Déjà miné par des réorganisations à l'automne, Nissan vient d'annoncer le départ de deux hauts responsables vers d'autres constructeurs automobiles, un coup dur qui réveille les craintes sur l'avenir du groupe japonais après l'ère Carlos Ghosn.

Publié le 22 sept. 2014
Anne BEADE AGENCE FRANCE-PRESSE

À 60 ans, l'énergique dirigeant, arrivé en 1999 pour sauver une entreprise au bord de la faillite, écarte soigneusement toute question sur le sujet, mais à chaque défection ou éviction, la voilà qui revient inévitablement sur la table.

Johan de Nysschen, responsable de la gamme de luxe Infiniti, puis Andy Palmer, jusque-là incontournable directeur de la planification, ont quitté en quelques semaines le géant de Yokohama (région de Tokyo).

Le premier a pris la direction de Cadillac, propriété du groupe américain General Motors (GM), le second du prestigieux constructeur britannique de voitures de sport Aston Martin.

«C'est un mouvement naturel dans l'industrie automobile, il est vrai peu courant dans les compagnies asiatiques, mais fréquent dans les entreprises occidentales. Au bout du compte, c'est un petit monde», assure Jeff Kuhlman, vice-président de Nissan responsable de la communication.

Il n'en reste pas moins que cette série de mauvaises nouvelles survient juste un an après d'autres chamboulements internes au sein de l'alliance Renault-Nissan, dirigée d'une main de fer par Carlos Ghosn.

En août 2013, le numéro deux de Renault, Carlos Tavares, avait été évincé pour avoir évoqué publiquement son ambition de prendre la tête d'un groupe concurrent. Il a depuis été nommé président du directoire de PSA Peugeot Citroën. Trois mois plus tard, son homologue chez Nissan, Toshiyuki Shiga, était éconduit.

Plutôt que de les remplacer, M. Ghosn a préféré diviser leurs fonctions entre deux, voire trois personnes. Au risque de décourager tout dauphin potentiel?

«Grande perte»

Formés à bonne école, les hauts cadres de Nissan bénéficient d'une excellente réputation et sont de ce fait très prisés des concurrents, explique Tatsuo Yoshida, analyste chez Barclays et ex-employé du groupe.

Mais attention, prévient-il, «la continuité et la stabilité sont vitales pour la bonne marche de l'entreprise». Son compatriote Toyota «y accorde d'ailleurs une grande attention»: ses salariés sont souvent employés à vie et la promotion interne privilégiée.

Selon les analystes interrogés, ces départs vont laisser des traces. «Palmer et de Nysschen avaient une connaissance intime d'Infiniti», rappelle Hans Greimel, «et sans eux, il va falloir un peu de temps pour que la marque retrouve son rythme de croisière».

La défection d'Andy Palmer surtout, qui faisait figure de vétéran chez Nissan, «représente une grande perte: il était impliqué dans de nombreux projets», dont les véhicules sans émission polluante (la citadine électrique Leaf notamment), relève Christopher Richter, qui suit le secteur automobile nippon chez CLSA.

«Il ne sera pas facile à remplacer», juge-t-il, tâche dévolue au Français Philippe Klein, venu de Renault (premier actionnaire de Nissan), tandis que Roland Krüger, ancien vice-président du constructeur allemand BMW, a été nommé à la tête d'Infiniti.

Palmer parti, qui désormais pour prendre la suite de Carlos Ghosn ? «Quand il décidera de tirer sa révérence, il y aura de bons candidats. Il a préparé le terrain», estime Christopher Richter.

De source proche du dossier, on confirme que M. Ghosn a un plan bien défini, mais qu'il préfère rester muet sur sa succession pour éviter «toute spéculation et distraction». Son obsession: «veiller à ce que chacun reste bien concentré».

Car l'homme s'est fixé d'ambitieux objectifs à travers le programme «Power 88», visant une part de marché mondial de 8 % d'ici 2017 (contre 5,7 % au premier trimestre 2014-2015) et une marge opérationnelle accrue.

Déjà réélu à la tête de Renault au printemps, il ne fait pas l'ombre d'un doute, selon les analystes, qu'il briguera un nouveau mandat de deux ans chez Nissan en juin 2015 pour mener à bien ce projet, même s'il ne l'a pas annoncé officiellement.

Coentreprise Nissan/Dongfeng pour exploiter la marque Infiniti en Chine

Le géant de l'automobile japonais Nissan et le constructeur chinois Dongfeng ont annoncé lundi la création commune d'une nouvelle coentreprise à 50-50, pour mieux commercialiser et bientôt produire en Chine la marque de luxe Infiniti.

La nouvelle société baptisée «Dongfeng Infiniti Motor» se fixe comme objectif de doper les ventes d'Infiniti en Chine, jusqu'à atteindre 100 000 unités par an d'ici 2018, dont plus de la moitié construites localement, a-t-elle précisé dans un communiqué.

Les riches Chinois apprécient beaucoup Infiniti, la marque haut de gamme de Nissan, notamment les imposants 4x4 qui permettent à leur propriétaire d'afficher bien visiblement sa réussite personnelle.

Nissan est déjà depuis des années allié à Dongfeng pour vendre ses modèles en Chine, premier marché automobile mondial.

Dongfeng Motor --deuxième constructeur chinois avec 16,1 % de parts de marché l'an dernier dans le pays-- a de son côté multiplié les alliances tous azimuts, par des coentreprises avec les français PSA et Renault, le japonais Honda, ou le sud-coréen Kia.