Créée par des entrepreneurs montréalais, la jeune pousse californienne !important vient de dévoiler une application mobile qui ne vise rien de moins qu’à être « la prochaine ceinture de sécurité ». Sa technologie de communication entre piétons et véhicules vise à éviter des accidents qui provoquent, chaque année, des milliers de décès dans toutes les villes de la planète, y compris Montréal.



Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

« En ce moment, notre application permet de fournir des données sur la direction et la vitesse de déplacement des piétons, des cyclistes et des motocyclistes aux automobilistes qui ne les voient pas nécessairement. Même la technologie de sécurité embarquée la plus avancée laisse passer 65 % des cas où il y a risque d’une collision avec ces utilisateurs de la route. Notre objectif est de réduire le plus possible cette proportion », explique Bastien Beauchamp, PDG et cofondateur de !important.

Oui, le point d’exclamation est important. Le nom de la start-up s’inspire d’un code informatique qui priorise une règle précise, quand plusieurs directives entrent en conflit. « Nous, on dit aux véhicules de prioriser les gens », illustre M. Beauchamp.

L’auto, une arme urbaine très destructrice

On estime que 1,35 million de gens meurent d’un accident de voiture dans le monde annuellement, un chiffre qui baisse légèrement d’une année à l’autre. En Amérique du Nord, le nombre de piétons et de cyclistes tués lors d’un impact avec un véhicule routier a pourtant grimpé de 40 % depuis 2008. Si les villes et les constructeurs d’autos veulent remplir leurs promesses d’éliminer les accidents mortels d’ici 10, 20 ou 30 ans, selon le cas, ça semble être un des enjeux les plus pressants à régler.

L’application mise au point par Bastien Beauchamp et son équipe n’est que le début : leur objectif est d’inciter l’industrie automobile à adopter une nouvelle norme qui permettrait, selon leurs calculs, d’éviter au moins un million de ces accidents mortels d’ici 2030.

Plusieurs États, dont la Californie, veulent rendre obligatoire la communication intervéhiculaire [« V2V », en anglais]. Ce qu’on propose, c’est d’inclure la communication entre piétons et véhicule, ou « P2V ».

Bastien Beauchamp

Dans ce contexte, l’information provenant des téléphones des piétons serait traitée (de façon anonyme et sécuritaire) par une intelligence artificielle qui enverrait ensuite le tout à l’ordinateur de bord des voitures connectées. Celles-ci sauraient qu’un cycliste approche à vive allure même s’il est situé au-delà de la zone captée par leurs sonars, radars et lidars.

Une industrie à convaincre

Les dirigeants de !important disent avoir des discussions avec au moins huit grands constructeurs pour implanter leur technologie, et « personne ne nous a encore dit non », assure M. Beauchamp. Ce dernier a l’appui du National Judicial College, une institution de Reno, au Nevada, qui forme des juges présents à tous les niveaux du système judiciaire américain. La Ville de Reno est aussi impliquée : un projet pilote sera instauré l’an prochain afin de tester l’application à bord d’autobus et de véhicules autonomes.

Ses créateurs pourront en tirer de précieuses statistiques sur son efficacité, une information qui leur manque cruellement à l’heure actuelle. Car on ne convainc pas les multinationales du secteur automobile d’intégrer une nouvelle technologie de sécurité en claquant des doigts.

« Ceux qui se rappellent l’arrivée de la ceinture de sécurité dans l’automobile il y a 60 ans le savent : il y a eu beaucoup de résistance à son adoption. Mais aujourd’hui, plus personne ne conteste son rôle dans la sécurité automobile. Nous croyons qu’il y a une ouverture dans l’industrie pour “la prochaine” ceinture de sécurité, et c’est précisément ce que nous souhaitons devenir », explique Bastien Beauchamp.

Si ça se produit, d’ici quelques années, il y aura un million de piétons dans le monde qui pourront les remercier d’avoir créé leur application…