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Vin et réchauffement climatique: s'adapter sans dramatiser

Le groupe espagnol Torres (dont on voit ici... (PHOTO XABIER MIKEL LABURU, ARCHIVES BLOOMBERG NEWS)

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Le groupe espagnol Torres (dont on voit ici un des vignobles à Vilafranca del Penedés, en Espagne) achète des terres en Patagonie en misant sur le réchauffement.

PHOTO XABIER MIKEL LABURU, ARCHIVES BLOOMBERG NEWS

BENOÎT PETIT
Agence France-Presse
Bordeaux

« Ne soyons pas anxiogènes » : si la viticulture est menacée par le réchauffement climatique, des voix s'élèvent, derrière le président de Vinexpo Christophe Navarre, pour ne pas dramatiser le tableau à condition de passer rapidement à l'action concrète.

Lors d'un symposium consacré à « l'impact du réchauffement climatique sur les vins et spiritueux » dans le cadre du grand salon professionnel bordelais, la filière a pu constater le danger qu'une hausse des températures à l'horizon 2050 (+2° en moyenne au rythme actuel) fait peser sur elle.

Mais « le réchauffement climatique n'est pas un drame absolu pour la viticulture à condition de s'y adapter », assure le géographe Jean-Robert Pitte, membre de l'Académie du vin de France. Depuis 8000 ans qu'elle est cultivée, la vigne a montré qu'elle était « une plante incroyablement adaptable », car le climat a toujours changé sur la terre.

« Avant la petite ère glacière du XIVe au XIXe siècle, il y avait de la vigne au Danemark et en Angleterre ». Deux pays où l'on en replante aujourd'hui, remarque M. Pitte. « La reine d'Angleterre fait maintenant du vin mousseux à Windsor ! ».

Mais ces régions ne deviendront pas pour autant des « nouveaux eldorados » du vin, affirme Patrice Geoffron, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine. Dans son étude Dans quel monde boira-t-on du vin en 2050 ?, il assure qu'à long terme, « dans une économie mondiale plus instable du fait du changement climatique, la rentabilité des nouvelles régions n'est pas nettement plus garantie que celle des anciennes ».

À Bordeaux même, le vignoble semble de prime abord profiter du réchauffement de la planète : « les dix derniers millésimes ont tous été très corrects », remarque Éric Giraud-Héraud, économiste et directeur adjoint de l'Institut de la vigne et du vin (ISVV) à Bordeaux. « On pourrait se dire qu'on a tout intérêt à ne pas réagir ».

« Il faut pourtant se préparer à des crises et on ne pourra pas le faire au dernier moment », prévient-il. Car « si on continue avec ce système, il va y avoir des perdants », les vignobles européens les plus exposés étant ceux de l'arc méditerranéen, soit une bonne part de la production mondiale.

« Cépages résistants »

Parmi les stratégies d'adaptation, on plante désormais plus au nord en Europe, comme la réputée maison de champagne Taittinger qui a pris pied dans le Kent en Angleterre. Dans l'hémisphère Sud, on plante plus au sud : des compagnies australiennes achètent des terres en Tasmanie en misant sur le réchauffement.

Le groupe espagnol Torres fait de même en Patagonie. « Dans 25 ans, nous y ferons du vin », affirme Miguel Torres, son directeur général. Le groupe Torres plante plus haut, également : « 1200 m d'altitude à Benabarre (Pyrénées espagnoles) et les raisins commencent à mûrir plus vite qu'on le pensait », dit le dirigeant.

Pour la famille Torres, qui fait du vin depuis 150 ans, le déclic est venu en visionnant le film d'Al Gore Une vérité qui dérange (2006). « On voyait bien que nos vendanges en Catalogne arrivaient de plus en plus tôt », dit-il. Le groupe s'est alors tourné vers des pratiques d'adaptation au réchauffement climatique et de réduction de son empreinte carbone.

Les Torres ont ainsi recherché des cépages catalans oubliés et découvert que certains « sont très résistants » à la chaleur. « Je ne plante presque plus que des cépages ancestraux », explique Miguel Torres.

D'autres acteurs de la filière vin ont décidé de créer des cépages par hybridation afin de les rendre « résistants ». Mais des opposants à cette pratique ont fait entendre leur voix à Vinexpo.

« Il ne s'agit pas de faire disparaître le cabernet sauvignon et le merlot ! », les deux grands cépages du Bordelais, se défend Philippe Mauguin, président de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA). Mais vu l'urgence climatique, on ne peut plus « balayer ces cépages d'un revers de la main », dit-il. « On aura besoin de ces innovations d'ici 2050 ».




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