Sol affirmait que l'univers est dans la pomme. Le conteur Pellerin affirme quant à lui que l'univers est dans le cheveu. Ou plutôt dans la paume de celui qui sait les tondre et les coiffer. À Saint-Élie-de-Caxton, c'est Méo, le barbier. Un homme porté sur la bouteille - il aurait été le premier workaholic - mais intègre: il ne répète les secrets qui lui sont confiés qu'à une seule personne à la fois...

Alexandre Vigneault LA PRESSE

Entreposeur et distillateur de confidences, Méo se trouve au coeur de De peigne et de misère, spectacle dans lequel Fred Pellerin remonte jusqu'au premier matin du monde pour retrouver l'essence et le sens d'une humanité qui a perdu ses repères. Oui, il était là au début, blotti dans les bras de sa grand-mère qui, une fois de plus, est présentée comme la source de sa parole de conteur.

Fred Pellerin a amorcé son spectacle de mardi, à l'Outremont, de ce ton fébrile et échevelé qu'on lui connaît, cherchant le chemin par lequel il parviendra à boucler la boucle. On l'écoute les sens en état d'alerte, béat d'admiration devant sa vivacité d'esprit et l'aisance avec laquelle il triture la langue, l'épiçant de mots anglais ou de parlure québécoise, quand ce n'est pas d'allusions pas très catholiques.

Son cher Méo s'éprend d'abord d'une jeune religieuse à la bouche pulpeuse, qui est une suceuse compulsive de paparmane. Puis, au fil de ce récit tiré par les cheveux, on recroise de vieilles connaissances: Mme Gélinas et ses 473 enfants, Toussaint Brodeur qui-vend-de-la-bière-sur-la-slide, le forgeron Riopel qui compte les jours avec des cennes noires et la belle Lurette qui se piquera sur un fuseau horaire...

Miroir métaphorique

Fred Pellerin mène le jeu en souriant, pouffant de rire lorsqu'il invente dans le feu de l'action des jeux de mots qui l'étonnent lui-même. On rit aussi, trop content de se laisser mener en bateau par la fausse naïveté du conteur. Le monde qu'il dépeint ressemble en effet beaucoup trop au nôtre pour être bêtement féerique.

De peigne et de misère est un miroir métaphorique de notre zigonnage identitaire, de notre obsession de l'argent, de cette habitude néolibérale de regarder un paysage sans en voir la beauté, seulement son potentiel de rendement minier ou énergétique. Qu'espérer d'autre d'une société dans laquelle «la confiance est cotée en Bourse» ?

Mais Fred Pellerin n'est pas un professeur de désespoir. Il n'affiche d'ailleurs pas la colère de Desjardins lorsqu'il reprend sa chanson Nous aurons, où il est question de «feux d'argent aux portes des banques», de «territoires coulés dans nos veines» et d'amours «qui valent la peine». Il rêve.

Sa manière de rêver n'est pas une échappatoire, mais un désir d'envisager le monde différemment. L'embryon d'un espoir sur lequel construire un avenir porteur. On sort de son spectacle diverti, bien sûr, mais aussi ému. Convaincu, surtout, qu'il faut relever le menton, se retrousser les manches pour que le futur se bâtisse avec d'autres outils qu'une simple calculatrice. Naïf, tout ça? De nos jours, c'est plutôt un acte de bravoure.

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De peigne et de misère est présenté à guichets fermés jusqu'à samedi au Théâtre Maisonneuve. Représentations supplémentaires les 3 et 4 octobre 2013 au même endroit.