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Le moine qui marchait pour la paix

Les sommets du G7 et du G20 des dernières années ont tous un point en commun insoupçonné : chaque fois que les dignitaires des plus grandes puissances mondiales se réunissent, le moine bouddhiste Toyoshige Sekiguchi est présent, quelque part dans la ville hôte, pour réclamer la fin de l'armement nucléaire et prier pour la paix.

La vie de ce Japonais de 53 ans se meut depuis près d'une décennie au rythme des rencontres du G7 et du G20.

Chaque fois, il s'adonne au même rituel, martèle les mêmes revendications. « Je marche de longues distances jusqu'à la ville [hôte] et je prie », a-t-il tout simplement expliqué, lors d'un entretien avec La Presse à la mi-octobre.

Couvert d'un vêtement drapé orange par-dessus ses vêtements de ville, sa besace contenant son tambour de prière à l'épaule, l'homme parle d'une voix calme, mais avec enthousiasme, de ses voyages au gré des sommets internationaux.

Il s'agit de sa façon à lui de lutter pour la paix, espérant attirer l'attention des chefs d'État, mais aussi de la population, sur son discours antinucléaire.

Devenu moine à 31 ans, il a passé neuf ans dans un temple bouddhiste en Inde, puis s'est rendu en 2008 à son premier sommet du G8, dans sa ville natale, Tokyo, « pour prier pour la paix ». Depuis, il n'en manque pas un.

De l'Italie au Québec, en passant par la Turquie

Toyoshige Sekiguchi est un homme de peu de mots. Peut-être parce que la barrière de la langue l'empêche de s'exprimer avec toute la fluidité qu'il souhaiterait. Peut-être aussi parce que la sagesse qui semble l'habiter commande de ne pas se lancer dans de longues tirades.

Dans un anglais fortement teinté des intonations de son japonais maternel, il récite avec précision ses dizaines de déplacements des neuf dernières années. Il se souvient de la date de son arrivée dans chaque ville et de toutes ses allées et venues depuis 2009.

Les sommets l'ont mené en Italie, au Canada, en Corée du Sud, en France, aux États-Unis, au Mexique, en Russie, en Belgique, en Australie, en Allemagne, en Turquie, en Chine.

La vie qu'il a choisie n'est pas facile. Son quotidien consiste principalement à marcher, jeûner, mendier et prier. Mais chez lui, au Japon, il y a eu Hiroshima et Nagasaki, en 1945. Et il souhaite que les armes qui ont permis ces atrocités ne puissent plus en causer d'autres.

Alors il a consacré son existence à la cause, ce qui lui a valu de se faire harceler par la police chinoise, interroger au poste de police pendant des heures par les autorités australiennes et même arrêter, au Mexique, alors qu'il priait dans la rue. « J'ai passé la journée et la nuit au poste de police, a-t-il raconté, un sourire triste aux lèvres. Ce furent les pires moments de ma vie. »

Un mois à La Malbaie

L'été dernier, il a marché durant 24 jours, de Montréal à La Malbaie, à l'occasion du Sommet du G7 de Charlevoix.

Lors du sommet, M. Sekiguchi a jeûné et fait résonner son petit tambour pendant deux jours.

De retour de Québec, il a passé les quelques mois qui ont suivi le sommet à Montréal, en attendant la date prévue pour son départ en Argentine, où se déroulera, à la fin de novembre, la prochaine rencontre du G20. Il s'est envolé dimanche pour Buenos Aires, sans trop savoir où il allait pouvoir se loger là-bas, mais n'ayant aucunement l'air de trop s'en soucier.

À Montréal, il a joué presque tous les jours de son tambour dans le métro afin de récolter un peu d'argent. Un « ami canadien » lui a payé une chambre avec Airbnb pendant quelques semaines. Au moment de notre rencontre, il logeait chez la belle-soeur d'une femme qui l'avait accueilli à Québec après l'avoir croisé dans la rue. C'est ainsi que les choses se passent : il fait des rencontres au fil de ses voyages et la bienveillance des gens lui permet de continuer son périple.

Convaincre les maires

M. Sekiguchi est aussi allé à Paris juste après les attentats meurtriers de novembre 2013, afin de rendre hommage aux victimes, sur la place de la République.

En 2017, il s'est rendu aux Pays-Bas pour l'inauguration du monument national à la mémoire des 298 victimes du vol MH17, abattu en 2014. « Ensuite, j'ai marché d'Amsterdam à Hambourg, en Allemagne, pour le sommet du G20 », dit-il.

Quelque 400 kilomètres séparent les deux villes. C'est à peu près la distance qu'il parcourt chaque fois, dans chaque pays, durant ses « marches pour la paix ». « Ça me fait rencontrer des gens et je peux leur expliquer pourquoi je marche, je leur parle de l'abolition des armes nucléaires. »

Dans Charlevoix, il a convaincu le maire de La Malbaie, Michel Courtier, de se joindre au Mouvement des maires pour la paix, une organisation réunissant des milliers de villes contre l'armement nucléaire.

M. Courtier n'est pas le seul que Toyoshige Sekiguchi a persuadé. En 2015, en Allemagne, le maire de Nuremberg a rejoint le groupe après lui avoir parlé. Tout comme Massimo Cialente, maire de L'Aquila, en Italie, qu'il a rencontré en 2009 et en 2013. D'autres ont refusé. Ça ne l'a jamais empêché de continuer à essayer.

Tant qu'il le faudra

Il souhaite maintenant prendre contact avec le maire de Buenos Aires, en Argentine, avant le sommet du G20. D'abord, il ira à pied se recueillir à Rosario, là où le révolutionnaire Ernesto Che Guevara est né. De là, le moine marchera sur le chemin du retour, pour être dans la capitale argentine lorsque les grands dirigeants du monde s'y réuniront.

Ainsi, Toyoshige Sekiguchi marche (et prie) autour du monde depuis près de 10 ans, consacrant sa vie à défendre ses convictions. Souhaite-t-il continuer de protester durant les sommets toute sa vie ? « Oui », a-t-il dit à plusieurs reprises, hochant vigoureusement la tête. Tant qu'il le faudra, il continuera.




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