Source ID:db7e8235-ab4f-4dfa-9b1c-5ebf44042ffa; App Source:alfamedia

Netflix et le grand écran peuvent-ils cohabiter?

Mario Fortin... (Photo André Pichette, Archives La Presse)

Agrandir

Mario Fortin

Photo André Pichette, Archives La Presse

À la Mostra de Venise, le producteur de Roma, David Linde, a déclaré qu'il en était venu à une entente avec Netflix pour assurer une distribution en salle du film d'Alfonso Cuarón, simultanément à sa présence sur la plateforme. Cette forme de distribution hybride, dont les détails n'ont pas été révélés, remettrait évidemment en cause le fonctionnement d'une industrie dont le modèle reste le même depuis des décennies. Un schisme existe entre ceux qui tiennent au statu quo et ceux qui, au contraire, estiment la transformation inévitable.

Mario Fortin

Le président du Cinéma Beaubien administre aussi le Cinéma du Parc et le Cinéma du Musée, à Montréal. Il est également le vice-président de la Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai. Sa position, très ferme, rejoint celle des différentes associations de cinémas d'art et d'essai de par le monde.

«On m'a offert de présenter Roma dans l'une de mes salles, mais j'ai refusé. Tant que Netflix - ou n'importe qui - proposera une sortie simultanée sur une plateforme et dans les salles, il m'est impossible d'accepter une proposition comme celle-là. Leur ouvrir la porte donnerait lieu à un combat inégal dont on ne pourrait sortir gagnants. On perdrait beaucoup de spectateurs. Les salles doivent garder l'exclusivité d'un film. Amazon Studios respecte les règles et ça fonctionne bien. Pourquoi pas Netflix?»

Vincent Guzzo

Le président de l'Association des propriétaires de salles de cinéma a longtemps vu Netflix comme une plateforme où aboutissent des productions de deuxième ordre, indignes d'une sortie en salle, mais l'arrivée de films Netflix de grande qualité ne lui fait pas changer son point de vue.

«Il n'est pas question d'adoucir notre position. Mettre en marché un film, ça coûte cher. Tenir des salles de bonne qualité entraîne aussi beaucoup de frais. Si Netflix m'offre l'année prochaine de présenter The Irishman [le prochain film de Martin Scorsese] en respectant l'exclusivité de la projection en salle pendant 90 jours, qui est la règle, je n'ai aucun problème avec ça. On accepte même, exceptionnellement, de réduire la fenêtre d'une quinzaine de jours parfois, mais il faut quand même que les exploitants puissent avoir l'exclusivité d'un film pendant un moment. Si ce n'est pas le cas, même si c'est un film de Scorsese, il n'est pas question de le présenter chez nous.»

Andrew Noble

Le président du Regroupement des distributeurs indépendants de films du Québec est en tous points solidaire avec les exploitants.

«Je trouve extrêmement triste le cas de Roma. C'est un film qui devrait être vu sur grand écran, mais Netflix en a acquis tous les droits. La vocation d'une salle de cinéma est d'offrir un divertissement exclusif. Si tu proposes un film qui est diffusé en même temps sur une plateforme, qui va vouloir payer pour aller le voir dans une salle ? C'est pour cette raison que les différentes fenêtres d'exploitation existent. Sans elles, il n'y a plus aucune raison de garder des salles de cinéma, car l'écosystème entier ne peut pas survivre sans exclusivité.»

Marcel Jean

Si Netflix lui offrait de présenter Roma au mois de décembre, le directeur général de la Cinémathèque québécoise le mettrait à l'affiche sans aucune hésitation.

«Depuis plus de deux ans, la Cinémathèque propose aussi des nouveautés, principalement des documentaires québécois et des films de fiction indépendants québécois et étrangers, et ce, même si ces films-là ont déjà été diffusés à la télé. On n'arrivera pas à faire fermer Netflix, personne. J'ai beaucoup de sympathie pour les exploitants et les distributeurs, mais je crois que leur combat est perdu. Nous évoluons maintenant dans un monde où il faut penser différemment, car tout le modèle traditionnel est mis à mal. On arrive à un moment de l'histoire où il faut se poser des questions, cesser d'avoir des certitudes et des préjugés, et se dire qu'il va falloir s'adapter. Je pense que le bras de fer qui a lieu actuellement va se jouer dans les 18 ou 24 prochains mois, et la situation ne pourra rester telle quelle, y compris par rapport au Festival de Cannes.»

L'avis d'une cinéphile milléniale *

«J'aime bien aller au cinéma, mais si les salles de cinéma disparaissaient demain, je ne serais pas inconsolable. Selon moi, il ne faut pas voir Netflix comme un ennemi, mais d'abord et avant tout comme un allié. Ce service permet, entre autres, à des films "pointus" d'être accessibles à énormément de personnes. Il faut voir cela comme un avantage. L'exemple le plus flagrant demeure celui du film hongrois On Body and Soul, lauréat de l'Ours d'or à Berlin en 2017, acheté par Netflix. Aurait-il été aussi accessible s'il était sorti en salle ? Serait-il même sorti en salle ? À mon avis, il est légitime de se poser cette question. Certes, il peut facilement se perdre dans le catalogue Netflix, mais je crois que les cinéphiles vont se donner la peine de chercher. Peut-être pas les autres utilisateurs, mais, de toute façon, qui serait allé voir ce film au cinéma ? Bref, cela ne me dérange aucunement qu'un film comme Roma ne sorte jamais en salle. Il sera sur Netflix, je vais pouvoir le regarder. C'est tout ce qui compte.» - Isabelle Descoteaux, Montréal

L'avis d'un cinéphile millénial *

«En tant que cinéphile millénial, je réfléchis constamment sur la relation entre le cinéma et Netflix. Je comprends très bien l'utilité des plateformes en ligne, mais je considère que l'expérience en salle est essentielle à la survie du cinéma. Il est certain que l'arrivée d'un film comme Roma sur Netflix est encourageante. Cela peut démocratiser une oeuvre qui aurait autrement eu droit à une diffusion plus anonyme. Toutefois, j'aurais bien aimé avoir l'occasion de voir Roma en salle. Le cinéma, en tant que lieu, est une expérience à part entière. Au-delà de la grandeur de l'écran et de la qualité du son qui rendent les oeuvres immersives, c'est un endroit d'échanges. La salle est un écosystème vivant qui vibre au gré des spectateurs. C'est un lieu de rencontres entre les spectateurs et le film, mais aussi entre les spectateurs entre eux. À mes yeux, c'est la somme de ces relations qui, amplifiant l'émotion des films, est la nature même du cinéma.» - Pierre-Luc Racine, Boucherville

_______________________________________________________________________________

* Après un appel lancé sur les réseaux sociaux, où l'option de la sortie simultanée sur Netflix et dans une salle de cinéma fait presque l'unanimité, nous avons sélectionné deux points de vue de cinéphiles milléniaux qui résument bien la question.




À découvrir sur LaPresse.ca

la boite: 1977421:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Cinéma

Tous les plus populaires de la section Cinéma
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer