Des dizaines de milliers d'Espagnols revendiquant le «droit à la vie» ont manifesté dimanche à Madrid contre le projet du gouvernement socialiste de libéraliser la loi sur l'avortement, une première grande mobilisation soutenue par l'Eglise catholique et la droite.

Pierre Ausseill AGENCE FRANCE-PRESSE

Personnes âgées, familles avec enfants et poussettes, un cortège dense a défilé dans une atmosphère de promenade dominicale derrière une banderole proclamant: «Il n'existe pas de droit de tuer, il existe un droit de vivre».

«Merci maman de m'avoir laissé vivre!», chantaient en dansant des adolescentes arborant des casquettes de couleur rouge, «symbole de force et de célébration de la vie», distribuées par les organisations laïques de sensibilité catholique à l'origine de cette manifestation.

Selon un porte-parole de ces organisations - Médecins pour la vie, Provida Madrid et HazteOir («Fais-toi entendre») - la marche a rassemblé 500.000 personnes. La police n'avait pas rendu publique d'estimation de participation en début d'après-midi. Un journaliste et un photographe de l'AFP sur place ont estimé que le nombre de manifestants n'excédait pas 100.000, objectif affiché au départ par les organisateurs.

Cette manifestation était la première d'envergure organisée contre le projet du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero de rendre l'interruption volontaire de grossesse (IVG) pleinement légale dans un délai de grossesse limité, comme c'est déjà le cas dans la plupart des pays européens.

Elle était soutenue par l'église catholique, qui a lancé ces derniers jours une campagne choc controversée affirmant que les animaux en voie de disparition comme les lynx sont mieux protégés que les embryons humains.

La droite, hostile au projet de réforme gouvernemental, la soutenait également, sans consigne explicite de participation.

Actuellement, l'avortement n'est autorisé en Espagne qu'en cas de viol dans un délai maximum de 12 semaines de grossesse, de malformations du foetus (22 semaines) ou, sans limitation de temps, en cas de «danger pour la santé physique ou psychique de la mère».

Cette dernière disposition de la loi en vigueur depuis 1985, a été invoquée par 97% des 112.138 femmes qui ont avorté en 2007 en Espagne.

Elle laisse une marge d'appréciation subjective qui a donné lieu à des dérives, minoritaires, avec des avortements «illégaux» pratiqués jusqu'à six mois de grossesse dans des cliniques privées de Barcelone (nord-est).

Seuls 2% des avortements en Espagne sont effectués dans les établissements publics, où de nombreux médecins refusent de les pratiquer, par «objection de conscience» ou crainte de poursuites judiciaires.

Le gouvernement, qui présentera officiellement son projet de loi au printemps, entend corriger ces défauts en rendant l'avortement pleinement légal au cours des trois premiers mois de grossesse, délai étendu en cas de grave malformation du foetus ou risque pour la santé de la mère.

Il souhaite également que les jeunes filles de 16 à 18 ans puissent avorter sans le consentement de leurs parents, mais se dit prêt à discuter sur ce point controversé.

«En tant que catholique, je souhaite qu'on aide les femmes à avoir des enfants et non à avorter», commentait Paco Ortega, 42 ans, au sein d'une manifestation qui rappelait les fortes mobilisations de 2005 contre la loi qui a autorisé le mariage homosexuel en Espagne.