Après des mois de campagne électorale tendue et divisée, les Américains se sont enfin prononcés et l’issue du vote restait totalement imprévisible. Le duel a été serré toute la soirée entre Donald Trump et Joe Biden dans les États clés et tout risque de se jouer avec les résultats au Wisconsin, au Michigan et en Pennsylvanie. La totalité des votes pourrait mettre des jours à arriver, prolongeant potentiellement le suspense quant à l’issue tant attendue de cette présidentielle polarisante.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

« Ce n’est pas à moi, ce n’est pas à Donald Trump de décider. C’est la décision du peuple américain, mais je suis très optimiste de remporter cette élection », a déclaré le candidat démocrate Joe Biden, à 00 h 45, dans une brève déclaration publique prononcée dans sa ville de Wilmington, dans le Delaware. « Il faut que tous les votes soient dépouillés », a-t-il dit, mentionnant l’importance du vote par anticipation.

« Gardez la foi, nous allons gagner ! » a lancé l’ex-bras droit de Barack Obama.

« Nous sommes confiants sur l’Arizona », un État-clé, a précisé Joe Biden

Il a évoqué d’autres États cruciaux pour l’issue du scrutin. « Nous allons gagner la Pennsylvanie », a-t-il poursuivi. « On sent vraiment bien le Wisconsin et le Michigan. »

« Nous savions, à cause du (volume) inédit de vote anticipé et par correspondance que cela prendrait du temps », a souligné Joe Biden.

« Nous allons devoir être patients jusqu’à ce que le dur travail du dépouillement soit terminé. Ce ne sera pas fini avant que chaque vote ait été compté, chaque bulletin ait été compté ».

Donald Trump a répondu dans la minute, sur Twitter : « Nous avons une grosse avance, mais ils essaient de voler l’élection. Nous ne les laisserons pas faire. Des votes ne peuvent pas être comptabilisés après la fermeture des bureaux de vote ». Le gazouillis a rapidement été accompagné de la mention suivante par Twitter : « Une partie ou la totalité du contenu partagé dans ce Tweet est contestée et susceptible d’être trompeuse quant au mode de participation à une élection ou à un autre processus civique », puisque les votes peuvent bel et bien être comptabilisés après la fermeture des bureaux de vote.

Donald Trump a attendu jusqu’à 2 h 22 pour prendre la parole. « Les résultats sont phénoménaux. Nous étions prêts à célébrer un tel succès », a-t-il commencé, se félicitant d’avoir remporté la Floride, l’Ohio et le Texas.

« C’est une fraude. Nous allons aller à la Cour suprême. Nous allons arrêter ça. Nous ne compterons pas des votes à 4 h du matin. En ce qui me concerne, nous avons déjà gagné », a-t-il dit dans un discours sur sa victoire autoproclamée.

La cheffe de campagne de Joe Biden a jugé mercredi « scandaleux » et « sans précédent » les propos de Donald Trump. Dans un communiqué, Jen O’Malley Dillon a affirmé que les démocrates étaient prêts à « combattre » en justice si le président républicain saisissait la Cour suprême, comme il l’a annoncé en évoquant une « fraude » mais sans livrer aucun élément concret.

« La déclaration du président ce soir à propos d’arrêter le décompte de bulletins dûment déposés était scandaleuse, sans précédent et incorrecte », a-t-elle écrit. « Joe Biden et Kamala Harris », sa colistière en lice pour la vice-présidence, « défendront le droit de tous les Américains de voir leur vote pris en compte, peu importe pour qui ils ont voté », a-t-elle ajouté.

Aucun des deux candidats n’avait, en fin de soirée, essuyé un revers dans les États remportés par les républicains et les démocrates en 2016. À 1 h 30, Donald Trump, le président républicain sortant, comptait 213 grands électeurs en remportant le Kentucky, la Virginie occidentale, Caroline du Sud, le Tennessee, l’Alabama, le Mississippi, l’Oklahoma, l’Arkansas, l’Indiana, le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, le Nebraska, la Louisiane, le Wyoming, le Kansas, le Missouri, l’Idaho, l’Utah, l’Ohio, le Montana, l’Iowa, la Floride et le Texas.

À 3 h, le candidat démocrate Joe Biden en comptait 238, ayant pris le Maine, l’Arizona, la Californie, l’Oregon, Washington, le Maryland, le New Hampshire, le Vermont, la Virginie, le Massachusetts, le Delaware, l’Illinois, le Maryland, le New Jersey, le Connecticut, le Rhode Island, New York, le Nouveau-Mexique, Hawaii, le Minnesota, Washington D.C. et le Colorado.

« Pour l’instant, Joe Biden est en avance dans le vote populaire, mais son avance n’est que de 1,5 point de pourcentage. C’est bien en deçà de toutes les prédictions des sondeurs, c’est très étonnant. Dans l’état actuel des choses, ce n’est pas assez pour gagner. On calculait que ça lui prenait au moins 7 points d’écart pour gagner la présidentielle. Bien sûr, ce n’est pas terminé », analysait Charles-Philippe David, de la Chaire Raoul Dandurand, peu avant minuit.

À 2 h, les résultats de neuf États, dont la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et la Caroline du Nord, n’étaient pas encore connus, pour un total de 101 votes au collège électoral à partager.

