Le nouveau Forester, dont le lien de parenté avec son prédécesseur est pour le moins évident, est doté d'une carrosserie plus ample et d'une plateforme également toute neuve, en l'occurrence celle de la nouvelle Impreza. Même si son coefficient de traînée aérodynamique demeure le même (0,36), toutes ses dimensions extérieures et intérieures ont été sensiblement accrues.

Éric Lefrançois, Collaboration Spéciale LA PRESSE

Plus long, plus large, plus haut et plus lourd, donc, le Forester assure un meilleur dégagement à ses occupants. Surtout à l'arrière, où l'espace pour les jambes a été considérablement augmenté (+109 mm). Cela rend ainsi le Forester très concurrentiel.

Pour ajouter au bonheur, le confort de la banquette ne s'apparente plus à celui d'un banc de parc, à moins d'être assis au centre d'une version équipée de la tablette centrale arrière où l'on peut déposer nos boissons et le contenu de nos poches.

Pas de coup de génie côté design, ni à l'intérieur ni à l'extérieur: il ne s'agit pas d'effrayer la clientèle. L'équipement de la version X, plus accessible, ne frise pas l'indigence: on y trouve la climatisation, les glaces à commandes électriques, le correcteur de stabilité électronique, le régulateur de vitesse et le témoin de pression des pneus; par contre, la roue de secours est plus plate, afin de donner plus d'espace au réservoir de carburant, dont la capacité est passée de 60 à 64 litres.

Cela dit, le passager à l'avant trouvera à redire sur l'absence d'une commande d'élévation de l'assise de son siège, trop bas. Mais on ne descend ni ne monte à bord d'un Forester: on s'y glisse. Sa garde au sol limite sans doute les excursions hors route (attention aux roches, il n'y a pas de plaques de protection de série), mais elle permet d'arrimer kayak, vélos et autres articles de sport encombrants au porte-bagages sans jouer à la ballerine. La modularité du coffre demeure somme toute assez classique, et l'on regrette que Subaru n'ait pas profité de cette refonte pour permettre de rabattre le dossier avant droit à l'horizontale afin de former un plan de travail ou permettre de transporter des objets longs.

En revanche, les espaces de rangement ne manquent pas. On en trouve partout, au plafond, dans les portières et sous l'accoudoir central. L'équipe chargée de la conception de la Forester s'est également souciée de l'ergonomie. Par exemple, la radio campe au-dessus du bloc de climatisation, de sorte que nous n'avons plus à quitter la route des yeux pour syntoniser une nouvelle chaîne. Les commandes de la climatisation sont plus esthétiques et les larges robinets à impulsion sont aussi faciles et agréables à manipuler.

Plus rigide, plus sûr, plus confortable aussi, le nouveau Forester possède assurément des qualités qui lui permettront de tenir son rang dans un marché fortement congestionné. Mais cela suffira-t-il?

Son rouage intégral, toujours aussi sophistiqué, performant et fiable, figure encore parmi les meilleurs sur le marché. Et, contrairement à ceux de la concurrence, le dispositif mis au point par Subaru est à prise constante, c'est-à-dire qu'il fonctionne tout le temps.

Caractère sportif atténué

Hélas, au fil des refontes, le Forester a perdu une partie de son caractère sportif, évoluant vers davantage de confort et de souplesse. Au volant, on se sent plus isolé de la route. Le train avant demeure très précis, mais il ne transmet pas toutes ces informations qui permettent de bien sentir l'adhérence en virage. Il y a comme une sorte de filtre entre le véhicule et son conducteur.

De même, les éléments suspenseurs semblent plus souples qu'ils ne l'étaient, notamment en détente. Les réglages différents des suspensions et la rigidité accrue du châssis ont pour conséquence que les pneus travaillent moins pour contenir la nature tantôt survireuse (à la limite), tantôt sous-vireuse du véhicule. Même si ces transformations ont fait perdre au Forester un peu de son tempérament, il a cependant gagné en efficacité, en confort et en silence de roulement. Sa conduite est plus facile et son équilibre, presque imperturbable.

Sous le capot

Sous le capot, rien de bien nouveau. Il abrite toujours le même quatre cylindres à plat de 2,5 litres. Rien n'y paraît, mais la puissance est légèrement inférieure (170 par rapport à 173 chevaux); le couple, lui, a gagné 4 livres-pied. Le régime nécessaire pour en tirer la quintessence demeure le même.

La consommation d'essence est encore importante pour un moteur d'une telle cylindrée, et les performances n'ont toujours rien pour vous clouer à votre siège. Pas très volontaire pour monter les tours, un brin rigide, ce moteur manque de souplesse et d'allant. Par chance, Subaru propose un turbocompresseur en option, mais plusieurs hésiteront à en payer le prix, tant à l'achat qu'à la pompe (l'usage du super est recommandé).

On ne soulignera jamais assez la plus grande précision du levier de sa boîte manuelle à cinq rapports, mais celui-ci ne procure toujours pas l'agrément vu chez la concurrence. Même si la boîte manuelle de la Forester est un choix économique, nous lui préférons l'automatique, plus agréable et sans tracas même si elle ne compte que quatre rapports alors que celle de ses rivaux en ont cinq, parfois six, ce qui a un effet bénéfique sur la consommation.

Hélas pour le Forester, cette mouture cherche davantage à rassurer et à soigner le confort qu'à donner des sensations de conduite. Dommage, car c'était l'un des traits de caractère qui différenciaient justement ce Subaru des autres utilitaires de sa catégorie. À part cette réserve, on peut dire que Subaru a bien accompli son travail. Mais est-ce suffisant pour venir menacer l'ordre établi? Rien n'est moins sûr.

Conventionnel à souhait, le Forester devrait, par ses aspects pratiques, son rouage intégral et son moteur à plat, rallier quelques amateurs d'exotisme. Toujours les mêmes. Toujours aussi peu nombreux. Restent les versions suralimentées par turbocompresseur pour raviver la flamme, mais elles sont très chères.