La comédie musicale Pippin a été officiellement lancée cette semaine au Music Box Theater de New York. Un spectacle à grand déploiement créé avec la troupe de cirque québécoise Les 7 doigts de la main. La Presse a parlé à ses artisans.

Publié le 28 avr. 2013
Jean Siag LA PRESSE

Le producteur américain Barry Weissler est catégorique: sans la participation des 7 doigts de la main, il n'aurait pas pris le risque de recréer la comédie musicale Pippin, une pièce écrite et composée par Stephen Schwartz (Wicked) qu'a mise en scène Bob Fosse en 1972 et qui a remporté cinq Tony Awards au passage, dont celui de la meilleure mise en scène.

«J'étais convaincu que cette pièce pouvait encore avoir une résonance auprès du public, mais il fallait lui trouver un style pour la renouveler, a confié le producteur au cours d'une entrevue. Je ne voulais pas en faire une simple reprise. J'ai cherché pendant des années cet ingrédient, jusqu'à ce qu'on trouve une formule avec les 7 doigts...»

C'est avec Diane Paulus (Hair, Porgy and Bess) qu'il a décidé d'inclure la troupe de cirque québécoise dans la création de Pippin. «Diane et moi étions sur la même longueur d'onde. Nous connaissions tous les deux les 7 doigts, que nous adorons et que nous suivons depuis des années. J'ai vu La vie, ici à New York, et j'ai été très touché par Traces, que j'ai vu en Californie, en Caroline du Nord et à New York.»

Le réputé producteur, qui a connu beaucoup de succès avec La cage aux folles et surtout Chicago, à l'affiche depuis 17 ans, a soutenu Diane Paulus dès le départ. Rappelons que la metteure en scène américaine s'était initiée au monde du cirque en signant la dernière création sous chapiteau du Cirque du Soleil, Amaluna. D'ailleurs, elle refera équipe avec Barry Weissler pour une nouvelle production: In the Heart of Robin Hood.

Salle historique

La pièce Pippin, produite au coût de 8,5 millions, a d'abord été présentée au mois de décembre dernier à Cambridge par l'American Repertory Theater dirigé par Paulus. Depuis un mois, Pippin a pris l'affiche du Music Box Theater (en avant-première), une salle historique de moins de 1000 sièges, considérée comme «petite» sur Broadway. Mais le mot a commencé à circuler et le revival de Pippin, 40 ans après sa création, fait salle comble depuis une semaine.

«Jusqu'à présent, la réaction est bonne, dit Barry Weissler. Je ne peux pas prédire le succès de cette pièce, mais je suis confiant, comme à l'époque de Chicago. Notre taux d'occupation moyen tourne autour de 90 %, ce qui est formidable. Je dois vous dire que l'expérience va au-delà de mes espérances. L'intimité avec le public est remarquable. Il n'y a pas une mauvaise place dans ce théâtre.»

Ce mariage entre le cirque et la comédie musicale n'est pourtant pas si nouveau que ça, dit Barry Weissler. «La danse acrobatique a toujours existé. Même avec les 7 doigts, je ne considère pas ce spectacle comme un show de cirque. Non, le cirque a été complètement intégré à l'histoire de Pippin. D'ailleurs, dans la production de Robin Hood, il y en aura aussi!»

Barry Weissler et sa femme Fran ont l'intention de faire voyager la production, comme ils l'ont d'ailleurs fait avec Chicago, qui a été présentée dans une vingtaine de pays. «Nous sommes actuellement en pourparlers, mais je peux vous dire que la pièce sera présentée à Londres. Je ne peux pas encore vous dire où et quand, mais ça va se faire. Pippin va voyager, c'est sûr.»

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L'histoire derrière Pippin

La comédie musicale Pippin met en scène une troupe d'acteurs qui interprète l'histoire de Pépin, l'un des trois garçons du roi de France, Charlemagne. Du théâtre dans le théâtre, donc, avec un narrateur (appelé The Leading Role) qui s'adresse directement à nous pour nous raconter la quête existentielle de ce petit Pépin qui cherche sa place au soleil.

Le jeune prince multipliera les expériences pour vivre une vie «extraordinaire». Il fera d'abord la guerre auprès de son père, en croyant que la vie de soldat le comblera. Puis il s'abandonnera aux plaisirs de la chair, avant de se lancer dans l'arène politique. Il ira jusqu'à tuer son père, avant de le ressusciter grâce à la magie du théâtre, estimant que la tâche est bien trop difficile...

Mais toutes ces expériences, qui s'étendront aux arts et à la spiritualité, le décevront et le mèneront toujours à la case départ. Dans ses errances, il fera la rencontre d'une veuve, Catherine, et de son jeune garçon Theo. C'est avec elle, après de longues hésitations et après avoir renoncé à s'enlever la vie, qu'il trouvera enfin le bonheur. En menant une vie ordinaire.

Quête du vedettariat

La pièce de Bob Fosse, qui a tenu l'affiche pendant cinq ans (de 1972 à 1977), était sombre, selon Gypsy Snider, des 7 doigts de la main, qui a chorégraphié tous les segments acrobatiques. «Comme dans ses films Cabaret et All That Jazz, Bob Fosse était fasciné par la quête de vedettariat. Pippin parle de ça. Du désir de plaire et de devenir célèbre. Bob Fosse lui-même en a fait les frais...»

Avec le chorégraphe Chet Walker, qui était danseur dans la production originale de 1972, ils font un clin d'oeil aux fameuses mains qui dansent dans le noir. Ils ont également repris certains numéros, dont Manson Trio, un numéro de danse à trois sans paroles. «C'est un numéro inspiré de l'histoire de Charles Manson, explique Gypsy Snider. De son obsession de la célébrité.»

Comment résumer le style de danse préconisé par Bob Fosse? «Il a développé tout un vocabulaire, répond Gypsy Snider. Dans la tension qui habite le corps, dans la déconstruction des mouvements, un peu à la manière d'une marionnette, dans la manière d'ouvrir les mains, dans les déplacements aussi. Avec Chet, on a conservé l'esprit de Bob Fosse tout en y intégrant le cirque.»

Diane Paulus tenait à ce que la reprise de Pippin soit plus lumineuse, précise Gypsy Snider, même si les questions soulevées par la pièce demeurent entières. À la fin de la pièce, lorsque Pippin refuse de se suicider comme le prévoit le scénario de la pièce, la narratrice, qui représente le diable en personne, se fâche et se met à la recherche d'un autre inconnu pour en faire une vedette.

«C'est la grande difficulté de cette pièce, indique Gypsy Snider. Pippin est un garçon qui cherche un sens à sa vie. Il est séduit par la troupe d'acteurs. Il devient populaire grâce à elle. Il y a une belle réflexion sur le désir qu'ont les acteurs de devenir célèbres. Mais ce n'était pas facile de traduire ce deuxième niveau de lecture. De raconter l'histoire d'un acteur qui joue Pippin.»

La scène finale a été réécrite récemment. En 1972, le spectacle se terminait par la présence sur scène de Pippin, Catherine et Theo, dépouillés de tout artifice par le refus de Pippin de mettre fin à ses jours. Tandis que la finale actuelle, plus diabolique dans un sens, met en vedette le jeune Theo. La narratrice laisse entendre qu'elle a trouvé un autre inconnu pour jouer jusqu'au bout le rôle de Pippin.

PHOTO FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Le cirque a été complètement intégré au spectacle.