General Motors (GM) n’assemblera pas de véhicules électriques au Canada quand son usine d’Oshawa relancera sa production, mais il ne faut jamais dire jamais. Car le constructeur américain mise son avenir sur l’électrification, et voit plusieurs similitudes entre son approche et celle du Québec dans ce secteur.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

Quelques jours à peine après l’annonce de la réouverture de l’usine d’Oshawa, en Ontario, Mary Barra, PDG de GM, a fait une mise à jour sur ce virage : 30 nouveaux véhicules électriques seront commercialisés d’ici 2025 et la marque Cadillac deviendra entièrement électrifiée d’ici 2030.

« Nous misons tout sur l’électrique, commente David A. Paterson, vice-président de General Motors du Canada, à ce propos. L’industrie doit changer ses habitudes pour s’adapter à ce qui s’en vient. Nous avons réservé trois usines pour de nouveaux véhicules aux États-Unis, même si nous n’avons rien annoncé de ce côté pour Oshawa », dit-il.

L’investissement de GM au Canada se traduira par une présence à long terme au pays, et comme les véhicules à essence seront graduellement interdits de vente entre 2035 et 2040, on peut présumer que l’usine du sud de l’Ontario finira bien par assembler des véhicules électriques un jour, si on lit entre les lignes.

Le Québec, un leader canadien

On aurait demandé à un dirigeant de GM il y a deux ans ce qu’il pense de l’électrification des transports et on aurait certainement eu droit à un petit sourire en coin et beaucoup de cynisme. Comme quoi les temps changent, M. Paterson s’est montré très affable sur le sujet, particulièrement en ce qui concerne la stratégie du Québec dans ce créneau.

Le Québec est très intelligent dans son approche. Cibler un créneau spécialisé du marché, comme ceux des batteries et des véhicules commerciaux, est la bonne chose à faire. Ça permettra à la province de développer une expertise tout au long de la chaîne et, à terme, de devenir un leader mondial.

David A. Paterson, vice-président de General Motors du Canada

« C’est tout le contraire de l’approche canadienne : si le Canada veut conserver son industrie automobile, ça lui prend un fabricant de batteries de calibre mondial et le Québec pourrait devenir ce fabricant », ajoute-t-il.

Grâce à la recherche faite chez Hydro-Québec depuis plusieurs années, la province bénéficie déjà d’un certain atout dans le développement des véhicules électriques : la société d’État possède des brevets sur plusieurs éléments touchant à la propulsion électrique.

En incitant l’industrie minière à trouver les bons métaux pour fabriquer des batteries, puis en incitant les recycleurs à s’intéresser au marché émergent du recyclage de ces batteries, la province prend la bonne approche, croit le dirigeant de GM au Canada.

« En ce moment, c’est l’Asie qui mène dans ce marché. Nos batteries viennent de Corée et celles de Tesla viennent du Japon. Mais le reste de l’industrie n’a pas encore de stratégie d’approvisionnement, et ça laisse encore beaucoup de potentiel pour le Québec », dit-il.

Rendre l’électrique plus accessible

Ce potentiel ne se réalisera que si le Québec parvient à produire des batteries à coût raisonnable. Car la clé du succès pour les véhicules électriques est là : leur prix doit descendre. Et les automobilistes doivent pouvoir faire le plein rapidement, que ce soit à la maison ou ailleurs.

PHOTO GENE J. PUSKAR, ASSOCIATED PRESS

La Chevrolet Bolt est une voiture de bonne autonomie vendue à un prix relativement accessible.

General Motors a quelque peu tiré le tapis de sous les pieds de Tesla avec la Chevrolet Bolt, une voiture de bonne autonomie vendue à un prix relativement accessible qui a été mise en marché avant la Model 3. Mais c’est Tesla qui a l’avance dans le développement de ses batteries de prochaine génération et qui promet une durée de vie de 1,6 million de kilomètres pour bientôt.

Entre-temps, ses rivaux piétinent. La plupart sont encore à essayer de déterminer comment vendre des bornes de recharge pour la maison à leurs clients qui, sinon, doivent se brancher à une prise de courant domestique ou trouver un réseau public à proximité de la maison ou du bureau.

« La recharge est un autre défi pour l’industrie. Elle va le relever en temps et lieu », assure M. Paterson. Certains concessionnaires Chevrolet au Canada facilitent déjà l’achat d’une borne, même si c’est loin d’égaler l’offre de Tesla, qui compte une borne, une batterie murale et même des panneaux solaires au catalogue…

« Stay tuned », conclut le vice-président de General Motors du Canada.