Depuis le début de la pandémie de COVID-19 au Québec, Isabelle Thibault va porter des repas à son père, qui est âgé de plus de 70 ans. « Il habite à Saint-Jérôme, dans un édifice où vivent des centaines de personnes, dit la nutritionniste de Blainville. Quand j’arrive, je laisse le sac de petits plats près de l’ascenseur, je l’appelle et il descend. Je l’attends derrière deux portes. On se fait un beau coucou. »

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Avant, le père d’Isabelle Thibault venait tous les fins de semaine manger chez elle, avec sa famille. Désormais, aucun rassemblement n’est toléré, ni chez soi, ni au resto — pas même pour souligner la fête des Mères, qui aura lieu dimanche.

Dans ces circonstances, cuisiner pour une personne âgée et aller lui livrer les plats, est-ce une bonne idée ? Oui, à moins d’être malade soi-même. « Par mesure de précaution, les personnes qui présentent des symptômes ou qui sont en isolement préventif devraient éviter de manipuler ou préparer des aliments pour les autres », indique Yohan Dallaire Boily, relationniste au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ).

« Aucun cas de transmission de la COVID-19 par la nourriture »

Si l’on va bien, « il est possible de préparer des plats pour quelqu’un d’autre en s’assurant de respecter les mesures d’hygiène habituelles [lavage des mains et des surfaces avant de cuisiner, lavage des fruits et des légumes, etc.] », précise Yohan Dallaire Boily.

« Aucun cas de transmission de la COVID-19 par la nourriture n’a été signalé, précise le Gouvernement du Canada dans son site internet consacré à la prévention et aux risques du coronavirus. Il est peu probable que des personnes soient infectées par le virus par le biais de la nourriture. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Il est possible de préparer des plats pour quelqu’un d’autre en s’assurant de respecter les mesures d’hygiène habituelles.

Éviter les empoisonnements alimentaires

Ce qui est plus probable, c’est d’offrir (sans le vouloir !) des aliments contaminés par des bactéries, des virus ou des parasites, qui causeraient des empoisonnements alimentaires. Incroyable mais vrai, il y a environ 4 millions de cas de maladies d’origine alimentaire par année au Canada, selon l’Agence canadienne d’inspection des aliments.

On doit cuire ce qui doit être cuit — viande, volaille, poisson — comme il faut. Quand le plat est prêt, on doit le ranger rapidement au frigo.

Isabelle Thibault, membre du regroupement Nutritionnistes Complètement NUT

« Évidemment, dans la voiture, les plats doivent être dans une glacière bien au frais, avec les fameux Ice Pack. »

« Il faut également porter une attention aux contenants et aux autres surfaces qui seront manipulés par le destinataire », conseille Yohan Dallaire Boily. L’usage d’un contenant fraîchement sorti du lave-vaisselle et d’un sac neuf, ou lavé en machine, est à privilégier. Le lavage des mains, avant et après avoir manipulé les plats, est aussi évidemment à prévoir.

Manger ce qu’on aime

À destination, le mieux est de donner des indications précises à la personne qui se fait gâter. « Quand j’apporte des plats à mon père, je lui dis : “Garde dans le frigo ce que tu veux manger au début de la semaine”, indique Isabelle Thibault. “Congèle ce que tu vas manger un peu plus tard, puis dégèle un plat à la fois”. »

Conseil plus important encore : « Je cuisine des plats que mon père aime, souligne Isabelle Thibault. L’alimentation est une source de réconfort, plus importante en ce moment qu’en temps ordinaire. Manger ce qui nous plaît, ça nous fait du bien. »