Les promeneurs déambuleront-ils un jour dans les ruelles de la Petite Italie comme ils le font dans les vignobles de la Toscane ? C’est ce que souhaite le Laboratoire d’agriculture urbaine, qui distribuera 1000 pieds de vigne aux résidants du quartier afin de créer un vignoble urbain et citoyen. Une première cuvée est attendue pour 2025.

Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

« La Petite Italie, ce n’est pas juste une grande rue avec des cafés italiens et un marché, c’est aussi des ruelles qui sont végétalisées un peu à l’italienne, avec beaucoup de vignes et des pergolas entièrement recouvertes », constate Véronique Lemieux, fondatrice et coordonnatrice de Vignes en ville, qui pilote le projet. « Personnellement, ça me fait rêver. »

Inspiré par les vignes déjà cultivées par les résidants du quartier d’origine italienne, le Laboratoire d’agriculture urbaine (AU/LAB) désire y créer un vignoble urbain. L’initiative s’inscrit dans la suite du projet web La ruelle des vignerons (Vicolo degli enologi), lancé en 2019 en collaboration avec la Casa d’Italia, pour mettre en valeur le patrimoine agricole et culturel de la communauté italo-montréalaise.

La vigne aux citoyens

« Il y a déjà une masse critique de vignes dans la Petite Italie, observe Véronique Lemieux. Il y a même des cépages italiens. »

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Véronique Lemieux, fondatrice et coordonnatrice de Vignes en ville

Le grand mystère est : comment les Italiens arrivent-ils à faire survivre ces vignes ? Certains les rentrent dans le garage [en hiver], il y en a qui mettent du foin. C’est quelque chose qui est unique.

Véronique Lemieux, fondatrice et coordonnatrice de Vignes en ville

Les vignes peuvent être cultivées en terre, comme en pot.

Montréal compte déjà quelques vignobles urbains, mais celui-ci sera différent parce qu’il appartiendra aux citoyens. Un millier de pieds de vigne seront distribués, les 22 et 23 mai au marché Jean-Talon, à ceux et celles qui résident dans les rues situées à proximité. Ce sera la mise en commun de la récolte qui permettra de concocter le précieux jus qui pourrait bien être, selon les recherches menées par Véronique Lemieux, la première cuvée urbaine citoyenne au monde.

Les cépages qui ont été sélectionnés (frontenac noir, frontenac blanc, marquette et petite perle) sont rustiques, donc bien adaptés au climat québécois. « Ce sont des cépages faciles à cultiver et qui se mélangent bien. » Les citoyens seront guidés par l’AU/LAB tout au long du processus et devront porter une attention particulière à la taille des vignes. La quantité de bouteilles produites dépendra de leur engagement. Pour Véronique Lemieux, une bouteille de vin par pied de vigne est un objectif réaliste.

Faire baisser la chaleur

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La vigne permet de se protéger du soleil, d’apporter de l’ombre, de créer de la beauté et des endroits bucoliques, selon Véronique Lemieux.

Mais au-delà du nectar, l’objectif est aussi de créer un lien social entre les résidants du quartier et de réduire les îlots de chaleur. « Juste 1000 vignes, si elles sont bien disposées, vont apporter une couverture végétale suffisamment importante pour créer un vrai impact », indique Mme Lemieux.

Souvent négligée en agriculture urbaine, la vigne a un rôle important à jouer, croit-elle. « Ce n’est pas de nourrir les gens, mais de les protéger du soleil, d’apporter de l’ombre, de créer de la beauté et des endroits bucoliques. Ça prend peu d’eau et de fertilisants, donc c’est bien pour les gens qui ont moins le pouce vert. C’est quand même dur de tuer une vigne ! »

À ceux qui arguent que les vignes ne font pas partie de notre patrimoine, elle rappelle que les Sulpiciens avaient aménagé un vignoble au pied du mont Royal… en 1680. « On ne connaît pas notre propre histoire végétale. Les vignes rustiques que l’on plante, ce sont des vignes d’Amérique du Nord. Ce ne sont pas des vignes européennes. Étonnamment, ça fait partie de notre patrimoine aussi. Il n’y a pas d’incohérence. »