(Paris) « C’est la catastrophe ! » À l’image de Bruno Torres, fondateur de la brasserie La Baleine dans le nord-est de Paris, les brasseurs de France s’inquiètent pour leur activité qui avait le vent en poupe ces dernières années, mais a subi un sérieux coup de frein avec l’épidémie de COVID-19.

Nicolas GUBERT
Agence France-Presse

Le calme règne dans la brasserie de M. Torres, nichée au pied d’une résidence HLM, d’où sortent quelque 560 hectolitres par an : les cuves de fermentation en inox sont vides et la petite ligne d’embouteillage est à l’arrêt.

Il vend habituellement environ la moitié de sa production aux bars, cafés, restaurants, dont le rideau de fer s’est abaissé il y a plus de trois semaines.

« Certaines épiceries aussi ne veulent plus ouvrir, pour des raisons sanitaires », ajoute M. Torres, qui s’est lancé dans l’aventure de la bière artisanale au printemps 2013.

Après une série d’années de croissance pour la bière hexagonale, « en gros, ce sera une stabilité positive sur 2019 », déclare pour sa part à l’AFP Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France.

La bonne santé du secteur a permis aux brasseurs, pour la deuxième année consécutive, d’être les premiers créateurs d’emplois de l’agroalimentaire en 2019, affirme M. Costilhes.

« On est à 7750 emplois équivalent temps plein au 1er janvier 2020, c’est une augmentation de 9 %, c’est-à-dire quasiment 700 emplois sur 2019. » Mais « ça, c’était avant », ajoute-t-il en riant un peu jaune.

S’il est pour lui encore « un peu tôt » pour savoir si la brasserie française doit s’attendre à des défaillances d’entreprises, « contrairement à ce qu’on peut lire ici et là selon quoi la consommation d’alcool augmenterait pendant le confinement, ça nous paraît compliqué ».

« La fermeture le 15 mars à minuit de ce qu’on appelle le hors domicile (cafés, hôtels, restaurants), plus l’annulation de tous les évènements rassemblant plus de 100 personnes, donc les festivals, les fêtes locales, les salons, ça fait disparaître mathématiquement 35 % des volumes de ventes », indique M. Costilhes.

Bouteilles pleines et trésorerie en berne

Une évaporation de débouchés qui n’a, semble-t-il, pas été compensée par un report de la consommation en grandes surfaces.

« La bière ne fait pas partie des catégories qui ont bénéficié de cet effet de stockage que les Français ont adopté lors des premières semaines », estime Jacques Lebel, directeur général pour la France d’AB InBev, premier brasseur mondial, lors d’un entretien à l’AFP.

« La bière a moins souffert que les autres alcools, mais on est sur un chiffre de progression très faible et pas en accélération par rapport aux tendances historiques des dernières années », poursuit-il.

Les ventes de bière ont tout de même progressé de près de 7 % depuis le début du confinement par rapport à la même période en 2019, selon une étude du cabinet Nielsen parue cette semaine.

La situation est d’autant plus critique qu’elle se produit au « pire moment de l’année », souligne M. Costilhes, « la période où on est au plus bas en trésorerie, le mois de mars » : « les brasseurs passent tout l’hiver à produire pour l’été. La bière est censée être vendue quand il fait beau et donc on fait les stocks, on achète des matières premières, et on produit ».

« On a des mesures du gouvernement qui vont permettre de suspendre la partie charges », souligne M. Costilhes. « Si on arrive à bien mettre en place ce système, pour l’instant, c’est catastrophique, mais ce n’est pas irrémédiable. »

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB BAR SOLIDAIRE

AB InBev, via la plateforme Bar Solidaire, a appelé les consommateurs à soutenir financièrement leur bistrot préféré en précommandant des consommations.

« On a beaucoup d’entreprises très jeunes et donc très exposées », poursuit-il néanmoins, les yeux rivés, comme ses adhérents, sur l’horizon du déconfinement.

« Si ça reprend fin avril, c’est pas mal, si ça ne reprend pas, ça va être dur », estime pour sa part Bruno Torres, qui a tout de même décidé de reprendre la production à 50 % cette semaine, « pour la reprise ».

« La capacité du réseau des cafés, hôtels, restaurants et des festivals ou évènements culturels à se relever à l’issue de cette crise, c’est ça, la grosse inquiétude », souligne Maxime Costilhes.

AB InBev, via la plateforme Bar Solidaire, et Heineken, avec d’autres, via la plateforme J’aimemonbistrot, ont d’ailleurs appelé les consommateurs à soutenir financièrement leur bistrot préféré en précommandant des consommations.