Des cris sourds émanent d'un appartement situé à l'étage d'un immeuble. Un homme de 27 ans se fait rouer de coups par des policiers qui l'amènent de force au poste de police, même s'il est innocent. Ils exigeront ensuite de l'argent pour le libérer.

François Van Hoenacker LA PRESSE

Cet incident survenu au Venezuela n'est pas isolé, selon un nouveau rapport de Transparency International, qui dresse un portrait préoccupant de l'évolution de la corruption dans le monde.

Policiers véreux, pots-de-vin et systèmes judiciaires gangrenés sont mis en lumière par l'enquête, qui n'épargne aucune institution. Elle a été réalisée dans 107 pays auprès de 114 000 individus.

Plus d'une personne interrogée sur deux estime que la problématique s'est aggravée au cours des deux dernières années, selon le Baromètre mondial de la corruption.

La classe politique fait notamment face à une grave crise de confiance. Elle est considérée comme l'institution la plus corrompue dans 51 États, dont le Canada, les États-Unis, l'Italie, la Grèce, le Brésil et l'Argentine. «Les pays industrialisés sont particulièrement touchés par cette problématique qui se manifeste notamment par le financement et les importantes contributions faites aux partis politiques», souligne Huguette Labelle, présidente de Transparency International.

La justice montrée du doigt

Deuxième constat troublant de l'enquête: de nombreux citoyens ne font plus confiance aux institutions qui devraient lutter contre la corruption et la criminalité. Le système judiciaire, par exemple, est considéré comme l'institution la plus corrompue dans 20 pays, dont l'Ukraine, le Cambodge et la Serbie.

Dans ces États, près du tiers des répondants affirme que des membres de l'appareil judiciaire se sont fait réclamer des pots-de-vin. «Ces citoyens désabusés peuvent vouloir se servir de leurs propres moyens pour faire valoir leurs droits, engendrant ainsi énormément de violence», ajoute la présidente de Transparency International.

Dans 36 pays, les forces policières sont perçues comme l'organisation la plus corrompue. C'est le cas notamment au Mexique et au Venezuela. On trouve également dans la liste de nombreux pays d'Afrique, dont la République démocratique du Congo et le Kenya. «Cette situation est très grave: dans ces pays, les gens ne se sentent pas protégés et vivent dans la peur constante», note-t-elle.

Au cours de la dernière année, plus de 25% des répondants participant à l'enquête de Transparency International ont dû verser un pot-de-vin pour obtenir certains services publics ou accéder à certaines institutions. Au Liberia et en Sierra Leone, où la situation est la plus alarmante, plus de 75% des répondants disent avoir été contraints de le faire. Le problème est également très répandu dans plusieurs pays d'Afrique. «Le problème, c'est quand ça devient une pratique généralisée: les gens se sentent alors obligés de verser un pot-de-vin», dit Mme Labelle.

Au Canada

Au Canada, la pratique du pot-de-vin versé directement par le citoyen ordinaire n'est pas répandue, selon Frédéric Lapointe, président de la Ligue d'action civique, un organisme luttant contre la corruption. Le pays n'est pas épargné pour autant, notamment parce que plus de 60% des quelque 1000 répondants canadiens considèrent la classe politique comme corrompue ou extrêmement corrompue. «Par contre, environ 75% des Canadiens sont encore d'avis qu'ils peuvent faire une différence dans la corruption, et ça, c'est très important», explique M. Lapointe.

À l'échelle internationale, près de 9 personnes sur 10 ont déclaré vouloir agir contre le phénomène. «Des gestes individuels et des organisations ont démontré à travers le monde qu'elles pouvaient s'attaquer à la corruption», note Huguette Labelle.

Parmi les exemples récents, l'initiative «I paid a bribe» en Inde, où les internautes sont invités à confier de façon anonyme sur l'internet les pots-de-vin qu'ils ont versés ou qu'ils ont refusé de payer. L'initiative s'est multipliée dans plusieurs pays, notamment au Kenya, au Zimbabwe et en Grèce.