Caroline Granger ne pouvait pas imaginer une pire année pour son petit vignoble.

John Chidley-Hill La Presse Canadienne

La pandémie a grandement nui à presque toutes les activités de son entreprise, la Grange of Prince Edward Vineyards and Estate Winery à Hillier, en Ontario, qu’elle dirige avec sa fille.

« Je suis une agricultrice. Je suis de nature inquiète. J’aime bien me préparer à toutes les mauvaises situations qui pourraient survenir, mais je ne pouvais pas imaginer une aussi dévastatrice tempête », souligne-t-elle.

Mme Granger dit que dans une année normale, la moitié de ses revenus proviennent de la vente aux magasins vendant de l’alcool, aux restaurants ou aux amateurs qui visitent son vignoble.

PHOTO LARS HAGBERG, LA PRESSE CANADIENNE

Caroline Granger, fondatrice de la Grange of Prince Edward Vineyards and Estate Winery à Hillier, en Ontario

Les restrictions actuelles de la santé publique en Ontario l’ont empêchée d’accueillir des œnophiles tandis que les restaurants qui les achètent ses produits sont fermés. Il ne lui reste plus que la vente par internet ou les succursales de la Régie des alcools de l’Ontario.

Mais pendant ce temps, les raisins ne prennent pas de répit.

La plupart des 180 entreprises vinicoles de l’Ontario sont des exploitations familiales comptant moins de 20 employés. Plusieurs comptent sur des travailleurs migrants pour l’aider à ramasser ses récoltes, mais les restrictions de voyage ont rendu cela difficile.

Comble de malchance, l’équipe qui travaille habituellement pour Mme Granger vit à l’île de Saint-Vincent, dans les Caraïbes, qui a été secouée par une éruption volcanique le mois dernier.

« Peut-être devrais-je me préparer à une invasion de sauterelles parce que nous vivons une assez folle épopée ? », se demande-t-elle.

Selon la Vintners Quality Alliance Ontario, les vignobles ontariens comptent pour 18 000 emplois et génèrent des retombées de 4 milliards.

Les plus grands vignobles ontariens n’ont pas été épargnés non plus par la COVID-19.

J. Murray Souter, le PDG et chef de la direction de Lakeview Wine, une entreprise établie à Niagara-on-the-Lake, dit que 40 % de ses revenus proviennent habituellement des exportations et des ventes aux restaurateurs. Ces deux sources se sont taries au cours de la pandémie.

Il espère une certaine réouverture de l’économie au cours de l’été, mais sait que certaines directives de santé publique resteront en place dans un avenir prévisible.

M. Souter attend avec impatience les touristes qui iront dans les trois régions viticoles de l’Ontario : la rive nord du lac Érié, la péninsule du Niagara et le comté de Prince Edward. L’œnotourisme génère 850 millions par an.

Ces endroits ont été des déserts au cours des 12 derniers mois. Nous avions de cinq à six mille visiteurs dans nos vignobles au cours d’une semaine estivale, mais nous n’en avons pas reçu autant au cours de la dernière année.

J. Murray Souter, le PDG et chef de la direction de Lakeview Wine

Ed Madronich, le président de Flat Rock Cellars à Jordan, en Ontario, dit qu’il a dû faire évoluer son modèle d’affaires.

« La pandémie nous a obligés à nous connecter rapidement sur l’internet, à communiquer et à aider des clients à acheter notre vin, explique-t-il. Nous avons constaté une réelle croissance dans ce secteur, en particulier au début de la COVID, mais la situation a changé en un an. Les ventes sont vraiment en baisse par rapport à l’année dernière. »

Bien que Mme Granger et M. Souter fonctionnent sur des échelles différentes, ils souhaitent tous deux que le gouvernement provincial ajuste la façon dont le vin est taxé en Ontario.

« La raison pour laquelle le prix d’un vin espagnol s’élève à 7,95 dans ce pays, c’est parce que les Espagnols le vendent à 2,50 $ à l’expédition, c’est parce qu’ils subventionnent ce secteur, accuse M. Souter. Il faudrait créer une barrière tarifaire pour les empêcher de déverser leurs produits ici ou il faudrait que nos gouvernements nous soutiennent comme les leurs le font. »