La toute nouvelle Diavel, c'est le morceau qui semble refuser de s'insérer dans l'une des cases existantes. Pour cette raison, la dernière-née de Ducati fait couler beaucoup d'encre et génère de fortes et nombreuses réactions. Mais qu'est-elle donc exactement?

Bertrand Gahel, collaboration spéciale LA PRESSE

C'est presque à l'unanimité que les publications spécialisées, tant électroniques qu'imprimées, l'ont qualifiée en grande pompe de «premier custom de Ducati», une catégorisation surtout basée sur le très large pneu arrière dont la mesure est de 240 mm. S'il est vrai que ces larges pneus ont dernièrement été vus et utilisés sur certaines customs, le fait est que la Diavel est tout sauf un custom et que ces publications se sont toutes trompées.

Personnellement, je ne me souviens pas avoir été témoin d'une telle confusion à propos de la nature d'un modèle. Chez Ducati, lorsque la question est posée directement et avec insistance, on n'a d'autre choix que de répondre que la Diavel n'est effectivement pas une custom. Malgré cela, aucun effort n'est déployé par le constructeur italien pour rectifier la perception. Après tout, même si leur nombre est en baisse, les amateurs de customs forment toujours le plus grand groupe de motocyclistes: on n'ira tout de même pas leur dire de regarder ailleurs...

La question demeure donc entière: qu'est-ce que la Diavel si ce n'est pas un custom? Une standard musclée, voilà ce qu'elle est, ou une "Muscle naked". Il s'agit d'une désignation que j'ai lancée aux gens de Ducati à l'occasion de la présentation du modèle à Los Angeles, et avec laquelle ils ont discrètement avoué être d'accord. Justement, d'ailleurs, et c'est très probablement là l'une des sources majeures de la confusion entourant la Diavel et sa nature, il existe un lien entre la nouveauté Ducati et un custom comme la Harley-Davidson Night Rod Special, ou encore la VMAX de Yamaha, que beaucoup considèrent - à tort - comme une custom. Ce lien, c'est le thème "Muscle", comme dans "Muscle car". Dans tous les cas nommés plus tôt, on a affaire à des "Muscle bikes", une définition que chacune de ces motos, dont clairement la Diavel, respecte autant par son niveau de performances que par sa ligne très distinctive.

Et l'Oscar va à...

J'ai la chance d'évaluer les plus récentes et les plus aguichantes motos sur le marché, et plusieurs font évidemment tourner les têtes. Mais l'Oscar à ce sujet revient sans le moindre doute à la Diavel. Jamais je n'ai tant senti les regards me suivre, jamais je n'ai tant vu de doigts pointés dans ma direction. Ne serait-ce que pour cette raison, les motocyclistes friands de ce genre d'attention devraient décidément l'envisager. Cela dit, la Diavel a bien plus à offrir qu'une ligne fascinante.

Comme une VMAX ou une V-Rod le font à leur façon, la Diavel offre une expérience de pilotage unique. Étant construite à partir d'éléments retrouvés sur les sportives pures de la marque, la Diavel propose une masse étonnamment faible. Plutôt longue, elle possède une selle inhabituellement basse, ce qui laisse un peu l'impression d'être aux commandes d'une moto d'accélération, un thème que le large pneu arrière - qui n'a pas trop d'effets négatifs sur la conduite - endosse d'ailleurs à merveille. Le thème du "dragster" gagne également en crédibilité dès que la poignée des gaz est ouverte, puisque «sous le capot» (si l'on peut employer l'expression ici) de la Diavel se trouve rien de moins qu'un furieux V-Twin de 162 chevaux emprunté à la sportive 1198. La combinaison de toute cette puissance à la nature basse et allongée de la Diavel se traduit par une très impressionnante poussée vers l'avant. La forme creusée de la selle fixe le pilote en place en pleine accélération, un exercice accompagné d'une série de bruits carrément exotiques qu'on n'a normalement le plaisir d'écouter qu'aux commandes des pur-sang que sont les sportives du constructeur italien.

Photo Brian J. Nelson, collaboration spéciale

La Ducati Diavel est l'une des motos les plus attendues de 2011 en raison de son design inhabituel.

Bardée d'électroniques avec ses freins ABS de série, son système de contrôle de traction et ses choix multiples de niveaux de puissance, dotée d'une gueule à faire trébucher les passants et assez performante pour donner pleine crédibilité au thème "Muscle" de sa ligne, la Diavel est décidément une pièce unique. Il s'agit de l'une de ces rares motos qui, sans égard au plaisir de pilotage qu'elle procure - ou pas - arrivent à générer un attrait presque magnétique, et ce, de la part des connaisseurs comme de celle des néophytes. Elle n'est pas la plus pratique des deux-roues, mais elle représente assurément l'un des plus particuliers et audacieux designs qu'on ait vus depuis longtemps.

Bertrand Gahel est l'auteur du Guide de la moto.

Les frais de ce reportage ont été payés par Ducati.

FICHE TECHNIQUE



Ducati Diavel

Prix: 18 995$ (Carbon: 20 995$)

Garantie: 2 ans/kilométrage illimité

Moteur: bicylindre en V DACT de 1198 cc refroidi par liquide

Transmission: 6 rapports

Poids: 210 kg (à sec)

Frein avant: 2 disques avec étriers à 4 pistons

Frein arrière: 1 disque avec étrier à 2 pistons

Pneu avant: 120/70-17

Pneu arrière: 240/45-17

Photo Brian J. Nelson, collaboration spéciale

Les créateurs de la marque italienne ont eu carte blanche pour créer la Ducati Diavel. Pour cette fois seulement, ils ont pu donner libre cours à leur imagination et faire fi des catégories existantes.