Avec un printemps hâtif et la perspective de passer encore des vacances chez soi, on se rue déjà dans les centres jardins. Loin de s’essouffler, l’engouement pour le jardinage reprend de plus belle avec trois bonnes semaines d’avance, constatent les jardineries qui sont prêtes à faire face à une vague encore plus importante que celle de l’an dernier.

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Les semences, le terreau, l’engrais pour la pelouse et le matériel de jardinage commencent déjà à s’envoler des tablettes. L’enthousiasme ne manque pas chez les jardiniers du Québec qui sont déjà au rendez-vous pour une nouvelle saison de jardinage. Trop, même, selon les experts des centres jardins qui s’emploient ces temps-ci à tempérer les ardeurs.

« On s’était dit qu’on verrait beaucoup de potagers sur pied à vendre sur Kijiji cette année, mais finalement, les gens en veulent plus ! Non seulement ils souhaitent répéter l’expérience, mais ils veulent aussi agrandir leur potager, constate Marie-Michelle Fortier, copropriétaire de la Jardinerie Fortier, de Trois-Rivières. Les gens ont vraiment peur de manquer de stock. »

Avec les pénuries qu’ils ont connues l’année dernière, les centres jardins ont toutefois prévu le coup et se préparent pour une autre année exceptionnelle. « L’année dernière, nos stocks ont tellement diminué qu’on a entre autres commandé beaucoup de tout ce qui est produit inerte et non périssable cette année. On s’est dit qu’au pire, on en aura pour deux ans, indique Marie-Michelle Fortier avec hésitation... Mais finalement, je me demande si ce sera assez. »

À la merci de la production

FOURNIE PAR LE CENTRE JARDIN LAUZON

Comme ailleurs en jardineries, Jardin Lauzon (Gatineau) a commandé de 30 à 50 % plus de marchandise que les années précédentes, pour faire face à la demande.

Le Jardin Lauzon, de Gatineau, ouvre généralement ses portes au début d’avril. Cette année, il a accueilli ses premiers clients le 8 février. Le propriétaire, Jonathan Lauzon, s’est préparé en recrutant plus de personnel et en achetant davantage que les années précédentes : de 30 % à 50 %, selon les produits, comme c’est le cas chez ses concurrents. L’un des enjeux est de réussir à s’approvisionner, remarque-t-il : les producteurs sont en première ligne sur la chaîne et font face à leurs propres obstacles.

« On pousse auprès d’eux pour recevoir les produits plus rapidement, mais plusieurs ont encore de la difficulté à recruter des travailleurs. Certains ont dû fermer. Et le travail en temps de COVID-19, c’est plus de distanciation et moins de monde en même temps sur le terrain, ce qui rallonge la chaîne et crée un retard », souligne Karina Jasmin, de la Pépinière Jasmin, à Saint-Laurent.

  • « Il y a une petite folie qui s’installe. Les gens ont vraiment peur de manquer de matériel », constate Karina Jasmin, propriétaire de la Pépinière Jasmin (Saint-Laurent).

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    « Il y a une petite folie qui s’installe. Les gens ont vraiment peur de manquer de matériel », constate Karina Jasmin, propriétaire de la Pépinière Jasmin (Saint-Laurent).

  • Fin mars, la jardinerie est normalement dans les préparatifs. Cette année, les clients étaient au rendez-vous à cette date. Les arbustes sont déjà en pépinière. Les autres plants arrivent graduellement.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Fin mars, la jardinerie est normalement dans les préparatifs. Cette année, les clients étaient au rendez-vous à cette date. Les arbustes sont déjà en pépinière. Les autres plants arrivent graduellement.

  • Des employés font l’étiquetage de plants et d’arbustes à la Pépinière Jasmin.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Des employés font l’étiquetage de plants et d’arbustes à la Pépinière Jasmin.

  • Si la tendance se maintient, les annuelles et les plantes potagères disparaîtront rapidement. Les centres de jardinage sont prêts à semer de nouveau au besoin.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Si la tendance se maintient, les annuelles et les plantes potagères disparaîtront rapidement. Les centres de jardinage sont prêts à semer de nouveau au besoin.

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Par ailleurs, la demande a explosé, notamment du côté des végétaux comestibles qui connaissent un engouement sans précédent, mais les producteurs n’ont pas doublé leur surface de serre pour autant, fait-elle valoir. C’est sans compter que la nature ne se contrôle pas comme une chaîne de production en usine. Bien des imprévus peuvent affecter la production : un gel impromptu, une maladie, une invasion de rongeurs, par exemple.

L’offre d’arbres et d’arbustes fruitiers est particulièrement problématique, ce qui devrait être le cas pour les prochaines années encore. « Un arbre prend de trois à cinq ans à produire. Ils entrent au compte-goutte en jardinerie, explique Jonathan Lauzon. Les plants sont plus petits et plus chers que d’habitude. »

En saison normale, j’aurais refusé certaines commandes qui sont 70 % plus petites, mais les producteurs ne réussissent pas à fournir à la demande.

Jonathan Lauzon, propriétaire de Jardin Lauzon

Respirer par le nez

FOURNIE PAR LE CENTRE JARDIN LAUZON

Les ventes sont devancées d’un mois sur certains produits. Les semences s’envolent. Les gens sont impatients de jardiner, observe-t-on dans les centres jardins.

Devant cette folie annoncée, quelle stratégie adopter pour nos achats ? Les arbres, arbustes et vivaces peuvent déjà quitter le centre jardin. À moins d’avoir de bonnes conditions à leur offrir, ce qui n’est pas chose évidente, il est toutefois trop tôt pour acheter les annuelles et les plantes potagères, et encore plus pour les planter ou les semer en terre.

« Je peux vous assurer que les centres jardins ont fait leurs achats à la hausse », indique Jonathan Lauzon, qui a doublé son nombre de caisses en prévision de la cohue des prochaines semaines et a ouvert un service de vente en ligne. « Je ne crois pas qu’on va manquer de produits, mais on prévient les gens de ne pas attendre à la dernière minute. » Une hausse de prix est également à prévoir, avertit-il.

On devra probablement s’attendre à voir de plus petits spécimens en général, principalement du côté des arbres et arbustes, annonce Karina Jasmin. « Il va sûrement falloir être moins pointilleux et plus ouvert à découvrir d’autres variétés si celles qu’on convoite ne sont pas disponibles. »

Visitez régulièrement les jardineries puisqu’elles reçoivent plusieurs arrivages de plantes par semaine et qu’il peut être difficile de tout se procurer en une seule visite, ajoute-t-elle. Si un produit vous plaît, il est donc judicieux de ne pas attendre pour vous le procurer.

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-JOSÉE LAFOREST

« À chaque semaine, j’aurai des arrivages de légumes produits par nos fournisseurs en fonction de notre demande, souligne Marie-Josée Laforest, de Paradis jardin et accessoires (Québec). Si les gens ne viennent pas racheter trois fois des concombres parce qu’ils les ont mis trop tôt en terre et qu’ils ont gelé, on devrait avoir les bonnes quantités. »

Cela dit : « respirez », conseille Marie-Josée Laforest, de Paradis jardin et accessoires, à Québec. Plusieurs producteurs ont pris le pari de produire beaucoup plus, quitte à perdre des plants, et sèmeront encore au fil de la saison pour fournir à la demande en annuelles et en plantes potagères.

« Si quelqu’un veut faire son jardin au début du mois de juillet, il risque d’avoir des difficultés à s’approvisionner, mais sinon, on peut tout de même se détendre. On est prêts ! », dit Mme Laforest.