Bien qu'elle n'ait surpris personne, la décision de l'Ontario de se retirer du marché du carbone a été dénoncée à Québec comme à Ottawa, hier.

Martin Croteau LA PRESSE

À peine assermenté, le nouveau premier ministre Doug Ford a confirmé une promesse phare de sa dernière campagne électorale. L'Ontario ne participera plus au système de plafonnement et d'échange des émissions de gaz à effet de serre (GES), la mesure principale de la province pour lutter contre les changements climatiques.

Pendant les élections, M. Ford s'est engagé à réduire le coût de l'essence de 10 cents le litre. Il a présenté le retrait du marché du carbone comme un moyen d'atteindre en partie cet objectif. On estime que le programme a pour effet d'ajouter un peu plus de 4 cents au prix de chaque litre de carburant.

Comme le Québec, l'Ontario vendait aux enchères des droits d'émettre des GES. Une fois acquis, ces droits pouvaient être échangés entre les entreprises. Le gouvernement utilisait les revenus du programme pour financer différents programmes verts. M. Ford a annoncé « l'élimination ordonnée » de ces programmes, hier.

« Les systèmes de plafonnement et d'échange des droits d'émission de gaz à effet de serre ne sont rien de plus que des ponctions fiscales qui ne représentent aucun gain pour l'environnement et privent les contribuables de leur argent - ils servent avant tout à financer de gros programmes gouvernementaux », a affirmé le premier ministre dans un communiqué.

Déception à Québec

Cette annonce touche le Québec, car la province est désormais la seule participante au marché, avec la Californie.

La ministre québécoise de l'Environnement, Isabelle Melançon, avait promis de convaincre le nouveau gouvernement conservateur des avantages du programme. Elle s'est dite désolée de la tournure des événements, hier.

« Il y a un peu de déception, a-t-elle dit. Je croyais avoir un peu de temps pour pouvoir discuter, ne serait-ce qu'avec mon homologue pour cerner tous les avantages qu'on y voyait. »

Elle a néanmoins dit « respecter » la décision de Queen's Park. Elle prévoit s'entretenir avec son nouvel homologue ontarien, Rod Phillips, plus tard cette semaine.

Critiques à Ottawa

La réaction a été beaucoup plus virulente du côté d'Ottawa. Au bureau de la ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna, on a dénoncé vivement la décision du gouvernement Ford.

« En annulant le système de plafonnement et d'échange, le premier ministre Ford annonce de manière très claire qu'il n'est pas intéressé à prendre des mesures sérieuses pour s'attaquer aux changements climatiques », a indiqué la porte-parole de la ministre, Caroline Thériault.

À compter du 1er janvier, le gouvernement Trudeau imposera une taxe sur le carbone à l'ensemble du pays. Les provinces qui ont déjà un mécanisme de tarification du carbone, comme la Colombie-Britannique, l'Alberta et le Québec, devraient en être exemptées.

M. Ford a déjà annoncé son intention de contester cette mesure devant les tribunaux.

Poursuites

Une autre bataille judiciaire pourrait poindre à l'horizon pour le gouvernement Ford. Il y a trois semaines, le Québec et la Californie ont interdit aux entreprises ontariennes de revendre les droits d'émission qu'elles avaient achetés sur le marché du carbone depuis 2017.

Cette mesure risque de coûter cher aux entreprises émettrices, qui ont dépensé en tout 2,9 milliards pour acquérir des droits qu'il leur est maintenant impossible de revendre. Plusieurs observateurs s'attendent à ce qu'elles réclament réparation au gouvernement ontarien.

Photo Tijana Martin, archives La Presse canadienne

Doug Ford, premier ministre de l'Ontario

Photo Christophe Ena, archives Associated Press

Isabelle Melançon, ministre de l'Environnement du Québec