(DÉTROIT ) Êtes-vous prêts à payer plus cher pour un véhicule capable de vous avertir que vous vous endormez ou que vous êtes distrait au volant ?

Tom Krisher
Associated Press

Les constructeurs automobiles parient que oui, parce que votre vie est dans la balance.

PHOTO MARK LENNIHAN, AP

Le Hyundai Venue 2020 lors de son dévoilement à New York en avril dernier. Il sera équipé d'un système d’alerte-vigilance du conducteur.

Les systèmes de sécurité électroniques, jadis réservés aux voitures haut de gamme, se démocratisent et les systèmes d’alerte-vigilance du conducteur arrivent dans les voitures à prix abordable. Ils accompagnent le freinage automatique d’urgence et l’assistant maintien de voie. Lors du récent Salon de l’auto de New York, Hyundai et Subaru ont tous deux annoncé de tels systèmes dans des véhicules courants.

Chaque jour, aux États-Unis et au Canada, une dizaine de personnes sont tuées et environ 110 autres sont blessées dans des accidents impliquant la distraction au volant, peut-on déduire de statistiques du Conseil national de la sécurité américain. L’attention des conducteurs est sollicitée par leurs cellulaires, leurs écrans tactiles et d’autres distractions. Résultat : 9 % des accidents mortels aux États-Unis en 2016 impliquaient des conducteurs faisant autre chose que conduire.

D'abord dans les autos de luxe

Les systèmes d’alerte-vigilance du conducteur sont apparus dans les autos de luxe il y a une décennie. L'Attention Assist de Mercedes-Benz avait un système où un voyant en forme de tasse de café s’allumait sur le tableau de bord. Il visait essentiellement les symptômes d'endormissement.

L'Attention Assist de Mercedes-Benz suggérait d'aller prendre un café.

D’année en année, ils se sont perfectionnés pour détecter la distraction et se sont répandus aux voitures abordables (quoique en option, généralement).

Par exemple, le «système de mitigation des distractions DriverFocus», de Subaru, pointe une caméra sur les yeux et le visage du conducteur, qu’il analyse grâce à un logiciel de reconnaissance faciale. Si les yeux du conducteur se détournent de la route, devant, durant un certain temps, une alarme retentit et le message «Gardez les yeux sur la route» s’illumine sur le tableau de bord. Driver Focus reconnaît quand le conducteur cogne des clous, parle au téléphone, texte ou se tourne vers la banquette arrière, explique Ron Kiino, porte-parole de Subaru.

Dans la Forester Premier depuis cette année

«Dans l’Outback 2020, Driver Focus sera offert en option mais les informations à ce sujet ne sont pas encore disponibles», a dit à La Presse Sébastien Lajoie, de Subaru Canada. Aux États-Unis, Subaru USA a déjà annoncé que cette alerte-vigilance du conducteur sera de série dans les trois versions les plus chères de l'Outback et offertes en option sur une autre.

Driver Focus est apparu dans la Forester 2019 en version de luxe Premier, à 41 335 $, soit 11 500 $ plus cher que le modèle de base.

PHOTO SUBARU CANADA

L'alerte-vigilance Driver Focus de Subaru scrute le visage du conducteur et le prévient si ses yeux vagabondent.

Un système moins sophistiqué de Hyundai sera en équipement de série dans le VUS d’entrée de gamme Venue 2020, un modèle qui devrait coûter moins de 27 000 $, dit-on (il a été promis à moins de 19 000 $ US par Hyundai USA).

Mais le dispositif Hyundai il ne surveille pas le visage de la personne au volant. Il se sert des mêmes caméras avant que le freinage automatique d’urgence et l’assistant maintien de voie (en équipement de série). Si l’auto dévie ou commence une embardée, une cloche sonne et une tasse de café s’illumine à l’écran avec la mention «Prenez une pause». 

La recherche marketing de Hyundai a établi que les gens veulent cette fonction, dit Mike Evanoff, premier directeur de la planification des produits. «C’est juste une couche de plus dans la couverture de sécurité», dit-il. 

Dans toutes les Hyundai dès 2022

Cette alerte est déjà offerte dans la petite sportive Veloster et sera étendue à tous les autres modèles d’ici l’automne 2022, en même temps que le freinage automatique d’urgence, a dit Evanoff.

PHOTO HYUNDAI

La Hyundai Veloster 2019 est équipée d'une alerte-vigilance du conducteur fonctionnant avec ses caméras avant.

Subaru, qui mise gros sur la sécurité dans son marketing, dit que ses clients sont sensibles à l’argument sécuritaire et seront intéressés au systèmes d’alerte-vigilance du conducteur, même si ça coûte plus cher. Et si le système leur tombe sur les nerfs, à la longue, ils pourront le désactiver, souligne Ron Kiino, le porte-parole. 

D’autres systèmes d’alerte-vigilance du conducteur, offerts dans des voitures de luxe, sont plus complexes.

Celui du système de conduite semi-autonome Super Cruise, de Cadillac, veille à ce que l’automobiliste soit attentif et peut même arrêter la voiture sur l’accotement s’il ne l’est pas.

LA PRESSE

L'alerte-vigilance de la Cadillac CT6 peut stopper l'auto si l’automobiliste est très inattentif.

Le système Attention Assist de Mercedes suit plus de 70 variables, entre autres, l’heure, le temps passé au volant, les mouvements de direction pour déterminer si le conducteur est fatigué ou distrait. Au-delà d’un certain seuil, il émet des avertissements sonores et visuels.

Le conducteur humain sous surveillance

Karl Brauer, éditeur de la publication automobile Kelley Blue Book, note que ces gadgets prolifèrent parce que nous vivons la transition graduelle vers la conduite autonome. Les systèmes comme Super Cruise (Cadillac) et Autopilot (Tesla), qui contrôlent la vitesse, le freinage et la vitesse dans certaines conditions sont une étape vers la pleine autonomie.

PHOTO BECK DIEFENBACH, REUTERS

Autopilot de Tesla et Super Cruise de Cadillac doivent être supervisés par les conducteurs... qui doivent être supervisés par les systèmes d'alerte-vigilance.

Mais ils n’offrent pas la pleine autonomie et les humains doivent être prêts à prendre le relais lorsque nécessaire, dit Bauer : «Avec des systèmes limités, il faut des dispositifs qui supervisent le conducteur, pour empêcher les humains d’abuser de la technologie.»

Mais bien des gens ne sont pas intéressés à être surveillés. Chris Cerino, 49 ans, qui habite près de Cleveland, en Ohio, dit qu’il est assez vieux pour savoir qu'il faut être attentif au volant. 

Pas pour tout le monde

«Ce genre de bébelle ne fera pas une grosse différence pour moi à mon âge», dit-il ajoutant que l'expérience donne de bonnes leçons dans la vie, y compris derrière le volant. «J’ai eu mes leçons», dit Cerino, qui s'apprête à changer sa Subaru Outback 2009.

Il dit qu’il qu’il y avait très peu d’automatisation quand il a acheté sa dernière voiture il y a 10 ans. 

Il concède que s’il avait encore de jeunes enfants, il serait probablement intéressé au système d’alerte-vigilance du conducteur. Mais du même souffle il ajoute qu’il l’éteindrait peut-être.

«Il y a un temps et un lieu pour toutes sortes d’affaires, mais je n’ai pas besoin qu’on me dise quand freiner, quand tourner le volant et tout le reste», dit il.

Avec La Presse