(Dijon) Moins de vin malgré un millésime « superbe » : après deux années fastes consécutives, les organisateurs de la célèbre vente des Hospices de Beaune écouleront cette année 589 fûts, 30 % de moins qu’après l’exceptionnelle récolte de 2018.

Olivier DEVOS
Agence France-Presse

Sous le marteau de Christie’s, 118 pièces (fûts de 228 litres) de blanc et 471 pièces de rouge seront adjugées dimanche : des vins marqués par une acidité qui « semble être la trame commune à ce millésime, superbe dans les deux couleurs », juge la régisseuse du domaine, Ludivine Griveau.

Un vin « très bourguignon » malgré un côté « solaire », selon elle. Et si les volumes sont modestes par rapport aux années précédentes, c’est la faute à la météo, qui n’a laissé aucun répit aux viticulteurs de la région.

Un hiver plutôt doux et un départ précoce du cycle végétatif, du gel au mois d’avril, puis un été marqué par la canicule et des épisodes de grêle. Et finalement, des maturités hétérogènes selon les parcelles qui transforment les vendanges en casse-tête.

Ce millésime 2019 succède à un millésime 2018 qui sortait du lot, en qualité et en quantité.

L’année 2018 vit ainsi tomber le record du nombre de fûts — 828 pièces — comme celui du chiffre des ventes, battu pour la deuxième année de suite, à 14,2 millions d’euros (et près de 17 millions d’euros pour le total vins et alcools).

Traditionnel point d’orgue de cet événement dont raffolent les acheteurs étrangers, deux « pièces des Présidents » avaient été emportées l’an dernier pour 230 000 euros au profit d’œuvres caritatives. Un montant toutefois en deçà du record de 2015 - 480 000 euros pour un seul fût.

Il y aura cette année, une seule « pièce des Présidents » (un Corton Grand cru Les Bressandes) et trois parrains : le basketteur Tony Parker, la journaliste Ophélie Meunier et l’acteur François-Xavier Demaison.

Vente à la bouteille

Ils seront chargés de faire monter les enchères au profit de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière ainsi que de l’association Autour des Williams, qui soutient la recherche contre le syndrome de Williams, une maladie génétique.

Si elle s’adresse à des professionnels ou à des acheteurs fortunés, alors que le prix moyen de la pièce s’envolait à 16 849 euros en 2018, les enchères se sont aussi démocratisées il y a dix ans.

La maison Albert Bichot, premier acheteur de la vente des Hospices de Beaune, propose ainsi depuis 2009 aux particuliers de mutualiser l’achat d’un fût, en réservant au moins une bouteille avant la vente sur leur site internet (hospices-beaune.com).

« C’était une vraie attente des consommateurs », affirme Jean-David Camus, le responsable de la vente aux particuliers d’Albert Bichot, ajoutant que le nombre de clients, en moyenne 200 par an dont 80 % de Français, est en progression, notamment à l’export.

Pour quelque 85 à 130 euros le flacon, la maison se charge d’acquérir les fûts le jour de la vente, d’élever le vin dans ses caves puis de l’expédier à ses clients 12 à 18 mois plus tard.

Le domaine des Hospices, constitué au fil des siècles grâce à des donations, est classé pour 85 % en Premier cru et Grand cru. Ses 60 hectares de vignes sont situés en majeure partie autour de Beaune, mais le domaine est aussi présent en côte de Nuits et en Mâconnais.

La recette de la vente de ses vins, à l’exception de la pièce des présidents, est reversée à l’institution hospitalière des Hospices, fondée au XVe siècle par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, et finance notamment la modernisation de l’hôpital de la ville et l’entretien du bâtiment historique de l’Hôtel-Dieu.