« Le but est de s’amuser, de sortir des champs battus pour vendre mes semences et de jouer dans le visuel. » La propriétaire de la ferme Le Noyau, Teprine Baldo, a trouvé une façon plus qu’originale de vendre une partie de ses semences en créant la ligne Zombie Seedz il y a deux ans. Le message est encore plus à propos depuis bientôt un an.

Cynthia Laflamme
Initiative de Journalisme local

Mme Baldo cherchait une façon de faire éclater sa créativité à travers sa passion pour la culture maraîchère. « J’adore les semences Le Noyau, mais c’est très “famille bio sur une ferme”. Je trouve qu’il n’y avait pas assez d’art. Je voulais m’amuser dans la présentation et la promotion des semences. »

Comme elle adore les films mettant en scène les zombies et le concept d’autosuffisance qui est mis de l’avant pour survivre, encouragée par une amie, elle s’est lancée dans cette aventure de Zombie Seedz.

La semencière de Stanbridge East a interpelé des femmes artistes qu’elle connaissait pour leur demander de dessiner ce qui se retrouverait sur les sachets.

« Ça me permet de promouvoir mes semences dans des endroits plus atypiques, comme dans les microbrasseries, chez des barbiers, dans des places de gamers, des magasins de disques, des tatoueurs, énumère-t-elle. Comme c’est une ligne plus marginale, je peux essayer d’attirer des ados et surtout de jeunes hommes, que je vois très peu dans ma clientèle. »

Une vie pour les croisements

En plus d’attirer une nouvelle clientèle, elle profite de cette ligne pour aborder l’hybridation des semences. Avec Le Noyau, elle doit fournir des semences pures puisque c’est la demande qu’elle reçoit. Avec Zombie Seedz, elle peut vendre les semences qui résultent d’un croisement de deux légumes d’une même famille. Les clients en sont bien avisés.

Par exemple, deux types de courges peuvent se mélanger parce qu’elles sont plantées trop près les unes des autres. Cette hybridation peut être proposée dans cette ligne totalement à part. Bien sûr, le nouveau légume doit avoir bon goût pour qu’elle fasse la vente de ces semences.

« Ce n’est pas évident de faire de l’argent en agriculture et ça l’est encore moins quand on est semencière. » La création de Zombie Seedz permet de diminuer les pertes.

Mme Baldo a par ailleurs créé, à la demande de plusieurs clients, un calendrier de plantation. Illustré par les mêmes artistes que pour les sachets Zombie Seedz, ce calendrier lui permet non seulement d’aider la clientèle à se démêler dans les dates de plantation selon le type de fruit ou de légume, mais aussi d’ajouter un revenu pour payer les factures. Elle n’exclut pas d’ajouter d’autres marchandises avec cette thématique.

Vers une pénurie de semences

Après la fabrication de pain et l’entreposage de rouleaux de papier de toilette, le mouvement pour l’autosuffisance se poursuit au Québec depuis la mi-mars 2020.

Ce mouvement se reflète dans la vente de semences. Déjà, l’an dernier, il était difficile de refaire ses stocks de sachets. Cette année, le phénomène risque de se répéter et de s’accroître.

Si les jardiniers planifient généralement leur potager estival en février ou en mars, il faut maintenant s’y prendre plus d’avance encore.

« Je n’ai pas arrêté de travailler depuis mars 2020, confie Teprine Baldo, qui est également suppléante dans des écoles anglophones. Je n’ai jamais eu autant de commandes. J’en ai depuis novembre et, habituellement, ça commence à la fin janvier. Il a fallu que je ferme mon site temporairement parce que ça allait trop vite et que mes semences n’étaient pas prêtes. »

Le Noyau et Zombie Seedz composent une petite ferme semencière, ce qui fait que le volume de semences produit n’est pas encore aussi grand que d’autres. Dans le cas du Noyau, elle n’existe que depuis cinq ans. Les inventaires pourraient être tous écoulés dans une dizaine de semaines à peine.

« Ce concept de pénurie de semences, ça touche les histoires de zombies et de la fin du monde. Depuis la pandémie, on se demande tous si on est prêt. Les gens vivent l’anxiété. Je pense qu’ils ont eu un éveil par rapport à l’approvisionnement de leur nourriture, le besoin d’acheter local. »