Symbole de liberté, d'indépendance et de pouvoir, l'automobile? Il y a 30, 40 ou 50 ans peut être, mais plus aujourd'hui. Plus de la même façon. À la faveur d'une prise de conscience collective à l'égard de l'environnement, de la sécurité, de nos ressources naturelles, l'automobile ne sera jamais plus la même pour les puristes. Mais pour survivre, a-t-elle d'autres choix que de se réinventer, de se redéfinir?

Éric Lefrançois
Éric Lefrançois COLLABORATION SPéCIALE

Symbole de liberté, d'indépendance et de pouvoir, l'automobile? Il y a 30, 40 ou 50 ans peut être, mais plus aujourd'hui. Plus de la même façon. À la faveur d'une prise de conscience collective à l'égard de l'environnement, de la sécurité, de nos ressources naturelles, l'automobile ne sera jamais plus la même pour les puristes. Mais pour survivre, a-t-elle d'autres choix que de se réinventer, de se redéfinir?

Dans un pays gigantesque comme le nôtre, où tout a été conçu pour elle et avec elle, l'automobile demeurera un moyen de locomotion indispensable. Pour combien d'années encore? Ne soyons pas pessimistes. L'automobile s'est avérée à ce jour l'objet le plus évolutif de tous les temps. C'est pourquoi elle est ici pour rester. Au minimum comme un instrument complémentaire à nos déplacements; au mieux comme un objet d'art.

Les distances parcourues chaque jour, par les voitures individuelles, sont en constante augmentation. Pas juste au Québec, partout ailleurs sur ce continent. En effet, de plus en plus de familles délaissent les banlieues situées en périphérie des grandes villes au profit de municipalités encore plus éloignées. Ce n'est pas pour le plaisir d'accumuler plus de kilomètres au volant ou pour polluer un peu plus les coins reculés du pays que ces familles s'exilent. Parfois, elles n'ont pas le choix et l'automobile ne fait ici que contribuer à rendre possible ce rêve de propriété, de nature ou encore de grands espaces. Pourquoi pointer du doigt l'auto et non les promoteurs immobiliers ou la politique de certains élus? Même chose pour les gaz à effet de serre. L'auto a bon dos. Pourtant, n'a-t-on pas indiqué, il y a quelques jours, que les pétrolières de l'Est de Montréal étaient les principaux responsables des émissions?

L'histoire d'amour entre les Québécois et leur voiture traverse une crise. La passion qui nous animait autrefois semble céder le pas à un rapport plus mature. Les hausses successives du prix du carburant et des coûts d'entretien, la baisse du pouvoir d'achat et la mondialisation aidant, les Québécois sont en passe de devenir des automobilistes rationnels. Ne préférons-nous pas notre auto en fonction de son prix, de sa consommation, de son équipement intérieur (nous passons de plus en plus d'heures à bord) plutôt que pour ses performances, ses qualités dynamiques?

L'automobile ne fait plus rêver. Du moins, plus de la même manière. Aujourd'hui, l'automobile est avant tout «un art de vivre» où la beauté et le style sont les principaux instruments de vente. Dommage, j'aimais bien le temps où l'on pouvait contempler des heures durant la complexité d'un V12 Jaguar ou la rigueur d'assemblage d'un moteur Mercedes. C'est révolu, aujourd'hui, les moteurs se cachent et le son qu'ils émettent est en partie artificiel. Autre époque. Allez, ne soyons pas nostalgiques!

L'auto s'adapte à son nouvel environnement, aux nouvelles contraintes qui lui sont imposées. À nous de réévaluer le statut qu'elle doit occuper dans nos vies. Difficile? Certains élus et groupes de pression s'offrent de nous aider et veillent à réduire le nombre et l'accessibilité des places de stationnement, s'opposent à toutes modifications du réseau routier pour préserver la densité de la circulation à son niveau actuel, c'est-à-dire inacceptable, et demain ce sera au tour des centres-villes de bannir l'auto.

Malgré les pressions environnementales, le prosélytisme sécuritaire et l'ajout de nouvelles taxes, bien peu d'automobilistes d'ici semblent prêts à troquer leur voiture contre des vélos, ou à prendre les transports en commun. Normal, l'automobile demeure le moyen offrant à ce jour la grande liberté.

Aurions-nous une foi absolue dans la technologie future qui nous promet «zéro émission polluante» pour la prochaine décennie, grâce à l'hydrogène? Non, c'est bien plus québécois que cela. Comme le disait une auditrice interviewée lors d'un journal radiophonique: «Comprenez que lorsque je sors du bureau pour entrer dans ma voiture, je quitte le travail pour ma radio et mes disques compacts: je suis chez moi.» Alors moins de voitures pour moins de pollution, oui...mais je garde la mienne, d'accord!

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