Il a beau être un symbole de la lutte contre les changements climatiques, le projet Boundary Dam, lourdement subventionné, n'aurait jamais levé de terre s'il n'avait pas eu une utilité pour l'industrie pétrolière. Cette contradiction lui attire des critiques.

Publié le 30 juin 2013
Charles Côté LA PRESSE

En effet, le million de tonnes de gaz carbonique qui seront captées annuellement ici dans une centrale au charbon seront acheminées par pipeline jusqu'aux installations de la société pétrolière Cenovus, à Weyburn, en Saskatchewan, 60 km plus à l'ouest. Là, Cenovus l'injectera dans le sous-sol afin de stimuler la production de pétrole.

«C'est une subvention déguisée à l'industrie pétrolière», affirme Steven Guilbeault, d'Équiterre.

Cenovus s'est engagée à acheter le CO2 de Boundary Dam, mais le prix est tenu secret.

Sans cet apport d'argent lié à la production de pétrole, le projet de Boundary Dam n'aurait jamais vu le jour, en dépit des centaines de millions de fonds publics qui y sont consacrés.

L'injection de gaz carbonique (ou CO2) est utilisée depuis des décennies pour stimuler les gisements de pétrole, mais selon l'Agence internationale de l'énergie, il est trop tôt pour conclure que cela permet de séquestrer définitivement le gaz et de lutter efficacement contre les changements climatiques.

L'Agence souligne entre autres que 20% à 40% du gaz ressort avec le pétrole et qu'il faut le réinjecter.

C'est ce que fait Cenovus, affirme la porte-parole de la société, Rhona DelFrari.

La société s'approvisionne déjà en CO2 auprès d'une usine du Dakota du Nord et compte sur le projet Boundary Dam pour augmenter encore plus sa production.

«Cenovus injecte chaque jour 6000 tonnes de CO2 neuf et 7200 tonnes de CO2 recyclé, affirme-t-elle. C'est un système à circuit fermé, ce qui signifie que soit le CO2 reste enfoui, soit il est réinjecté. Depuis 2000, nous avons séquestré 20 millions de tonnes de CO2. C'est l'équivalent de retirer 4 millions de voitures de la route pendant un an.»

Cenovus rappelle que son installation a fait l'objet d'une surveillance dans le cadre d'un programme de recherche international. Les spécialistes ont conclu que le CO2 injecté dans le sous-sol de Weyburn va y demeurer au moins 5000 ans, ce que reconnaît l'Agence internationale de l'énergie.

Une «lubie du gouvernement Harper»

Selon l'écologiste Steven Guilbeault, d'Équiterre, le projet Boundary Dam est loin d'être un bon investissement pour le climat.

«Ça continue de nous enfermer dans une logique de dépendance aux combustibles fossiles, dit-il. Si tout va bien, peut-être que ça va permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais à quel prix? On parle de 1,3 milliard pour une unité de 110 mégawatts nets. C'est de la folie furieuse. À ce compte-là, on parle de 40 milliards pour couvrir toutes les centrales au charbon en Alberta.

«Pendant ce temps, qu'est-ce qu'on fait au Canada ou en Saskatchewan en termes d'efficacité énergétique? Rien, triple rien. Tous les programmes ont été abolis.»

Selon Juhi Lipponen, spécialiste de la question à l'Agence internationale de l'énergie, le coût élevé du projet Boundary Dam n'est pas surprenant et l'apport financier de l'industrie pétrolière est nécessaire.

«C'est la première fois qu'on a un projet comme celui-ci, alors c'est sûr qu'il coûte plus cher, dit-il. Il faut trouver des sources de revenus pour le financer. Les coûts devront ensuite baisser de beaucoup, tout le monde le reconnaît.»