Pour bien des conducteurs, la promesse des premiers flocons ramène invariablement à la mémoire l'angoisse ressentie derrière le volant en pleine tempête de neige. Mais pour un jeune automobiliste qui n'a jamais connu l'hiver, cette anxiété peut se mêler à une forme d'insouciance qui peut rendre la situation encore plus inquiétante... surtout si on est le parent du jeune en question!

Publié le 27 nov. 2015
Pierre-Marc Durivage LA PRESSE

C'est avec cette idée en tête que Michelin a réservé cette année son atelier de conduite hivernale préventive aux jeunes conducteurs et à leurs parents. Ces derniers ont ainsi pu tester leurs aptitudes sur chaussée glissante, notamment grâce à l'utilisation d'une surface de dérapage en plastique, gardée mouillée pour simuler l'adhérence d'une route glacée. «Ils peuvent ainsi vivre une situation d'urgence sans être réellement en danger, nous a expliqué Carl Nadeau, pilote et entraîneur en conduite préventive. Ils sont en mesure d'expérimenter des pertes de maîtrise sur une surface sûre.»

Selon M. Nadeau, le fait de convier parents et rejetons au même atelier pourrait décupler les effets bénéfiques déjà nombreux d'une telle formation: «Ça permet de développer une interaction parents-enfants qu'il est impossible de trouver autrement, a-t-il affirmé. Les parents s'aperçoivent que leurs techniques ne sont pas parfaites et cela crée une dynamique intéressante avec leurs enfants, qui vont ensuite très certainement parler de leur expérience à leurs proches, notamment pendant le temps des Fêtes.» Mais que faire avec l'oncle un peu trop sûr de lui qui ridiculise ce genre de formation? «Raison de plus de faire l'expérience avec les parents. Ces derniers vont pouvoir corroborer les dires de leurs jeunes», nous a répondu l'instructeur avec un sourire complice.

Sensibilisation

Carl Nadeau espère que cette initiative va permettre de sensibiliser encore davantage les conducteurs à se préparer à faire face aux pièges de l'hiver. Mais il sait qu'il y a encore beaucoup de travail à faire. «Certaines personnes sont craintives et perçoivent nos ateliers comme un cours de course automobile alors que d'autres jugent qu'ils sont bons conducteurs et qu'ils n'ont pas besoin de ça», a-t-il regretté. Le pilote cible au passage les populaires forfaits de piste au volant de bolides exotiques: «On roule pendant deux petits tours, l'expérience n'apporte pas grand-chose, tant sur le plan des sensations de pilotage que des connaissances acquises, a-t-il affirmé. Mais cela a développé chez certaines personnes un orgueil mal placé qui leur fait croire qu'elles n'ont plus rien à apprendre.»

Pourtant, chaque automobiliste aurait avantage à suivre une formation de conduite préventive hivernale, d'autant plus que ces techniques ne sont pas abordées dans les cours nécessaires à l'obtention du permis de conduire - une situation regrettable en soi. «Il y a des tas de gens qui me disent qu'ils ont évité un accident grâce aux connaissances acquises pendant mes cours, a poursuivi Carl Nadeau. Certains d'entre eux sont des gars qui ont accompagné leur conjointe un peu à reculons, pensant qu'ils n'avaient pas besoin d'une telle formation.»

Mais l'instructeur observe néanmoins une prise de conscience manifeste. «Ceux qui n'ont pas encore compris l'importance d'apprendre les bonnes techniques sont comme ceux qui achètent des pneus d'hiver bon marché simplement dans le but de respecter la loi, a illustré Carl Nadeau. Mais ça évolue, même si ça ne va pas aussi vite que je le voudrais. Dans le fond, je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas 20 écoles différentes qui donnent des formations de conduite hivernale au Québec. Mais l'éducation, ça avance à petits pas.»

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Différences de conduite

FILLES

«Les jeunes filles sont plus craintives, plus nerveuses et crispées derrière le volant, elles ont peur de faire des erreurs. Elles ont tendance à regarder dans leur environnement immédiat, ce qui les pousse à heurter les obstacles, soutient l'instructeur Carl Nadeau. Elles sont généralement très attentives, mais il faut aussi commencer lentement ; elles ne doivent pas s'apercevoir que la vitesse augmente, après quoi elles arrivent finalement à s'exercer à des dérapages à bonne vitesse.»

GARÇONS

«Les gars sont trop confiants, ce sont leurs hormones qui mènent leur vie! affirme en rigolant l'instructeur. Ils sont plus téméraires, ils s'ambitionnent, il faut généralement leur faire prendre un peu de recul. Surtout qu'ils considèrent leurs cours de conduite comme suffisants alors que ça ne leur a donné que la base. Pourtant, dans les écoles, on n'apprend pas à ajuster ses miroirs, à bien regarder au loin devant soi et à adopter la bonne position derrière le volant.»

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L'occasion d'apprendre...

Les formations de conduite préventive produisent toujours le même effet: les automobilistes en sortent avec un grand sourire, impressionnés par ce qu'il est possible d'apprendre derrière le volant. Mais quand ces automobilistes ont des liens de sang, on ajoute un petit côté émotif qui souligne encore davantage l'importance des connaissances acquises. Que ce soit papa qui réussit à convaincre sa fille un peu craintive ou grand-maman qui se fait plaisir en offrant l'occasion à son petit-fils de parfaire ses techniques, les gens rencontrés après leur formation d'une demi-journée en avaient long à dire et étaient unanimement conquis.



SEULE



«Après avoir expérimenté le tapis de dérapage, j'ai dû attendre 10 bonnes minutes pour que mon coeur arrête de battre la chamade. L'épreuve d'évitement d'obstacle est aussi vraiment stressante!

«On est bombardés de messages nous rappelant l'importance de la sécurité routière, je pense donc que ma génération est plus conscientisée que celle de mes parents. Si on offrait aux jeunes l'occasion de faire des cours avancés, je pense qu'ils en suivraient. À l'inverse, je pense que les plus vieux ont tendance à s'asseoir sur leur expérience.» - Pascaline Varin, 25 ans, Montréal



Photo François Roy, La Presse

Pascaline Varin

AVEC PAPA

«On n'a pas le réflexe de suivre des formations de ce genre. Mais si c'était suggéré par les écoles de conduite, je suis sûre qu'il y aurait une file pour faire des cours de conduite hivernale préventive.» - Émilie Rich-Forgues, 18 ans, Marieville

«Certains des exercices n'étaient pas naturels pour moi, parce que mes réflexes n'étaient pas les bons. Par exemple, je ne portais pas mon regard au bon endroit.» - Henri Rich, Marieville



Photo François Roy, La Presse

Émilie Rich-Forgues et son père Henri Rich

AVEC GRAND-MAMAN

«Je suis venu ici avec humilité, mais je ne savais pas que j'allais en apprendre autant. Je ne pensais pas que ça allait être aussi difficile, notamment les dérapages. Je vais me souvenir toute ma vie de ce que j'ai appris.» - Mathieu Daigneault, 17 ans, Terrebonne

«Quand tu comprends ce que tu fais, c'est moins épeurant, ça donne confiance. C'est sûr que je vais recommander ma formation.» - Lucie Vaillancourt, Laval

Photo François Roy, La Presse

Mathieu Daigneault et sa grand-mère Lucie Vaillancourt