Malgré une relative amélioration de la situation, l'exode des chrétiens de Bethléem se poursuit. En cause: l'intolérance musulmane et l'occupation israélienne.

Publié le 24 déc. 2010
Stéphane Amar LA PRESSE

Au micro de Radio Iziz, la radio chrétienne de Bethléem, Georges Musleih présente gaiement les chants de Noël qui s'enchaînent. Entre deux morceaux, il prêche la bonne parole: «En temps normal, nous n'avons le droit qu'à deux heures d'émissions religieuses par jour, car le prosélytisme chrétien est à peine toléré. Mais pour Noël, l'Autorité palestinienne se fait plus souple et nous permet de programmer à notre guise.»

L'amertume perce dans la voix de ce trentenaire, fervent chrétien. «Nous aspirons à davantage de liberté, mais les chrétiens sont devenus très minoritaires, en Palestine, et nous avons de plus en plus de mal à défendre notre identité.»

Georges assiste, dépité, à la disparition progressive de la communauté chrétienne de Bethléem. Majoritaires il y a à peine 20 ans, les chrétiens représentent aujourd'hui à peine un cinquième de la population. Cette nouvelle donne démographique saute aux yeux: dans les rues de la ville, les chrétiennes, vêtues à l'occidentale, se perdent au milieu des musulmanes, toutes coiffées du foulard islamique. «Beit Sahour, le quartier où nous vivons, est le dernier qui soit encore majoritairement chrétien, mais chaque année des dizaines de familles s'en vont», déplore Georges.

Malgré la relative amélioration de la situation économique et sécuritaire, l'exode des chrétiens palestiniens se poursuit inexorablement. Le taux de natalité des musulmans, bien supérieur à celui des chrétiens, a achevé de modifier en profondeur la sociologie de la ville de naissance du Christ. «Les chrétiens partent pour trois raisons, explique Jihanne, la femme de Georges. D'abord, parce qu'il n'y a pas assez de travail, ensuite parce qu'il devient de plus en plus difficile d'afficher sa foi chrétienne et, enfin, parce que nous vivons dans une grande prison cernée par le mur israélien. Cela fait des années que je n'ai pas pu aller à Jérusalem, qui se trouve pourtant à moins de 5 km d'ici... mais de l'autre côté du mur.»

Les touristes affluent

La morosité des chrétiens de Bethléem contraste avec la joie des milliers de touristes qui déferlent ici à longueur d'année. Venus de Russie, d'Afrique ou des Amériques, ils passent un à un l'étroite porte de l'église de la Nativité. Les autorités israéliennes et palestiniennes travaillent main dans la main pour garantir leur confort et leur sécurité. «Cette année, nous avons accueilli près de 1,5 million de visiteurs, 60% de plus qu'en 2009!» se félicite Ghassan Khatib, porte-parole du ministère du Tourisme palestinien.

«Dans 15 ans, l'église de la Nativité sera toujours là, et les touristes aussi. Mais les chrétiens de Bethléem, eux, auront disparu», se lamente Georges de son côté.