Marc-André Lussier LA PRESSE

Dans un journal spécialisé américain, on écrivait récemment qu'Indiana Jones allait bientôt affronter l'adversaire le plus redoutable de sa carrière: la faune cannoise. Il est vrai que les superproductions hollywoodiennes ont rarement la vie facile ici. Il y a deux ans, The Da Vinci Code s'était pratiquement fait tailler en pièces.

Quand La Presse a demandé à Harrison Ford comment il entrevoyait la présentation, hors concours, du nouveau chapitre des aventures d'Indiana Jones à Cannes, la réponse est venue très rapidement: «J'attends simplement que ce train se mette enfin en marche!»

Dans une pièce située au septième étage de l'Hôtel Carlton, Harrison Ford, George Lucas et quelques acteurs du film (Cate Blanchett, Shia LaBeouf et Karen Allen) rencontraient hier quelques journalistes nord-américains, à la veille de la grande première mondiale d'Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull au Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals. D'ailleurs, il n'y en aura que pour le célèbre archéologue aujourd'hui à Cannes. Les autres événements se sont gentiment tassés pour lui laisser la place.

Harrison Ford regarde tout cela d'un oeil amusé, pleinement conscient des enjeux et des attentes liés au retour d'un personnage aussi célèbre après 19 ans d'absence.

«Même si le dernier film que nous avons fait avec Indiana date de 1989, les trois premiers épisodes poursuivent leur vie et continuent toujours autant de plaire au public. Avec ce quatrième opus, le public plus jeune, celui qui n'a jamais vu les films en salle, pourra enfin vivre de façon viscérale cette expérience qui consiste à voir un film d'Indy dans une grande salle avec du gros son et un public. Je suis ravi de faire partie de ça!»

Très élégant dans un complet classique, Harrison Ford affichait une belle confiance, de même qu'une attitude beaucoup plus enjouée que celle qu'il emprunte habituellement dans ce genre d'exercice.

«Je suis confiant, car je crois que nous avons entre les mains un produit d'aussi bonne qualité que les épisodes précédents.»

Il explique justement l'absence de la franchise sur les écrans pendant près d'une vingtaine d'années par cette obligation de qualité. Bien qu'il ait lui-même d'abord proposé à ses potes George Lucas et Steven Spielberg de ramener Indiana Jones à l'écran, il a quand même fallu dix ans avant que le projet d'un quatrième chapitre ne se concrétise. La première idée de George Lucas, qui évoquait une histoire dans laquelle des extra-terrestres étaient impliqués, fut en outre rejetée par les deux autres.

«Ce fut un processus très compliqué, explique Ford. Comme nous travaillons en collégialité, il était impératif que nous trouvions une idée qui pouvait nous enthousiasmer tous les trois. Ça a été long, mais nous y sommes arrivés. Et ce fut un grand plaisir que de retrouver ce personnage, d'autant que j'ai la chance d'être associé à des créateurs très intelligents, parmi les meilleurs au monde!»

La question de l'âge

Le rôle d'Indiana Jones comportant de nombreuses prouesses physiques, la question de l'âge de l'acteur a évidemment suscité beaucoup de débats chez les observateurs. Quand un journaliste torontois demande à Harrison Ford si le facteur de l'âge a déjà été pris en considération, l'acteur a sorti de son arsenal un sourire narquois que n'aurait certes pas renié Indy.

«Nous n'avons jamais pris mon âge en considération, a-t-il dit. Nous l'avons tout simplement ignoré! Oui Indiana a maintenant un peu plus de cheveux gris mais l'histoire se passe aussi vingt ans après la fin du dernier épisode! L'âge a ses vertus et aussi ses désavantages. Cela dit, nous avons tenu compte de cette réalité. Et nous avons aussi tenu compte du passage des années. L'intrigue se déroulant en 1957, une époque intéressante marquée par la crainte du communisme plutôt que de celle du nazisme, cet homme a forcément vieilli de vingt ans lui aussi. Et comme Brad Pitt n'aurait pas été crédible dans le rôle, on m'a gardé...»

Aussi, aucun artisan n'a voulu commenter la rumeur selon laquelle Shia Labeouf interpréterait le fils d'Indiana Jones. Et pourrait ainsi assurer la pérennité de la franchise.

«Il ne serait pas question de faire un film d'Indiana Jones sans Harrison Ford, déclarait de son côté George Lucas. D'ailleurs aucune discussion n'a eu lieu entre Steven, Harrison et moi à propos d'un éventuel cinquième épisode. Considérant le temps qu'il a fallu pour mettre sur pied le quatrième, je doute que cela soit envisageable dans un avenir prochain!»

«Évidemment, moi j'ai tout appris à Shia de l'art dramatique!», conclut Harrison, pince-sans-rire.

Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull est présenté en grande première aujourd'hui au Festival de Cannes. Il prend l'affiche en Amérique du Nord jeudi. Notre critique sera mise en ligne demain sur moncinema.ca.