Les voitures à moteur à hydrogène sont un rêve devenu réalité: tout ce qui sort de leur pot d'échappement, c'est de la vapeur d'eau. Mais pour produire cet hydrogène, présentement, il faudrait utiliser du gaz naturel ou de l'uranium ou, pire encore, du charbon. Dans tous ces cas, on produirait encore des gaz à effet de serre, ou on se retrouverait avec une myriade de centrales nucléaires.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault LA PRESSE

Cependant, un ingénieur de Virginia Tech, institution tristement célèbre depuis la fusillade qui s'y est produite l'an dernier, propose une solution. Percival Zhang planche depuis quelques années sur la production d'hydrogène à partir de l'amidon végétal. À la fin de l'an dernier, il a annoncé dans la revue Public Library of Science qu'il est enfin parvenu à ses fins.

Son réacteur de «biohydrogène» n'est pas encore prêt à alimenter les stations-service, cependant. «Pour la production d'hydrogène dans des sources stationnaires, comme des minicentrales électriques, il faudra augmenter la productivité de nos bactéries par 100», a expliqué l'ingénieur chimique en entrevue téléphonique. «Et pour les sources mobiles, comme les voitures, il faudra encore 10 à 100 fois d'amélioration.»

Car le grand espoir de M. Zhang est d'utiliser l'éthanol pour accélérer l'arrivée de l'«économie de l'hydrogène». «L'idée est de remplacer l'essence par un bouillon d'amidon, idéalement tiré des résidus agricoles et forestiers. Dans le réservoir de carburant des voitures, nos bactéries convertiraient ce bouillon en hydrogène, qui alimenterait le moteur. De cette manière, on n'aurait plus besoin de concevoir un nouveau réseau de distribution pour l'hydrogène gazeux, très volumineux, ou l'hydrogène liquide, qui doit être conservé sous haute pression. Le bouillon d'amidon pourrait être transporté par les mêmes pipelines et camions-citernes que maintenant, et stocké dans les mêmes réservoirs des stations-service.»

Les bactéries qu'utilise M. Zhang sont génétiquement modifiées. Elles contiennent 13 enzymes tirées de cinq organismes différents, allant de l'épinard au lapin, en passant par une levure et une bactérie. Chacune des enzymes fabrique un précurseur de l'hydrogène. La réaction fonctionne à des températures modérément hautes, de 50 à 80 degrés Celsius, typiquement ce que l'on retrouve dans un moteur d'automobile, selon l'ingénieur.

Avant de se lancer dans le biohydrogène, M. Zhang travaillait sur l'éthanol cellulosique - produit à partir de résidus agricoles ou forestiers, pour éviter d'entrer en concurrence avec des cultures agroalimentaires comme le maïs ou le soja. «Mais voilà trois ou quatre ans, j'ai assisté à une conférence sur les biocarburants où des chercheurs parlaient de bactéries capables de produire de l'hydrogène à partir de fourrage. Ils bûchaient depuis une demi-douzaine d'années sur le problème de la productivité: les bactéries ne consacraient qu'une partie de leur énergie à la production d'hydrogène. Je me suis dit qu'il devait y avoir moyen de forcer le processus en faveur de l'hydrogène en faisant intervenir d'autres enzymes d'autres organismes.»