Les radiofréquences sèment la bisbille en France, où les tribunaux ont récemment ordonné à plusieurs entreprises de retirer leurs antennes-relais, en raison de leur «danger potentiel».

François Cardinal LA PRESSE

Si les autorités se font rassurantes au Québec au sujet de l'impact des champs électromagnétiques, elles sont beaucoup plus divisées dans l'Hexagone, où le débat a pris des proportions surprenantes depuis quelques semaines.

 

Preuve du caractère explosif du débat, le gouvernement Sarkozy s'est senti obligé de calmer le jeu en organisant, le 23 avril prochain, un vaste sommet qui réunira scientifiques, associations, membres de l'industrie et élus.

Cette décision fait suite à trois jugements récents qui ont semé la consternation dans l'industrie de la téléphonie mobile. Le 4 février dernier, une cour d'appel a forcé Bouygues à démonter une antenne-relais dans le Rhône en raison d'un «trouble anormal de voisinage». Le 16 février, le tribunal d'instance de Carpentras a rendu une décision similaire en raison des «incertitudes», estimant qu'«il n'existe manifestement pas de consensus sur cette question sensible».

Puis, le 5 mars, le tribunal de grande instance d'Angers a invoqué le «principe de précaution» afin de bloquer l'érection de trois antennes-relais sur l'église du village de Notre-Dame-d'Alençon.

Il n'en fallait évidemment pas plus pour que les citoyens s'inquiètent... et que les autorités médicales se rebiffent.

Le 3 mars dernier, l'Académie nationale de médecine a ainsi publié une «mise au point» dans laquelle elle s'inquiète des dérapages des juges, qu'elle met «en garde contre une interprétation subjective du principe de précaution».

Selon l'Académie, «on ne connaît aucun mécanisme par lequel les champs électromagnétiques dans cette gamme d'énergie et de fréquence pourraient avoir un effet négatif sur la santé».

Les antennes de téléphonie mobile, précise l'Académie, entraînent une exposition aux champs électromagnétiques de 100 à 100 000 fois plus faible que les téléphones portables. Pourquoi, dans ce cas, avoir donné tant de crédit au «ressenti» des victimes potentielles? se demande-t-elle.

«La prééminence du ressenti du plaignant, ajoute-t-on, si elle fait jurisprudence, remet en cause les fondements mêmes de l'expertise scientifique et médicale. (...) Une telle utilisation dévoyée du principe de précaution risque de conduire à une quête illusoire du risque zéro, source d'erreurs, de retards et de dysfonctionnements du système de santé.»

Qu'à cela ne tienne, les organisations de citoyens opposées aux antennes-relais sont de plus en plus nombreuses en France. D'autant plus que certains médecins et biologistes ont choisi de se ranger de leur côté.

Lundi dernier, un groupe de scientifiques a profité d'un colloque sur l'enjeu sanitaire des technologies sans fil pour tirer la sonnette d'alarme. Quatre médecins, dont deux cancérologues, ont affirmé qu'il est urgent d'agir pour éviter «un problème de santé publique majeur». Ils ont fait état d'«un nombre croissant de malades devenus intolérants aux champs électromagnétiques» et précisent qu'«on ne peut exclure chez eux l'évolution vers une maladie dégénérative du système nerveux, voire certains cancers».

Plus encore, les opposants aux antennes s'appuient sur un rapport appelé BioInitiative, produit en 2007 par un collectif international de 14 scientifiques. On y fait plusieurs constats et recommandations destinés à contrer la possible dangerosité des champs électromagnétiques.