Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter les fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien

Isabelle Morin Isabelle Morin
La Presse

Depuis 40 ans, Anny Schneider explore les forêts et tourbières du Québec, sa terre d’adoption. Elle en sait les richesses — ces plantes qui soignent et nourrissent —, qu’elle s’emploie à faire connaître et à défendre.

PHOTO SWANN BERTHOLIN, FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Anny Schneider est herboriste-thérapeute, autrice, conférencière et amoureuse de la nature.

Dans son plus récent livre, Plantes médicinales indigènes, l’herboriste-thérapeute se penche sur ce milieu et ses ressources de plus en plus rares. Cet ouvrage est dédié à son père, enfant de la guerre en France qui, tout petit, apprenait à utiliser les plantes auprès des vieux du village. Par nécessité d’abord, puis par passion.

« Pendant ma jeunesse, il nous nourrissait exclusivement de ses cueillettes », raconte Anny Schneider, qui a tôt fait de l’accompagner dans ses expéditions. Sa mère tenait quant à elle un grand potager et des arbres fruitiers. « On se nourrissait à 90 % de ce qu’on produisait. Il est évident pour moi que plus on a besoin de la nature, plus on apprend à la connaître et à la respecter. »

Un milieu à protéger

Anny Schneider a découvert l’herboristerie tout naturellement, à 12 ans, en recevant en cadeau La pharmacie du Bon Dieu, de Fabrice Bardeau, qu’elle s’est mise à éplucher pour en mémoriser les spécimens utiles. Mais c’est au Québec, auprès d’une férue de jardinage, qu’elle a réalisé, 20 ans plus tard, l’importance de cultiver aussi les plantes médicinales.

« On a détruit 85 % des écosystèmes originels, particulièrement ceux du sud du Québec. C’est triste parce la forêt méridionale de feuillus présente la plus grande diversité de végétaux. » Au-delà de 440 espèces de plantes et 80 essences d’arbres, dit-elle, ont été éliminées au même rythme que leur habitat.

Les plantes indigènes poussent encore dans les forêts restantes et les parcs nationaux, mais se font de plus en plus rares. Quant aux plantes utilisées en médecine douce, 80 % sont importées d’Asie, d’Amérique du Sud ou d’Europe, alors que nos forêts recèlent des plantes tout aussi intéressantes.

En toutes saisons, la forêt est accueillante, bienveillante et généreuse, quand on sait la déchiffrer et la préserver.

Anny Schneider, herboriste-thérapeute et experte de l’identification et de l’utilisation de la flore médicinale sauvage du Québec

  • Graines de ginseng

    PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

    Graines de ginseng

  • Graines d’ail des bois

    PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

    Graines d’ail des bois

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Le ginseng et l’ail des bois sont deux symboles de cette perte de biodiversité. Le premier, autrefois présent dans toutes les forêts du Québec et vendu jusqu’en Asie, se fait maintenant rare. La Chine nous approvisionne désormais en ginseng. Même chose avec le bouleau jaune, ou merisier, emblème du Québec qu’on achète désormais au-delà de la frontière alors qu’on l’exportait auparavant aux États-Unis. Un autre arbre, estime-t-elle, qu’on a épuisé pour son bois, alors qu’il a de nombreuses propriétés, dont celles d’être anti-inflammatoire, tonique, désodorisant et antalgique. « Pour tous les arbres, c’est toutes les parties qui sont intéressantes et pas juste le bois qu’on gaspille un peu trop. »

Heureusement, ajoute-t-elle, des pépinières produisent maintenant des graines et des racines avec un souci éthique. Des jeunes s’intéressent aussi au jardinage et à l’autosuffisance alimentaire avec un grand respect pour ce que la nature a à leur offrir. « Cultiver des plantes indigènes est un moyen de les sauver. La monoculture, précise-t-elle, est nocive. On en est de plus en conscient. La biodiversité en culture comme en nature, c’est une garantie de survie d’espèces dont l’intérêt est fort, autant sur le plan médicinal que potager. »

Diviser pour mieux multiplier

Alors que l’été bat son plein et que les escapades en forêt sont plus fréquentes, le moment se prête à ouvrir l’œil sur les richesses de notre patrimoine vert. La saison des petits fruits est amorcée (framboises, sorbier, pimbina…). Elle sera suivie par le temps des semences. On peut récolter les graines des plantes quand elles commencent à se détacher d’elles-mêmes, et les conserver jusqu’au printemps pour les ressemer dans son jardin ou en milieu naturel, indique l’experte de l’identification et de l’utilisation de la flore médicinale.

