La pétrolière Syncrude est accusée d'avoir déversé illégalement des matières toxiques dans ses immenses bassins d'eau, causant ainsi la mort de quelque 500 oiseaux à Fort McMurray, l'an dernier.

François Cardinal LA PRESSE

Neuf mois après l'incident très médiatisé, en avril 2008, Environnement Canada annonce finalement qu'elle traîne la pétrolière devant les tribunaux en vertu de la loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs.

L'entreprise est ainsi passible d'une amende pouvant atteindre 300 000$.Selon le gouvernement fédéral, Syncrude Canada a «supposément rejeté ou permis de rejeter une substance nocive pour les oiseaux migrateurs dans les eaux d'un secteur fréquenté par ceux-ci», dans le nord de l'Alberta.

«Il s'agit du plus important cas signalé d'oiseaux souillés par les hydrocarbures dans la région des sables bitumineux», précise-t-on, à la suite d'une enquête menée par des agents d'Environnement Canada et du gouvernement albertain.

Le 28 avril dernier, quelque 500 sauvagines ont trouvé la mort en se posant sur les bassins de décantation de l'entreprise (appelés tailing ponds), où sont envoyées les grandes quantités d'eau qu'elle consomme chaque jour pour extraire le pétrole du bitume.

Des lacs artificiels contenant 1,8 milliard de litres d'eaux usées

Selon l'Institut Pembina, les pétrolières des gisements bitumineux de l'Alberta produisent chaque jour environ 1,8 milliard de litres d'eaux usées, qui sont ensuite stockées dans des lacs artificiels créés à cette fin. Les pétrolières ont l'obligation de conserver sur leur site chaque goutte d'eau utilisée.

Les accusations portées par le gouvernement sont étonnantes, car elles portent sur le déversement de produits toxiques, plutôt que sur la mort des oiseaux comme telle. Or il est bien connu que ces bassins de décantation contiennent déjà des centaines d'ingrédients toxiques, allant de l'arsenic au mercure, en passant par le xylène et le benzène.

Le liquide contenu dans ces bassins est si nocif, en fait, que les nombreux canons à blanc qui les entourent se font entendre presque chaque minute. Cela empêche les oiseaux de se poser sur les boues toxiques.

Lors du passage de La Presse sur les terrains de Syncrude, le printemps dernier, l'entreprise a précisé que ses canons de propane ne fonctionnaient pas le jour de l'incident.

Ces accusations relancent le débat entourant l'existence de ces immenses bassins jouxtant chacune des installations pétrolières dans les sables bitumineux de l'Alberta. Au total, ils couvrent une superficie totale de 130 km2, soit l'équivalent de la moitié de l'île de Laval.

Pour avoir une idée de l'étendue de ces bassins, notons que les barrages qui les entourent rivalisent de volume avec ceux construits dans le nord du Québec. On retrouve même, sur le terrain de Syncrude, le plus gros barrage au monde en volume, selon le département américain de l'Intérieur. Seul le barrage chinois des Trois-Gorges sera plus gros, lorsqu'il sera mis en service cette année.

Les groupes autochtones et environnementaux accusent les autorités de ne rien faire devant ce problème qui prend de l'ampleur chaque jour. Greenpeace estime que les oiseaux tués chaque année dans ces boues toxiques se comptent par centaines.

Le débat sur la santé publique est relancé

Aux craintes liées aux oiseaux s'ajoutent celles qui pèsent sur la santé publique. Plusieurs scientifiques et organismes affirment en effet que les liquides toxiques contenus dans les bassins de décantation s'écoulent vers la rivière Athabaska, où, en se dispersant, ils provoquent des cas de cancer et de leucémies dans les communautés avoisinantes.

Syncrude est attendue devant le tribunal provincial de Fort McMurray le 25 mars prochain.