M. Ghosn, qui présidait lui-même depuis trois ans les opérations nord-américaines de Nissan, va déléguer cette fonction à Hiroto Saikawa, jusqu'à présent responsable des achats et de l'Europe.

Roland de Courson

M. Ghosn, qui présidait lui-même depuis trois ans les opérations nord-américaines de Nissan, va déléguer cette fonction à Hiroto Saikawa, jusqu'à présent responsable des achats et de l'Europe.

M. Saikawa hérite de la lourde responsabilité de reprendre pied sur le marché-clé que représente les États-Unis, où les performances commerciales de Nissan s'avèrent nettement plus mauvaises que prévu ces derniers mois.

Superviser l'Amérique du Nord «prenait beaucoup de temps à M. Ghosn. Chaque mois, il devait passer environ une semaine aux États-Unis», a expliqué lors d'une conférence de presse le vice-président de Nissan Hitoshi Kawaguchi.

En abandonnant cette responsabilité, le PDG «libérera beaucoup de son temps pour s'occuper de la direction de l'ensemble de la compagnie», a-t-il ajouté.

Du coup, M. Ghosn s'occupera désormais personnellement des finances de Nissan, une tâche jusqu'ici dévolue au directeur des opérations Toshiyuki Shiga.

M. Shiga perd également ses fonctions de patron des opérations de Nissan à l'étranger hors Amériques et Europe. Il s'occupera désormais uniquement des opérations au Japon, autre source de préoccupation pour le constructeur en raison de l'extrême saturation du marché automobile local.

Le constructeur a cependant nié que M. Shiga, qui reste officiellement le numéro deux de Nissan, ait subi une quelconque disgrâce.

«Plus nous sommes mondialisés, et plus nous devons être sûrs que notre base au Japon est solide. Le fait que M. Shiga se concentre désormais sur le Japon ne veut donc pas dire qu'il perdra des responsabilités», a assuré M. Kawaguchi.

Depuis 2005, Carlos Ghosn est à la fois le patron de Nissan et celui de son allié français Renault. Il s'était alors engagé à consacrer autant de son temps à chacun des deux constructeurs, une promesse qui tient toujours, a précisé le vice-président et porte-parole de Nissan, Simon Sproule.

«Sa répartition du temps entre les deux entreprises reste de 50-50 sur une base annuelle moyenne», a affirmé M. Sproule.

Mais cette «double casquette» est depuis quelque temps critiquée par la presse nippone et par certains analystes, qui voient dans cette dispersion une des causes des problèmes de l'entreprise.

Au total, Nissan a annoncé vingt nouvelles nominations vendredi et promu deux nouveaux membres à son comité exécutif, qui en comptera ainsi neuf.

Ce remaniement constitue le premier volet des mesures promises par M. Ghosn pour extraire Nissan de la «crise de performance» que traverse, selon lui, le groupe. D'autres décisions seront annoncées en avril.

Nissan a revu début février en baisse sa prévision de bénéfice net pour l'exercice 2006-2007 (avril-mars), ne tablant plus que sur 460 milliards de yens (4,6 milliards $ canadiens) alors qu'il prévoyait au départ 523 milliards de yens, ce qui aurait constitué le huitième profit annuel record d'affilée.

Le remaniement de la direction «vise à réduire les responsabilités de chacun pour que tous puissent se consacrer à améliorer, dans leur domaine respectif, les performances de l'entreprise», a estimé Kunihiko Shiohara, analyste chez Goldman Sachs.

Mais selon lui, «Nissan a besoin de choses plus essentielles pour revigorer ses performances. Il doit par exemple étoffer son catalogue de produits, rehausser son niveau technologique et accroître l'efficacité de sa division commerciale».