Design et gadgets (maintenant, il est impératif de pouvoir brancher votre iPod) sont les valeurs phares de la production actuelle. Je n'ai rien contre. Vous non plus? La CR-Z de Honda a un charme fou. On craque pour sa ligne, pas forcément pour sa motorisation hybride. Et la Nissan Juke, vraiment originale. Mais les vents et les modes n'y pourront rien changer: c'est sous le capot que bat le coeur de toute voiture. Après tout, c'est le moteur qui permet à une voiture d'avancer. Il serait sot de séparer la population automobile en deux camps: partisans de la forme et de la ligne d'un côté, défenseurs du fond et du contenu de l'autre. Surtout quand nous pouvons avoir fromage et desserts! Une voiture de styliste n'est pas forcément décevante au volant ni une voiture d'ingénieur forcément austère. Mais pour qui aime conduire, il n'est pas de voiture réussie sans un moteur de talent.

Éric LeFrançois, collaboration spéciale
Éric LeFrançois, collaboration spéciale LA PRESSE

Si les prix galopants des carburants ont remis les moteurs d'actualité, c'est uniquement sous l'angle de la sobriété.

D'accord, la vitesse est passée de mode et la consommation pèse sur les budgets, mais un moteur ne se limite pas à ça.

C'est le coeur de la voiture, celui qui conditionne largement l'agrément de conduite et la performance utile, celle qui fait gagner de précieuses secondes en dépassement. Sans oublier que par son architecture (en ligne, à plat, en V ou en W), sa compacité ou son implantation (transversale, longitudinale, à l'avant ou à l'arrière), il influe directement sur la conception d'une voiture (design, habitabilité, sécurité, etc.).

Juste pour cela, le moteur mérite qu'on s'y intéresse. Pourtant, très peu de gens s'y arrêtent. Par exemple, qui connaît le prix Wards décerné annuellement aux meilleurs moteurs de l'industrie?

On connaît tous les stars actuelles du design: les frères Callum, Peter Horbury, Jean-Pierre Ploué et Peter Schreyer, mais aucun motoriste. Pourtant, n'ont-ils pas eux aussi une histoire à raconter?

C'est grâce au génie de ces motoristes que nous réalisons plus ou moins que nos voitures prennent sans cesse du poids. Les moteurs gagnent en puissance tout en consommant moins, en polluant moins. Il nous paraît aujourd'hui normal de rouler plus entre chaque révision. On ne s'étonne plus qu'un moteur à essence dépasse les 200 000 km, alors que ce genre d'exploit était jadis réservé aux diesels agricoles. Qui remarque que les moteurs sont toujours plus légers, plus compacts et qu'ils doivent supporter des équipements gourmands en énergie?

La tâche n'est pas facile. Aucun organe automobile ne supporte autant de contraintes. Ce qui explique que le moteur bénéficie sans cesse des derniers progrès technologiques: distribution variable, injection directe, suralimentation, rampe commune, désactivation des cylindres, juxtaposition d'un moteur électrique, etc.

Nous sommes ingrats. Nous trouvons de l'audace au galbe d'une aile, de la subtilité à un porte-gobelets. Et nous oublions (trop) souvent ce que l'automobile doit à ses motoristes: l'essentiel des progrès qu'elle a accompli en cette dernière décennie. Juste pour ça, vous devriez soulever le capot de votre voiture. C'est vrai, il n'y a rien à voir. Les stylistes sont déjà passés par là. C'est plus beau, qu'ils disent.

Sur la route

L'Auto profitera du passage de la nouvelle Mitsubishi iMiev (un véhicule 100% électrique), qui poursuit sa traversée du Canada, pour effectuer un galop d'essai. Par la suite, nous partirons en Russie où s'ouvre cette semaine le salon automobile de Moscou.

Photo fournie par Mitsubishi

Le iMiev.