Il faut être « woke » de nos jours. Traduction ? Il faut demeurer « éveillé » aux mouvements de justice sociale, à la mouvance des identités de genre, au racisme systémique et aux injustices subies par les opprimés.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Eh, oh, les amis. On s’entend tous, ici. Prendre soin des minorités, c’est primordial dans une société ouverte et bienveillante comme la nôtre. Personne ne contestera ça.

Le problème réside dans les gens beaucoup trop woke pour leur propre bien. Vous savez, ceux qui affichent fièrement ce statut d’alliés comme un badge de leur propre vertu ? Eux sont lourds. Très lourds avec leur supériorité morale. Mais ne divergeons pas.

La télé québécoise tente doucement d’être woke, donc plus en phase avec les multiples réalités d’aujourd’hui. Par exemple, il y a une femme trans (Suzon) dans Une autre histoire et de nombreux personnages issus des minorités se greffent aux séries courantes. Ça change en mieux.

Aux États-Unis, les séries rivalisent pour être plus woke les unes que les autres.

La nouvelle Batwoman, incarnée par Ruby Rose, une jeune actrice ouvertement queer, aime les femmes. Et sur Netflix, la nouvelle série The Politician (Le politicien, en version française) encapsule tous les aspects de la culture woke.

Satire politique à mi-chemin entre House of Cards, Clueless et le film Election d’Alexander Payne, The Politician décortique l’ambition dévorante d’un riche adolescent obsédé par Harvard et les grands présidents américains. Cet ado aussi brillant qu’anxieux a une copine, mais couche avec son tuteur de mandarin qui, lui, est en couple avec la fille la plus populaire de leur école privée de Santa Barbara, en Californie. Vous suivez ce mouvement de fluidité ?

Dans leur cercle d’amis communs gravitent une personne handicapée, une ado noire non binaire et un trans qui ne s’identifie pas à un genre en particulier.

Bonus : la mère du personnage principal, campée par Gwyneth Paltrow, quitte son mari fortuné pour la dresseuse de ses chevaux, interprétée par l’ex-joueuse de tennis Martina Navratilova. Non, ce n’est pas une blague. Et oui, ça commence à faire beaucoup. The Politician coche toutes les cases de la diversité.

Maintenant, ce concentré de woke fait-il de The Politician une bonne émission ? J’ai visionné trois des huit épisodes et, malgré les intentions d’inclusion très louables du superproducteur Ryan Murphy (Glee, American Horror Story, Pose et Feud), le propos s’éparpille et dilue notre intérêt.

La corruption, le cynisme politique et la manipulation émotive qui façonnent les élections, même celles d’un conseil étudiant, c’est ce qui s’avère le meilleur dans The Politician.

Le moins bon se trouve dans les abondantes intrigues secondaires, dont celle de la grand-mère (sublime Jessica Lange) qui exploite le faux cancer de sa petite-fille. Ça ne mène à rien. Ceux qui désirent voir les comédiennes Bette Midler et Judith Light en action, sautez directement au huitième et dernier épisode de The Politician. Il paraît que ça vaut le coût, comme dirait l’animatrice Marie-Soleil Michon à Télé-Québec.

Si vous aimez le style flamboyant et kitsch des productions de Ryan Murphy, The Politician vous divertira, je pense bien. Chose certaine, c’est moins endormant que la campagne électorale actuelle.

La dévotion de Maripier

Elle est bonne, Maripier Morin, de réagir avec autant d’intensité à des anecdotes plutôt banales dans son Studio G à TVA. Elle rit fort, tape sur sa belle table illuminée et lâche des « voyons donc ! » toutes les 30 secondes.

Depuis trois semaines déjà, l’animatrice de Studio G se démène sur son immense (et magnifique) plateau pour nous vendre un concept d’émission encore mal défini. Est-ce un bien-cuit, un party privé, une soirée hommage, ou toutes ces réponses ? Studio G se balance entre 1res fois, Tout le monde aime et Prière de ne pas envoyer de fleurs sans trouver sa propre identité.

Les deux derniers épisodes, consacrés à Pier-Luc Funk et à Michel Barrette, n’ont pas été plus épatants que le premier, bricolé autour de Charles Lafortune. Les interventions des complices manquent de punch et de naturel.

En tant que téléspectateur, on s’attend toujours à de grosses surprises, qui ne se déballent jamais.

L’émotion s’invite rarement dans le Studio G, contrairement à 1res fois, qui ne conserve que le meilleur des entrevues pour rapidement arriver à une belle révélation. Note aux futurs invités de Maripier : monter sur la table n’a absolument rien de subversif.

Dimanche soir, le montage de Studio G était hachuré et les transitions manquaient encore de liant. Pas étonnant que ses cotes d’écoute chutent depuis la mise à feu. De 1 050 000 fans pour la première, Studio G a dégringolé à 684 000 curieux dimanche, soit à quasi-égalité avec Occupation double (647 000), qui ne bénéficie pas de la même machine de promotion. Dans la guerre des cotes d’écoute dominicales, Tout le monde en parle (1 083 000) s’est faufilé de justesse devant Révolution (1 067 000).