« C’est toujours mieux de récolter les graines que de déterrer les racines, pour ne pas hypothéquer le milieu. Pour découvrir ces plantes dans leur milieu naturel, Anny Schneider présente, dans son livre, un code d’éthique du cueilleur où il est entre autres question de cueillir au bon moment et, surtout, avec parcimonie.

Reconnaître les végétaux qui composent nos forêts est un art, précise l’herboriste. Il n’est pas inutile de faire des sorties guidées avec de bons guides pour ne pas confondre les bonnes espèces avec celles qui sont toxiques, même si ces dernières sont tout de même une minorité. “Il y a beaucoup à faire pour faire connaître les plantes qui nous entourent. C’est de cette façon qu’on saura les utiliser de la bonne façon, les préserver et les multiplier.”

Des espèces à découvrir

Le sureau noir (Sambucus canadensis)

PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

Sureau noir

Facile à reproduire, le sureau noir, aussi appelé arbre des fées, est un arbuste cultivé pour ses fleurs qu’on pourrait utiliser contre certains problèmes de sang, de peau ou de cellulite. Ses fruits, mentionne Anny Schneider, sont bons pour le système immunitaire, et on peut en faire des sirops, des vins et des champagnes délicieux. Le sureau noir aime les milieux humides et riches en azote.

La scutellaire (Scutellaria lateriflora)

PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

Scutellaire

Il existe une centaine de variétés de cette plante calmante en Amérique du Nord. On s’intéresse à ses sommités fleuries pour traiter des désordres nerveux et cardiaques, la migraine et l’insomnie, en infusion, en début de floraison ou séchées, et en teintures mères (une part de plante pour deux parts d’alcool) pour soulager des douleurs névralgiques ou spasmodiques.

La lobélie gonflée (Lobelia inflata)

PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

Lobélie gonflée

On retrouve cette herbacée aux fleurs délicates dans les friches ensoleillées et riches en azote, dans les tourbières et au bord des ruisseaux. Elle aurait des propriétés bronchodilatatrices, antihistaminiques, diurétiques, et aurait même la faculté d’aider les fumeurs à se sevrer de la nicotine.

Le grand pin (Pinus strobus)

PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

Aiguilles de grand pin

Aussi appelé pin blanc, ce grand arbre qui domine nos forêts par sa taille peut atteindre 30 m de haut et 10 m de diamètre. Riche en antioxydants, anti-inflammatoire, immunostimulant et tonique nerveux, on lui confère de nombreuses vertus soignantes. Il aurait d’ailleurs sauvé du scorbut l’équipage de Jacques Cartier grâce aux soins du chef iroquoien Domagaya, qui leur préparait des décoctions.

La pruche (Tsuga canadensis)

PHOTO DENIS GREF, TIRÉE DU LIVRE PLANTES MÉDICINALES INDIGÈNES

Aiguilles de pruche

Elle aime les sols rocailleux, humides et frais des forêts mixtes du sud du Québec et peut vivre jusqu’à 500 ans. La pruche, ou sapinette du Canada, se fait toutefois moins présente au fur et à mesure que son environnement se rétrécit. Longtemps, elle a servi d’apport en vitamine C et de remède antigrippal aux Premières Nations, relate l’herboriste dans son livre. Elle serait antioxydante, expectorante et régénérante.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Plantes médicinales indigènes du Québec et du sud-est du Canada, d’Anny Schneider

Plantes médicinales indigènes du Québec et du sud-est du Canada
Anny Schneider
Les Éditions de l’Homme 2020
274 pages

Pour en savoir plus

La Guilde des herboristes propose un bottin de ressources et organise des activités autour de l’herboristerie. Elle publie aussi le magazine Plantes médicinales.

> Consultez le site de la Guilde des herboristes

Les Jardins du Grand-Portage, situés à Saint-Didace, dans Lanaudière, proposent des sentiers éducatifs, maraîchers, ornementaux et médicinaux, en plus de semences.

> Consultez le site des Jardins du Grand-Portage

Aiglon indigo offre le plus grand choix de plantes et de semences indigènes du Québec.

> Consultez le site d’Aiglon indigo