Le parcours étonnant du Canadien en séries éliminatoires, au début de l’été, a poussé bon nombre de partisans à s’équiper afin de suivre, à la belle étoile, la progression de l’équipe. Loin d’être l’exception, les installations permettant de regarder des compétitions sportives, des films ou des séries télé dans le confort de sa cour sont de plus en plus répandues.

Danielle Bonneau
Danielle Bonneau La Presse

Benoit Granata a découvert il y a belle lurette le plaisir de regarder des films en famille, sur sa terrasse. Il y a cinq ans, au moment de construire une pergola dans sa cour spacieuse, à Montréal, il a prévu l’endroit où il placerait une toile rétractable manuelle et un projecteur. Il ne manquait plus que le popcorn.

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En deux temps, trois mouvements, Benoit Granata installe son projecteur, acheté il y a quelques années, chaque fois qu’il en a besoin. Il pourrait aussi le mettre sur une table. Le filage HDMI requis pour transmettre des signaux de qualité est la seule chose qu’il laisse à l’extérieur.

« Quand il fait beau, on passe la majorité du temps dehors, explique-t-il. On a beaucoup suivi le hockey, mais on peut regarder n’importe quoi, et même jouer à des jeux vidéo, tant que le soleil est couché. On en profite au moins deux fois par semaine, jusqu’à 23 h. On ne veut pas déranger les voisins. »

Benoit Granata, membre de la Geek Squad chez Best Buy Canada, connaît bien la technologie, en constante évolution. Déjà il y a 15 ans, alors qu’il travaillait pour l’ancienne enseigne Future Shop, il avait sauté sur l’occasion d’acheter un projecteur au rabais. « On l’a installé dans notre chambre, où il n’y avait pas de télé, explique le père de deux adolescents de 13 et 14 ans. C’était facile de projeter une image sur un mur blanc. On a vraiment aimé l’effet que cela donnait. »

Lors des rénos dans la cour, on a trouvé que ce serait une bonne idée de créer un effet cinéparc, dans notre aire à ciel ouvert.

Benoit Granata

Les projections privées en plein air se multiplient grâce à un concours de circonstances favorable, constate Thierry Lopez, directeur marketing et affaires corporatives, au Québec, chez Best Buy Canada.

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Quand la température le permet, Kisha De Pippo, Benoit Granata et leurs deux enfants Angelo et Kisha-Cearra s’installent confortablement pour regarder des films ou des séries télé. « Les étés sont tellement courts, il faut en profiter », souligne Benoit Granata.

« En mai et en juin, on a eu de grandes chaleurs, rappelle-t-il. Deuxièmement, il y a eu le déconfinement, dans le sens où on a eu l’autorisation de recevoir du monde dans sa cour. Troisièmement, le Canadien a commencé à gagner. On a toujours vu une saisonnalité de la vente des téléviseurs en fonction du sport. Au début de l’été, les gens se sont tournés vers des appareils faits pour l’extérieur. »

Vive la facilité

Le phénomène n’est pas nouveau, fait remarquer Filipe Gomes, conseiller chez Fillion Électronique. Mais les prix ont baissé et c’est beaucoup plus facile qu’avant de s’installer sur sa terrasse pour regarder la télé. « Autant Bell que Vidéotron ont des terminaux sans fil, dit-il. Il n’est plus nécessaire de prévoir une prise dehors avec une connexion vers le câble. Maintenant, on peut juste sortir le terminal dehors comme dans la publicité de Bell. Beaucoup de clients aisés ont une installation permanente à l’extérieur. Les clients qui ont un revenu moyen sortent un téléviseur qu’ils ont déjà et le mettent sur une petite table. »

PHOTO FOURNIE PAR SAMSUNG ELECTRONICS

Les téléviseurs intelligents de la collection La Terrasse, de Samsung Electronics, ont été conçus pour l’extérieur. Devant idéalement être installés dans une zone ombragée, les appareils coûtent de 5000 $ à 9000 $.

Samsung Electronics, qui cherche à se tailler une place enviable partout dans la maison, a lancé en 2020 une gamme de téléviseurs intelligents conçue pour l’extérieur intitulée La Terrasse, résistant aux intempéries et offrant une qualité d’image ultralumineuse. Les modèles de 55, 65 et 75 po, munis de la technologie d’affichage QLED Ultra HD 4K, coûtent respectivement 5000 $, 7000 $ et 9000 $.

Les clients qui optent pour un tel type d’appareil sont l’exception, note Filipe Gomes.

Cet été, il y a plutôt eu beaucoup de demandes pour des projecteurs portables pour l’extérieur.

Filipe Gomes, conseiller chez Fillion Électronique

Il recommande des modèles intelligents, comme celui offert par Epson pour environ 1000 $, qui permettent, une fois reliés au réseau WiFi, d’avoir directement accès à des plateformes de diffusion en continu comme Netflix. Ils ont en prime des haut-parleurs intégrés, mais peuvent aussi être reliés à des haut-parleurs portatifs Bluetooth. Plutôt que d’acheter des toiles manuelles ou motorisées, beaucoup de clients projettent les images sur une surface pâle ou un drap, observe M. Gomes.

« La technologie est de plus en plus variée et abordable et répond à des besoins qui sont propres à chaque personne, indique Thierry Lopez, de chez Best Buy Canada. On n’est plus dans un mode de visionnement qui est le même pour tout le monde. Chacun va avoir une installation différente parce qu’il a une utilisation et des besoins qui sont différents. Tout ça peut se faire parce que les produits sont de moins en moins chers, et de plus en plus performants et petits.

PHOTO FOURNIE PAR BEST BUY CANADA

Les projecteurs sont de plus en plus compacts, performants et abordables. Celui-ci, de marque Aaxa, tient dans la paume d’une main.

« Prenez les projecteurs, précise-t-il. Epson est une marque reconnue en matière de qualité. Mais ce qu’on voit en progression, ce sont les projecteurs compacts, comme ceux des marques Asus et Aaxa, à environ 400 $. Ce qui est intéressant, c’est la portabilité. Les jeunes regardent Netflix, Amazon Prime, Disney+ et même les matchs sur leur téléphone. Avec un adaptateur, c’est facile de mettre ce qu’on veut voir sur le projecteur et de le regarder. Vous branchez aussi votre haut-parleur Bluetooth, pour un meilleur son. »

Quiétude des voisins

Ce phénomène soulève la question fort pertinente de la quiétude des voisins. Plusieurs municipalités tracent des balises en ce qui concerne le niveau de bruit permis autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des habitations. À Saint-Lambert, par exemple, la limite est de 50 décibels, ce qui équivaut à la voix humaine.

La Ville de Châteauguay, de son côté, précise sur son site internet, qu’il « est interdit de faire tout bruit susceptible de troubler la paix, la tranquillité et le bien-être d’une ou de plusieurs personnes du voisinage. Ainsi, la réglementation municipale stipule que le bruit, causé par quelque moyen que ce soit (stéréo, téléviseur, haut-parleur, instrument de musique) et perçu à la limite de la propriété ou à l’extérieur du logement d’où il provient, ne doit pas excéder 60 décibels (équivalent à l’intensité d’une conversation normale) le jour, entre 7 h et 23 h, et 55 décibels la nuit entre 23 h et 7 h. »

Afin d’entretenir de bonnes relations entre voisins, l’achat d’écouteurs sans fil ou de casques d’écoute pourrait donc aussi être considéré…