilement se transformer en table de nuit, en tabourets ou encore en sous-plats.

Remplacer un arbre

Une fois le centenaire abattu et la souche disparue, on réalise l'impact qu'il avait sur le milieu de vie. Déçu du vide que laisse l'arbre après avoir été coupé? Pour les propriétaires nantis, certaines entreprises offrent la transplantation d'arbres matures. «On peut vendre des arbres de diamètres aussi grands que 30 ou 40 cm, les livrer à domicile et les planter. Et il n'y a pas de limites de prix dans ce marché-là», conclut M. Nadeau. En effet, un arbre mature coûtera de 20 000 à 250 000$.