Les poissons vivant près d'usines de traitement des eaux usées desservant cinq grandes villes américaines présentent tous des résidus de produits pharmaceutiques, notamment des traitements contre le cholestérol, les allergies, l'hypertension, les troubles bipolaires et la dépression, selon une étude rendue publique mercredi. Ces traces ne présenteraient pas de danger pour la santé humaine.

Martha Mendoza ASSOCIATED PRESS

Les conclusions de cette première étude nationale consacrée à la présence de médicaments dans les tissus des poissons ont conduit l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) à étendre les recherches en cours à plus de 150 lieux.

A travers ces travaux, chaque citoyen peut se rendre compte de l'«importance» de penser à «l'eau que nous utilisons tous les jours», à sa provenance et à sa destination, observe Bryan Brooks, l'un des coauteurs de l'étude. «Nous devons comprendre qu'il s'agit d'une ressource limitée et nous devons en apprendre beaucoup plus concernant les impacts» des activités humaines sur l'eau.

Chercheur et professeur à la Baylor University, Bryan Brooks a publié plus d'une dizaine d'études sur les produits pharmaceutiques dans l'environnement.

Ses travaux et ceux d'autres chercheurs suggèrent que des concentrations de résidus pharmaceutiques, même extrêmement dilués, pouvaient nuire aux poissons, grenouilles et autres espèces aquatiques compte tenu de l'exposition constante des animaux aux eaux contaminées. En ce qui concerne l'être humain, Bryan Brooks estime qu'il faudrait des centaines de milliers de repas de poisson pour absorber même une simple dose thérapeutique des résidus trouvés.

Pour l'étude présentée mercredi, Bryan Brooks et son collègue Kevin Chambliss ont analysé des poissons prélevés dans des rivières ou des fleuves où les eaux usées des usines de traitement sont libérées après épuration à Chicago, Dallas, Phoenix, Philadelphie et Orlando (Floride). Afin de disposer d'un élément de comparaison, les scientifiques ont effectué des tests sur des poissons provenant de la Gila River Wilderness Area au Nouveau-Mexique, une région éloignée de toute source humaine de pollution.

Les analyses des chercheurs, dont les travaux ont été financés grâce à une subvention de 150 000 dollars de l'EPA, ont porté sur la présence de 24 produits pharmaceutiques dans les tissus des poissons ainsi que sur celle de 12 substances chimiques entrant dans la composition de produits d'hygiène.

Ils ont ainsi trouvé des concentrations de sept médicaments et de deux substances chimiques utilisées pour parfumer des savons dans les tissus des poissons prélevés sur l'ensemble des cinq grands sites urbains. Les quantités variaient, mais certains poissons présentaient des combinaisons de nombreux des composés dans leur foie. Par contraste, les scientifiques n'ont rien découvert dans les tissus des poissons prélevés au Nouveau-Mexique.

De précédentes recherches avaient permis de confirmer que les poissons absorbaient des médicaments car leur environnement aquatique est contaminé par des traces de médicaments qui ne sont pas éliminées dans les usines de traitement des eaux usées. La majeure partie de la contamination provient de résidus de produits pharmaceutiques qui n'ont pas été transformés par le métabolisme des personnes les ayant ingérés. Des médicaments inutilisés jetés dans les égouts contribuent également au problème.

Selon une enquête en cours de l'Associated Press, des traces de résidus pharmaceutiques ont été détectés dans l'eau potable consommée par au moins 46 millions d'Américains.