Redonner au constructeur suédois Saab un fonctionnement indépendant après 20 ans dans l'orbite de l'américain General Motors est la première priorité de Spyker, a déclaré mardi soir le PDG du constructeur néerlandais de voitures de sport de luxe.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Même si Spyker va créer une nouvelle société baptisée Saab Spyker au terme de l'acquisition, les deux constructeurs, dont l'un produit en dizaines d'unités et l'autres en dizaines de milliers, resteront distincts, a dit Victor Muller lors d'une conférence de presse à Stockholm.

 

«La première chose à faire, c'est d'apprendre à Saab à marcher seul sur ses deux pieds. Il a fait partie d'un très grand conglomérat pendant très longtemps et cela va être difficile d'être complètement responsable de tout par soi-même», a-t-il dit aux journalistes.

 

«Ce n'est pas comme si Spyker allait bénéficier immédiatement d'être une société soeur de Saab et vice-versa, mais (...) la nouvelle société probablement appelée Saab Spyker Automobile et cotée aux Pays-Bas va avoir deux sociétés sous le même toit qui seront indépendantes mais travailleront très étroitement», a-t-il ajouté.

 

Le PDG de Spyker Cars ne prévoit pas de licenciement parmi les quelque 3400 employés suédois de Saab «si tout se passe comme prévu», a-t-il dit expliquant qu'il voulait sauver une «icône» suédoise.

 

«L'intérêt pour Saab est très facile à comprendre, Saab est une marque emblématique, a dit M. Muller. L'essence de la marque, c'est son côté suédois».

 

Réation positive mais prudente en Suède

 

La presse suédoise s'est réjouit de l'annonce du rachat du constructeur automobile national Saab par le néerlandais Spyker, mais prévient que de nombreuses difficultés vont se dresser sur la route du sauvetage effectif de la marque.

«S'il a été difficile pour Spyker d'acheter Saab, ce n'était rien par rapport aux difficultés qui s'annoncent pour la société», estime le quotidien Dagens Nyheter (DN) dans un papier d'analyse. «La société a un niveau d'endettement particulièrement bas. De nouveaux modèles arrivent. Tout cela est bon, mais de réelles difficultés s'annocent», poursuit DN.

 

En particulier, selon le quotidien, la marque va devoir restaurer la confiance d'une clientèle qui la boudait, augmenter les ventes et développer des technologies vertes. En 2009, Saab n'a vendu que 39 900 véhicules, contre 93 295 en 2008 et 133 000 en 2006. Si bien que dans son édito, DN considère que l'achat de Saab par Spyker «est une chance aussi bien qu'un risque».

 

L'emblématique constructeur suédois obtient bien sûr «une dernière chance (de survie) et les employés de Trollhättan (où Saab a son siège, dans le sud-ouest du pays, NDLR) conservent leur emploi, au moins quelques temps», se félicite DN. Mais d'un autre côté, le quotidien expose des doutes concernant l'avenir de Saab en soulignant ses «problèmes récurrents et importants» face à une «compétition très vive dans l'industrie automobile». Selon DN, Saab a accumulé des pertes de 27 milliards de couronnes suédoises (2,63 milliards d'euros) sur les dix dernières années.

 

De son côté, Svenska Dagbladet (SvD) affiche son étonnement. «Il est absolument incroyable que Saab, le tocard, s'en soit finalement sorti», mais «si Saab veut avoir la moindre chance, beaucoup de choses doivent maintenant s'améliorer». «Soyons avant tout heureux pour les employés de Trollhättan et pour tous les amateurs de Saab», lance SvD en publiant des photos de salariés souriants. «Maintenant Saab a une chance. Mais la transaction Saab-Spyker est plus du registre émotionnel que de la logique des affaires. Ce n'est en rien une décision évidente» d'un point de vue affaires.

 

La radio suédoise, elle, voit dans la transaction «un accord contre toutes probabilités».

 

General Motors a annoncé mardi la cession pour 400 millions de dollars au néerlandais Spyker de sa filiale suédoise Saab, qui échappe de justesse à la casse un an après sa mise en vente et à l'issue de longues semaines de négociations.

Photo Reuters

Une Saab 9-5 (à gauche) côte-à-côte avec une Spyker C8 Laviolette à l'occasion de la conférence de presse annonçant la vente de Saab à Spyker.