Lancé l'an dernier au Festival de Cannes, The Man Who Killed Don Quixote fera l'objet de séances exceptionnelles aujourd'hui dans quelques salles au Canada, dont deux à Montréal. Même s'il a mis plus de 20 ans d'efforts pour faire exister ce film «maudit», Terry Gilliam n'en a pas perdu son sens de l'humour pour autant. Après les mentions au générique des (nombreuses) sociétés de production ayant participé au film, le réalisateur de Brazil insère un panneau en forme de clin d'oeil: «Et maintenant, après plus de 25 ans à le faire et à le défaire...» Retour sur cinq étapes marquantes du projet le plus «cauchemardesque» de l'histoire du cinéma.

MARC-ANDRÉ LUSSIER LA PRESSE

Septembre 2000

Terry Gilliam peut enfin amorcer en Espagne le tournage d'un film qui alimente ses fantasmes depuis maintenant 11 ans. Il en confie le rôle principal à Jean Rochefort. Pour l'occasion, l'acteur français apprend l'anglais pendant sept mois avant de gagner la production. Johnny Depp lui donne la réplique, tout comme Vanessa Paradis. Le son des avions environnants vient toutefois interrompre les prises de vue. Une inondation importante vient gâcher le matériel et le décor dès le deuxième jour du tournage. Et Jean Rochefort va mal. Fin octobre, la production apprend que l'acteur souffre d'une double hernie discale et doit abandonner le rôle. Le tournage est interrompu.

Lost in la Mancha (2002)

Un fascinant documentaire, réalisé par Keith Fulton et Louis Pepe, relate les péripéties de la production de The Man Who Killed Don Quixote. D'après ce que raconte Terry Gilliam dans son autobiographie Gilliamesque, les documentaristes on dû tourner des prises à l'intérieur de leur véhicule le jour de l'inondation du plateau et souhaitaient déjà remballer leurs affaires. «Continuez à tourner, putain! leur ai-je crié du fond de mon désespoir. Vous n'aurez peut-être pas un film sur la fabrication d'un film, mais vous en aurez peut-être un sur sa non-fabrication. Et ça risque d'être encore plus intéressant!»

PHOTO FOURNIE PAR IFC FILMS

Septembre 2000. Jean Rochefort dans le documentaire Lost in La Mancha.

2013-2015

Plus de 13 ans après la première tentative, et les autres qui ont suivi, Terry Gilliam déclare au Hollywood Reporter son désir de remettre le projet sur les rails. «Cette tumeur est là depuis trop longtemps, je dois l'extirper, déclare-t-il. Je ne sais même pas si ça pourra faire un bon film, je veux juste m'en débarrasser!» Le rôle de Don Quixote est offert à l'acteur britannique John Hurt. Les studios Amazon manifestent leur intérêt sur le plan de la production, mais, en 2015, alors que le tournage n'est pas encore commencé, John Hurt reçoit un diagnostic de cancer du pancréas. Il mourra en 2017.

Mai 2017

Alors que les caméras roulent depuis maintenant deux mois, une nouvelle tuile s'abat sur la production : le tournage est déclaré «illégal» sur ordre d'une décision judiciaire orchestrée par la société française Alfama Films, dirigée par le producteur Paulo Branco. Impliquée au moment de l'annonce de la remise en chantier du projet l'année précédente, l'entreprise souhaitait reporter le tournage de quelques mois afin de garantir des fonds. Elle accuse maintenant le cinéaste de travailler dans son dos, de manière clandestine.

PHOTO STEPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Plus de 13 ans après la première tentative, et les autres qui ont suivi, Terry Gilliam déclare au Hollywood Reporter son désir de remettre le projet sur les rails.

19 mai 2018

The Man Who Killed Don Quixote est enfin montré au cours de la soirée de clôture du Festival de Cannes. La justice française a en effet autorisé la projection de ce film dont le producteur souhaitait reporter la sortie. Rêvé pendant plus de deux décennies par son auteur, au détour de neuf tentatives de production, le long métrage, dont les têtes d'affiche sont Jonathan Pryce, Adam Driver et Olga Kurylenko, reçoit un accueil mitigé, même si la persévérance du cinéaste force l'admiration. Cette comédie baroque comporte ses morceaux de bravoure, mais l'atmosphère continuellement bordélique et l'esprit de démesure totale incitent tous les artisans à forcer la note. En adaptant très librement le roman classique de Miguel de Cervantes, Gilliam propose une fable sur les «vieux fous», ceux-là même qui ne peuvent survivre que dans la fantaisie, quitte à se battre envers et contre tous. Le réalisateur de Twelve Monkeys aurait voulu faire une allégorie de sa propre vie qu'il n'aurait pu mieux trouver.

PHOTO FOURNIE PAR OCÉAN FILMS

Mai 2017. Jonathan Pryce et Adam Driver dans The Man Who Killed Don Quixote, un film de Terry Gilliam.

The Man Who Killed Don Quixote

PHOTO ARTHUR MOLA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

19 mai 2018. Terry Gilliam a lancé The Man Who Killed Don Quixote au Festival de Cannes l'an dernier.

Présenté aujourd'hui seulement au Quartier latin et au Cavendish Mall, en version originale anglaise.