Dans le cercle des amateurs de plantes d’intérieur, la méthode de culture en copeaux de cèdre soulève les curiosités et beaucoup d’enthousiasme. Des plantes plus belles, plus en santé, plus faciles à entretenir et dont la croissance est accélérée, témoigne-t-on sur les réseaux sociaux. Révolutionnaire ? Voyons voir.

Publié le 3 mars
Isabelle Morin
Isabelle Morin La Presse

Karelle Gagnon a eu un éveil tardif pour le jardinage d’intérieur, avoue-t-elle. En pandémie, sa curiosité initiale s’est transformée en véritable passion. Depuis, elle suit différents groupes de jardinage sur ses réseaux sociaux. C’est d’ailleurs là qu’elle s’est initiée à une « nouvelle » technique de culture qui fait jaser les amateurs de jardinage d’intérieur, et qui consiste à cultiver ses plantes dans un substrat composé uniquement de paillis de cèdre, plutôt qu’en terre.

« De cette façon, elles ne manquent jamais d’eau. Je peux même partir deux semaines en vacances sans craindre de les perdre », dit-elle en décrivant les progrès réalisés depuis qu’elle a changé ses façons de faire, il y a trois mois. Les feuilles des pothos, philodendrons et hoyas, qu’elle affectionne particulièrement, sont plus luisantes et plus grosses ; leurs couleurs, plus vibrantes. Un autre passionné de plantes rares, Janick Sarrazin, témoigne de constats similaires grâce à ce « nouveau » procédé : « Les plantes sont beaucoup plus belles et elles ont tendance à faire plus de feuilles. »

L’intérêt pour cette façon de cultiver les plantes d’intérieur est notable depuis septembre, observe la directrice des Serres St-Élie, Mélanie Grégoire. « C’est un regain d’intérêt, insiste-t-elle. La technique elle-même n’est pas nouvelle. » D’ailleurs, l’horticultrice en avait déjà fait le sujet d’une chronique à Tout simplement Clodine, il y a 12 ans. Cet engouement ne serait pas étranger, selon elle, à la popularité de certaines plantes. Celles de la famille des aracées, qui englobe entre autres les monstera, philodendron, pothos, anthurium, colocasia, alocasia et alaonema, connaissent actuellement leurs heures de gloire.

« Quand je trouve qu’en me comparant, je n’ai pas beaucoup de plantes chez moi, c’est que certains en ont vraiment fait une passion ! », lance-t-elle. Or, les aracées, qui croissent majoritairement en milieu tropical ou subtropical, se prêtent particulièrement à la technique de culture en paillis qui reproduit leur écosystème typique.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Des pots transparents permettent de suivre l’évolution du système racinaire des plantes.

Un environnement adapté

Dans leur milieu d’origine, les aracées évoluent dans un sol aéré qui leur fournit quantité d’humidité. Leurs racines, aériennes, s’accrochent à celles des arbres et aux troncs, ou se déploient dans les couches superficielles d’un sol composé de copeaux qui agissent à titre de rétenteur d’eau. Ceci explique cela : la méthode du paillis recrée un environnement naturellement adapté aux besoins de ces plantes.

En s’imbibant d’eau, les copeaux fournissent à la plante un bain d’hydratation constant, sans être excessif. La fréquence d’arrosage est ainsi diminuée. Le risque de trop arroser, éliminé du même coup. À ces avantages s’ajoute le fait que le paillis est un répulsif pour les insectes. Lorsqu’on incorpore des nutriments à l’eau, il devient par ailleurs entièrement disponible pour les racines puisqu’il n’est pas partagé avec la terre.

Passer d’une traditionnelle culture en terre à cette méthode, qui s’apparente à l’hydroponie, demande toutefois un certain ajustement, précise Mélanie Grégoire. La routine d’arrosage devient inutile, mais il faut, en revanche, veiller à ce que le niveau d’eau soit suffisant. Un pot transparent (et sans trou) permettra d’ailleurs d’y voir clair.

Le principe est simple. Le plus délicat, dans ces nouvelles conditions de culture, sera probablement de trouver le parfait équilibre entre la quantité d’eau, d’écorce, de fertilisant et d’ensoleillement.

Mélanie Grégoire, directrice des Serres St-Élie

Par où commencer ?

Pour passer de la culture en terre à celle en pot, il suffit de dépoter délicatement la plante et de nettoyer doucement ses racines avec un jet doux pour éliminer la terre. Après avoir rempli un contenant de paillis de cèdre — le même qu’on utilise au jardin en été — idéalement naturel, on pourra y déposer la plante de façon à ce que ses racines soient recouvertes et n’excèdent pas le tiers supérieur du substrat. On pourra ensuite verser environ 3 cm ou 1 po d’eau au fond du pot, en veillant à ce qu’une distance équivalente sépare les racines de l’eau.

« La plante ira puiser uniquement l’hydratation dont elle a besoin et développera son système racinaire en conséquence. Ses racines pourront éventuellement toucher à l’eau, mais la plante doit s’y rendre d’elle-même », précise l’horticultrice. L’entretien consistera ensuite à ajouter de l’eau au besoin et à changer le substrat lorsqu’il se désagrège, ce qui se fait toutefois lentement. Après un mois, ou le temps que la plante développe ses racines d’eau, on peut commencer à lui fournir des nutriments.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La croissance des jeunes pousses est accélérée.

Aracées et cie

Si les aracées se plaisent dans cet environnement familier, c’est également le cas des bégonias, des cissus, des peperomias et des zamiozulcas. « En théorie, d’autres types de plantes pourraient s’y plaire, mais c’est sous toute réserve. On en est encore au stade expérimental », selon Mélanie Grégoire, qui suggère de se faire la main avec des plantes plus faciles à cultiver, comme le monstera ou le pothos, ou celles auxquelles on est moins attaché.

Une fois qu’on a apprivoisé la technique, on peut ensuite élargir et s’amuser à tester la formule avec d’autres plantes. « Je vois mal la violette africaine ou un cactus pousser dans ces conditions, mais encore là, on pourrait avoir des surprises », selon l’horticultrice.

Parmi les membres du groupe Culture des plantes d’intérieur en paillis de cèdre, sur Facebook, plusieurs témoignent des succès obtenus avec différents types de plantes, même de moins gourmandes en eau comme les succulentes ou… les cactus ! « Comme les journées allongent, les plantes se réveillent et se remettent en croissance. Si on est curieux, c’est le temps de l’essayer ! »