(Ham-Nord) On roule pendant des kilomètres, le regard perdu dans les verdoyantes collines des Appalaches. Arrivés à la microbrasserie nichée au cœur de la campagne, on s’étonne de voir le grand stationnement bien rempli. On se croirait en fait dans une brasserie artisanale réputée du Vermont. Mais non, on est bien à la Grange Pardue, trésor caché à Ham-Nord, dans les Bois-Francs.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Évidemment, n’est pas Hill Farmstead qui veut. L’institution vermontoise attire les foules grâce à une réputation sans failles qu’elle entretient depuis des années avec des produits d’exception. N’empêche, la Grange Pardue, qui fête tout juste son premier anniversaire, offre des bières de très belle qualité dans un environnement bucolique qui mérite franchement le détour. À cela s’ajoute un menu pub du terroir qui mérite à lui seul le déplacement. La formule est gagnante, il n’y a aucun doute.

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« On travaille aussi avec la mise en valeur de la région et de nos paysages. Les gens viennent vivre l’expérience à Ham-Nord, prennent contact avec les champs, avec nos cultures », affirme Philippe Langlois, l’un des copropriétaires de la coopérative brassicole.

« C’est au-delà de nos attentes, il y a beaucoup, beaucoup de monde qui passe ici, reconnaît Philippe Langlois, copropriétaire de la coopérative brassicole. Le mouvement pour inciter l’achat local nous a beaucoup aidés, mais notre produit ne jure pas : les gens en achètent, en amènent, en commandent. »

« On travaille aussi avec la mise en valeur de la région et de nos paysages, enchaîne le jeune homme d’affaires originaire du village voisin de Chesterville. Alors, oui la bière, mais aussi l’emplacement. Quand les gens viennent ici avec les enfants dans la salle de dégustation, ça fait la différence. Les gens viennent vivre l’expérience à Ham-Nord, prennent contact avec les champs, avec nos cultures. »

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Cet été, la Grange Pardue a accueilli de 400 à 500 clients par jour les vendredis et samedis.

Lors de notre passage, on venait tout juste de récolter l’orge à quelques dizaines de mètres de la magnifique terrasse. Parce que la Grange Pardue est une ferme brassicole qui cultive ses céréales et son houblon — elle est installée sur les terres de Stéphane Turcotte, l’un des quatre copropriétaires de la microbrasserie. « Cette année, on a récolté 11 acres d’orge brassicole que l’on va aller faire malter chez Innomalt, à Sherbrooke, explique Philippe Langlois en nous montrant les champs fraîchement coupés. On a aussi juste derrière un millier de plants de houblon. On a 11 variétés, c’est un laboratoire pour voir ce qui s’acclimate le mieux à notre climat. »

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Philippe Langlois est l’un des quatre copropriétaires de La Grange Pardue, un projet qui a nécessité des investissements de près de 1 million de dollars.

L’objectif de la Grange Pardue n’est pas d’être autosuffisante en houblon, mais bien d’en avoir assez pour que le maître-brasseur Pierre-André Roy — un ancien de chez Moulin Sept et des Brasseurs du Temps — puisse brasser certaines de ses bières avec 100 % d’ingrédients cultivés sur la ferme. Toutes les bières de la Grange Pardue sont d’ores et déjà 100 % québécoises, avec La Tout Bout d’Champ qui est brassée avec l’orge récoltée sur la ferme — cette lager légère, au goût céréalier franc et bien craquant, sera « 100 % Ham-Nord d’ici deux ans », promet Philippe Langlois.

Menu simple et savoureux

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Lors de notre passage, on venait tout juste de récolter l’orge plantée dans les champs exploités par La Grange Pardue, qui cultive également son propre houblon.

Les bières sont aussi au cœur de l’offre culinaire élaborée par le chef Stéphane Martin, qui a fermé son auberge La Table dans les Nuages pour se lancer en janvier dans l’aventure de la Grange Pardue. « Tant que je n’avais pas un vrai chef comme partenaire, j’aurais continué de vendre des peanuts, des olives et des saucissons, affirme Philippe Langlois. Mais pour l’instant, comme c’est très difficile d’embaucher en cuisine, on préfère garder un menu simple et efficace. Le but est que la bouffe mette en valeur la bière. »

Poutine, hot-dog, pizza, salade et burger de porc effiloché, l’offre est en effet simple, mais elle est savoureuse. En particulier la poutine, décadente grâce à sa riche sauce à la Ham Nouère, la dry stout de la Grange Pardue. « La réputation de notre table se fait un peu grâce à notre sauce à poutine à la bière noire, reconnaît Philippe Langlois. Ça et notre porc effiloché à la Chienne à Jacques, notre IPA brute, que les gens adorent. »

Cet été, la Grange Pardue a accueilli de 400 à 500 clients par jour les vendredis et samedis, si bien que l’essentiel de sa production brassicole a été consacré à répondre à la demande du resto et de sa vaste terrasse. Toutefois, les mois qui ont précédé ont été beaucoup moins occupés à cause de la COVID-19, ce qui a forcé la main des propriétaires.

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Un aperçu des bières offertes à la microbrasserie

C’est une première année un peu rock’n’roll, mais on a réussi à distribuer nos produits dans une soixantaine de points de service. On ne pouvait pas laisser pourrir la bière dans la chambre froide alors on a lancé la distribution, et quand on a pu rouvrir ici, on s’est concentrés sur nos besoins ici même.

Phillipe Langlois

« Mais on va recommencer à distribuer, assure le jeune entrepreneur de 36 ans. On avait trois cuves de fermentation de 2000 litres à la fin du printemps, j’en ai acheté trois autres, et on vient de passer à 12 000 litres de production. Et il nous reste encore de la place pour deux autres cuves dans notre salle de brassage. On savait que l’on devait augmenter notre production pour pouvoir distribuer nos produits, c’est juste que là, la demande a surpassé notre offre. »

Mais on insiste : la meilleure façon de découvrir les produits de la Grange Pardue est de se rendre sur place, à Ham-Nord. Une belle idée pour profiter des couleurs de l’automne dans une région encore méconnue. « Une belle place, un beau paysage, du beau monde, des sourires, c’est ce que les gens recherchent, et on pense avoir trouvé une formule qui répond à ça », soutient Philippe Langlois. Quand on y ajoute bonne bouffe et bonne bière, on tient en effet quelque chose.

> Consultez le site de la Grange Pardue