(Dijon) Les viticulteurs bourguignons ont fait part de leur déception, mardi, après l’annonce du plan d’aide à la viticulture française destiné à remédier à la crise due au coronavirus et aux taxes Trump.

Agence France-Presse

« On n’est pas content », résume Thiébault Huber, président de la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne (CAVB).

Le plan d’aide annoncé lundi soir par le gouvernement prévoit des exonérations à 100 % des cotisations sociales et charges sociales patronales ainsi que l’ouverture d’une distillation de crise de 2 millions d’hectolitres de vins excédentaires à un prix moyen de 70 euros/hectolitre (soit 140 millions d’euros).

La filière viticole française avait demandé la semaine dernière une aide de 500 millions d’euros. Les viticulteurs réclamaient en particulier des distillations de 3 millions d’hectolitres avec des subventions de 80 euros/hectolitre pour les vins d’origine protégée, afin d’écouler les volumes excédentaires.

Mais la distillation n’était pas demandée par la Bourgogne qui préfère conserver ses vins pour les années à venir. « Nous, nous ne sommes pas concernés par la distillation », explique M. Huber qui se dit à l’AFP « très remonté ».

Ces mesures de distillation « vont siphonner le plan national d’aide » dont la Bourgogne a le plus grand besoin, estime M. Huber, par ailleurs vigneron à Volnay (Côte-d’Or).

« La distillation, ce n’est pas pour nous », renchérit Louis-Fabrice Latour, président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB), pour qui les mesures annoncées lundi sont quand même « un premier pas même s’il est insuffisant ». « En Bourgogne, on n’a pas de surproduction. On n’a que deux ans de stock. Donc on ne distille pas », explique-t-il.

« Nous, ce qu’on voudrait, c’est qu’on nous aide à exporter », ajoute M. Latour, indiquant que, au premier trimestre, les exportations de vins de Bourgogne ont chuté de 8,7 % en valeur.

Plus de la moitié (56 %) des vins de Bourgogne sont exportés, le premier marché étant les États-Unis (20 % des exportations totales).

M. Latour regrette tout particulièrement que le fonds de compensation européen, destiné à indemniser la filière viticole à hauteur de 250 millions d’euros pour l’impact de la taxe Trump, reste au point mort. « La France pourrait déjà faire un geste. Aider à la distillation, ce n’est pas la même chose qu’aider les exportateurs aux É.-U. », juge-t-il.

Le plan annoncé lundi soir « est uniquement centré sur l’amont ». « Il n’y a rien sur l’aval, sur la promotion des vins, l’aide à l’exportation ou aux restaurateurs, nos clients », regrette M. Latour, qui se félicite cependant des exonérations de cotisations sociales.

« Elles sont estimées à 100 millions alors qu’on les voulait à 400 millions », regrette cependant M. Huber. « On met des milliards d’euros dans Air France ou Airbus, mais on n’aide pas une filière en danger », ajoute le responsable de la CAVB.

La Bourgogne, forte de 3659 domaines, représente 4 % du vignoble français, mais près de 9 % du chiffre d’affaires des AOC françaises et 20 % de leurs exportations.