Toutes les conversations téléphoniques au volant ne se valent pas. Celles qui comportent une forte teneur émotionnelle sont beaucoup plus risquées. D'autant plus quand on voyage en famille.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault LA PRESSE

Une étude britannique a récemment suggéré aux automobilistes d'éviter par-dessus tout d'avoir une dispute conjugale au volant.

«Les conversations au cours desquelles on a des émotions fortes sont particulièrement dommageables pour la conduite automobile», explique l'auteure principale de l'étude publiée dans la revue Transportation Research Part F, Emma Briggs, qui enseigne la psychologie à l'Université ouverte de Milton Keynes, en Angleterre. «Ce qu'il faut retenir, c'est qu'on ne sait jamais quel type de conversation on va avoir. Il vaut mieux éviter de se servir du téléphone quand on est au volant. Et s'il faut absolument avoir une conversation potentiellement difficile, mieux vaut se ranger sur le bas-côté.»

La psychologue britannique, qui a fait son étude avec 26 cobayes dans le cadre de son doctorat, a relevé, sur un simulateur de conduite, une augmentation beaucoup plus importante du nombre d'erreurs lors d'une conversation émotive. Le nombre d'erreurs doublait, alors qu'il ne grimpait que de 50% avec une conversation plus neutre. Pour susciter l'émotivité des participants arachnophobes, qui constituaient la moitié de l'échantillon, la discussion portait sur... les araignées.

«La peur des araignées est dans une catégorie émotive distincte des discussions familiales ou professionnelles, mais c'est un bon indicateur de l'influence des émotions, dit Mme Briggs. D'autres études avaient tenté d'utiliser l'anxiété comme équivalent des émotions. Les conducteurs anxieux ont tendance à être plus distraits par des détails peu importants, situés en périphérie de leur champ de vision, et paradoxalement, ils ont aussi une vision en tunnel, qui fait abstraction des voitures situées dans les autres voies.»

Les études sur l'anxiété ont aussi permis de constater que les émotions négatives sont plus dommageables pour la conduite que les émotions positives. Cela signifie-t-il que se faire complimenter au téléphone n'est pas risqué pour la conduite? «C'est possible, des études montrent que l'excitation rend plus attentif à un plus grand nombre de détails, dit Mme Briggs. Mais on peut tomber, comme avec l'anxiété, dans l'hyperdistractabilité. Et il est difficile de prévoir que, dans une conversation, on n'aura que des fleurs et aucune contrariété.»

Se disputer avec un passager est-il aussi dommageable? «En général, le passager va se taire s'il voit que la situation sur la route est plus délicate, dit Mme Briggs. Ou alors il pourra carrément signaler au conducteur quelque chose qu'il n'a pas vu, un feu rouge par exemple.»