L’équipe de campagne du président américain sortant Donald Trump a revendiqué, vers 21 h, la victoire dans l’État-clé de Floride, capital pour sa réélection. Les médias américains ont mis plusieurs heures avant de trancher. En remportant le « Sunshine State », ses chances de décrocher un second mandat restent intactes. Par contre, il devra gagner la plupart des États qui avaient voté pour lui de justesse en 2016, et où il était en retard dans les intentions de vote, dont, probablement, la Pennsylvanie.

Par ailleurs, une candidate pro-Trump, proche du mouvement complotiste QAnon, a été élue à la Chambre des représentants américaine où elle représentera un bastion républicain de l’État de Géorgie. Marjorie Taylor Greene était quasi assurée de remporter ce siège à la chambre basse après sa victoire à la primaire républicaine en août. Pendant sa campagne pour la primaire, Mme Taylor Greene s’était revendiquée de la mouvance pro-Trump QAnon qui se répand depuis 2017 sur les réseaux sociaux. Ce mouvement d’extrême droite défend l’idée que Donald Trump mène une guerre secrète contre une secte mondiale composée de pédophiles satanistes.

Le républicain Lindsey Graham a obtenu un quatrième mandat au Sénat, battant le démocrate Jamie Harrison en Caroline du Sud. Les deux candidats étaient au coude à coude dans les sondages et l’issue de cette lutte était l’une des plus attendues en raison de la relation entre Lindsey Graham et Donald Trump.

L’ancien médecin de la Maison-Blanche Ronny Jackson, connu pour avoir vanté « l’excellente santé » de Donald Trump dont il est devenu un fervent partisan, a été élu mardi à la Chambre des représentants. Se disant « honoré » d’avoir été élu, le Dr Jackson a tweeté : « Je ne m’inclinerai jamais devant les gangs progressistes, et je serai le dirigeant conservateur que vous méritez ».

Comme cela était largement anticipé, les démocrates ont gardé le contrôle de la Chambre des représentants, selon les estimations des médias américains.

La course pour le Sénat, aujourd’hui contrôlé par les républicains, restait indécise en milieu de soirée.

Comment gagner ?

À en croire les sondages, le président pourrait perdre le vote populaire, mais ses chances ne sont pas nulles pour autant. Pour l’emporter, un candidat n’a pas besoin d’être majoritaire en nombre de voix au niveau national : il doit obtenir au moins 270 des 538 grands électeurs attribués au niveau des États.

Les sondages sont assez clairs sur les intentions de vote dans 38 des 50 États américains. Ainsi, 12 États sont à surveiller, mardi. Les premiers résultats viendront des États de l’est du pays : la Géorgie où les bureaux de vote ferment à 19 h, la Floride où ils ferment selon les circonscriptions à 19 h ou à 20 h et la Caroline du Nord où ils ferment à 19 h 30. Ensuite viendra l’Arizona (ouest) où le vote s’achève à 21 h, heure d’ici.

Sur la base des projections des médias américains, il est possible que Joe Biden soit annoncé comme vainqueur de plus de 270 grands électeurs s’il emporte la Floride et deux autres de ces quatre États. En revanche, si Donald Trump emporte ces quatre États, le résultat final resterait incertain et le suspense pourrait durer longtemps.

Dans l’État crucial de Pennsylvanie, les responsables locaux ont prévenu que le décompte des votes anticipés pourrait retarder le résultat jusqu’à mercredi ou plus tard encore.

La même chose pourrait se reproduire dans le Michigan, le Wisconsin et d’autres États clés. Et si les bulletins de vote doivent être vérifiés ou recomptés, il faudra peut-être attendre des jours, voire des semaines.

Officiellement, le vainqueur n’est annoncé que lorsque chaque État a certifié le décompte de ses votes, ce qui pourrait prendre une semaine ou plus par endroits, compte tenu du vote anticipé massif.

Toutefois, le nom du vainqueur est traditionnellement donné par les grands médias américains le soir de l’élection, sur la base des projections de vote, circonscription par circonscription. Ils déterminent le gagnant dans chaque État, puis finalement du scrutin tout entier, lorsqu’il apparaît qu’un candidat n’a aucune chance mathématiquement de surmonter son déficit de voix et que l’autre candidat est sûr d’obtenir le nombre magique de 270 grands électeurs.

Tensions et protection

Les tensions étant déjà vives au sein des États-Unis, l’issue du résultat pourrait donner lieu à des débordements dont l’ampleur est impossible à prévoir.

Signe tangible des angoisses suscitées par le scrutin, les commerces de plusieurs grandes villes, dont Washington, Los Angeles ou New York, se sont barricadés en prévision de possibles violences postélectorales.

La vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, a affirmé, mardi, que les diplomates canadiens seront prêts à aider les Canadiens vivant au sud de la frontière, au besoin.

« C’est assurément la responsabilité de notre gouvernement d’être là pour les Canadiens qui vivent à l’extérieur du pays et nous serons là pour eux », a déclaré Mme Freeland mardi. « Notre gouvernement fédéral est tout à fait prêt. Nous nous sommes judicieusement préparés à toutes les éventualités et je suis convaincue que quoiqu’il arrive nous avons un plan », a déclaré Mme Freeland.

– Avec Agence France-Presse et La Presse Canadienne